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« Les pharmaciens représentent l’infanterie dans la bataille contre le coronavirus »
Christophe Barbier a quitté l’hebdomadaire L’Express en novembre dernier et publié en janvier Les Tyrannies de l’épidémie aux éditions Fayard. Dans ce pamphlet, le pouvoir, les médecins, les baby-boomers sont autant de « tyrans » qui ont mené les Français à renoncer à leurs libertés pour une « servitude volontaire ». Rencontre avec un homme qui assume de ne pas être politiquement correct.
Qu’est-ce qui vous a incité à écrire votre livre Les Tyrannies de l’épidémie ?
Ce livre est d’abord le fruit d’un travail théâtral. Philippe Tesson m’a demandé d’écrire une pièce sur la pandémie, Le Grand Théâtre de l’épidémie, jouée au Théâtre de Poche-Montparnasse à Paris durant l’automne, dans laquelle j’ai revisité ce que nous avions vécu. J’ai écrit le livre dans la foulée et je l’ai terminé en octobre, avant le deuxième confinement et deux autres événements : la vaccination et l’arrivée des variants.
Un des chapitres est consacré à « la tyrannie blanche des médecins ». Vous y dénoncez entre autres les guerres entre médecins…
Nous n’avons pas subi de putsch médical, mais nous avons découvert, notamment dans les médias, un monde médical très divers, presque féodal, composé de plusieurs catégories de médecins, et nous avons pu remarquer qu’il existait des chapelles, des thèses différentes et des virulences entre ces médecins. Ils n’ont pas tous parlé d’une seule voix. Pendant le premier confinement, les médecins de ville n’ont pas non plus été associés à la réflexion et à l’action. On n’a pas vu en quoi ils pouvaient aider à arrêter l’épidémie. Aujourd’hui, nous constatons aussi les difficultés à déployer la campagne vaccinale. Il faut réfléchir collectivement pour mieux nous organiser. Par exemple, pourquoi les autorisations des tests ont-elles été si longues à obtenir ? Pourquoi les vaccins doivent-ils être autorisés par l’Agence nationale de sécurité du médicament et la Haute Autorité de santé alors qu’ils l’ont déjà été par l’Agence européenne des médicaments ? Nous devons mener cette réflexion. Par chance, la campagne présidentielle à venir va permettre d’aborder ces questions.
Les médecins de ville auraient donc, selon vous, pu jouer un rôle bien plus grand ?
C’est un point sur lequel je voudrais interpeller les médecins. Ils auraient pu être associés à la désignation des personnes à protéger. N’auraient-ils pas été les mieux placés pour préconiser un confinement pour leurs patients à risque ? Permettant ainsi d’adapter les stratégies de confinement. Les autorités sanitaires auraient pu demander aux médecins de ville quels patients devaient être alertés pour qu’ils s’autoconfinent avec des équipes pour les assister dans leur vie quotidienne et leur fournir une aide psychologique. C’est vrai que ce n’est pas simple. Pour toute une série d’activités, le passage par le médecin est obligatoire pour obtenir un certificat d’aptitude. Dans le même esprit, pourquoi ne pas imaginer un certificat d’aptitude à la vie collective ? On aurait dû s’interroger sur ce sujet et avoir un débat public.
Les pharmaciens auraient-ils pu aussi participer à cette « désignation » ?
Les pharmaciens sont moins dans l’intimité de l’état de santé des personnes que les médecins. J’attends en revanche que les pouvoirs publics les autorisent à vacciner. Ils ont vacciné contre la grippe, les gens ont confiance en eux. Ils représentent une puissance de feu pour la vaccination. Les hôpitaux sont l’artillerie lourde et les pharmaciens l’infanterie dans la bataille contre le virus.
Dès lors, trouvez-vous compréhensible que les médecins soient plutôt opposés à la vaccination par les pharmaciens ?
Les corporatismes sont préjudiciables et regrettables, mais ils sont dans la nature humaine. C’est aux responsables politiques de faire régner la paix, de mettre de l’ordre entre les « chapelles » et de faire taire les corporatismes. C’est aux pouvoirs publics d’interrompre ces guérillas et d’empêcher les blocages.
Vous soulevez la question du confinement général. Conduit-il au sacrifice de l’avenir de la jeunesse ?
Le débat démocratique classique s’est trouvé confisqué. Il y a eu un abandon du débat public et sociétal. Celui sur le confinement, sur son bénéfice dans l’urgence et le coût à long terme n’a pas été posé. Cela ne signifie pas que nous devons laisser mourir des gens pour préserver l’avenir. Toutes les vies ont une valeur et un prix. Mais les décideurs politiques doivent tenir compte des risques et des dégâts dans les années à venir, par exemple sur les études et la vie professionnelle des jeunes. Ce débat était impossible au printemps, mais il est devenu licite depuis cet automne. Nous n’avons pas profité de l’été pour le poser et nous avons perdu un peu de temps.
Fin janvier, le président Emmanuel Macron n’a pas décidé de confiner le pays. N’est-ce pas là un vrai tournant justement ?
Oui, c’est une rupture par rapport à la première vague. A l’époque, le pouvoir politique s’est soumis aux médecins en demandant leur aval pour se protéger du pouvoir judiciaire. Fin janvier, le gouvernement n’est pas allé dans leur sens parce qu’il a écouté la vox populi et que les chiffres démentaient l’alarmisme des médecins. Nous avons aussi appris que le pire n’est pas sûr. Le président a tenu compte de tout cela.
Vous avez des mots très durs vis-à-vis des baby-boomers. Vous écrivez que la politique sanitaire poursuivie par les gouvernements occidentaux est une ultime soumission à cette génération. Pour vous, deux leçons sont à tirer pour les prochaines vagues et autres épidémies : ce sont les plus fragiles qui doivent protéger les autres et le système hospitalier, et jamais un pays ne doit sacrifier l’avenir de la jeunesse à la survie de la vieillesse. N’est-ce pas aussi poser la question de l’intérêt individuel et de l’intérêt collectif ?
Depuis les Lumières, toute la conquête démocratique s’est fondée sur l’affirmation de l’individu. La liberté individuelle veut être poussée au maximum. Le sacrifice de l’individu pour le bien de tous est devenu inacceptable. On est devenu de plus en plus individualiste au détriment de l’intérêt collectif. Mais aujourd’hui si, pour sauver des vies, on attend d’éradiquer le virus, on sera vivant mais mort socialement. Il faut remettre en avant l’intérêt général, collectif, mais où place-t-on le curseur ? Un homme d’Etat doit trouver la juste mesure entre les vies à sauver et ce qui va peser sur les jeunes dans les années à venir. A la sortie de l’épidémie, il y aura forcément un exutoire. Après, il faudra réfléchir au « juste milieu », au risque calculé. L’excès de précautions mène certains à exiger le risque zéro, mais celui-ci n’existe pas.
Comment définir ce risque calculé ?
En débattant collectivement du risque calculé, c’est-à-dire du danger acceptable, du niveau de risque que nous sommes prêts à affronter. C’est aussi une philosophie de vie pour chacun. Nous ne pouvons pas vivre comme des « planqués ». Le principe du risque calculé n’est pas assez installé dans la société.
CHRISTOPHE BARBIER Journaliste politique et éditorialiste
1987
Ecole normale supérieure de Paris
1990
Journaliste politique au Point
1995
Journaliste à Europe 1
1996
Rédacteur en chef du service politique de L’Express
2006-2016
Directeur de la rédaction de L’Express
2016-2020
Editorialiste à L’Express
2020
Départ définitif de L’Express
2021
Parution des Tyrannies de l’épidémie (Fayard)
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