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Délivrance des analogues du GLP-1 : 3 mois de plus sans justificatif de prescription mais une contrepartie
Sous la pression des syndicats et des données transmises par Iqvia, l’Assurance maladie a officialisé un moratoire de trois mois pour l’application stricte de la mesure conditionnant le remboursement des analogues du GLP-1 (Ozempic, Victoza, Trulicity) à la présentation d’un formulaire signé par le médecin. À compter du 1er juin, les pharmaciens sont autorisés à délivrer les traitements sans présentation immédiate du justificatif, mais les patients devront régler immédiatement la note puis se faire rembourser par leur caisse d’assurance maladie. Exit la pratique du tiers payant.
Une mesure transitoire jugée inefficace
Pour Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), « ce système ne résout pas le problème. Les médecins savent parfaitement qu’ils doivent remplir ce document. S’ils ne le font pas, c’est qu’ils ne veulent pas. Le patient va devoir avancer les frais, le pharmacien gérer le Cerfa, et rien ne garantit que cela changera le comportement des prescripteurs. »
Le syndicat confirme que l’Assurance maladie a tardé à communiquer sur le sujet, les décisions ayant été prises à la dernière minute sans information claire des représentants syndicaux. « On a été mis devant le fait accompli. La direction de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) nous a indiqué que plusieurs options étaient sur la table, mais n’a jamais confirmé que celle-ci serait retenue », précise Pierre-Olivier Variot.
Une usine à gaz dénoncée par la FSPF
Selon Valérian Ponsinet, président de la commission Convention et système d’information de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), le dispositif n’a jamais été réaliste dans sa mise en œuvre. « Ce n’est pas aux officinaux de gérer les défaillances d’un système administratif déconnecté. »
Des conséquences au comptoir
Dans les officines, ce compromis entraîne une charge de travail supplémentaire et renforce l’exposition des équipes à la colère des patients. « On passe notre temps à expliquer pourquoi un traitement ne peut pas être délivré immédiatement ou pourquoi il faut le payer intégralement », déplore Valérian Ponsinet. « Les tensions au comptoir sont quotidiennes. »
Médecins en retrait, patients exposés
Le faible taux de transmission des formulaires – moins de 50 % selon Iqvia – s’explique en grande partie par une opposition persistante de certains prescripteurs. « Ce que l’on nous remonte, c’est que les médecins se renvoient la balle entre généralistes et spécialistes. Certains disent : “Ce n’est pas à moi de le faire.” Et au final, personne ne le fait », relate Pierre-Olivier Variot. « Implicitement, l’Assurance maladie compte sur la pression des patients pour forcer les médecins à s’exécuter, mais cela se fait au prix d’un parcours de soins dégradé. »
Une solution numérique attendue
Pour les deux syndicats, l’urgence reste la dématérialisation complète de la chaîne de prescription. « Il faut que l’ordonnance numérique remplace rapidement tous ces dispositifs papier inefficaces », martèle Valérian Ponsinet. « On ne peut pas continuer à faire reposer sur les pharmaciens la responsabilité de dispositifs mal conçus et mal appliqués. »
À défaut d’une clarification des responsabilités et d’un engagement ferme sur le numérique, la délivrance des analogues du GLP-1 risque de rester un point de friction durable dans les officines.
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