façons de mener une campagne de santé publique

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Publié le 21 novembre 2009
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Les pharmaciens sont de plus en plus nombreux à informer leur clientèle sur des sujets de santé publique ou à faire du dépistage. Quatre d’entre eux nous livrent leur façon de procéder, entre journées consacrées à une pathologie ou rendez-vous ponctuels avec leurs patients.

Six semaines de campagne contre la dénutrition

Des brochures et un questionnaire

Pascale Tétart a relevé le pari de parler de dénutrition aux seniors. Le sujet a d’abord été abordé en vitrine. Pour cela, la pharmacienne a bénéficié des outils de son groupement Giphar, à l’origine de cette campagne. Une vitrine représentant un monsieur devant une table et une affichette « Où mangez-vous dimanche ? » ont interpellé la clientèle. Les clients recevaient des brochures du Giphar et de l’INPES sur l’équilibre nutritionnel et devaient remplir un petit questionnaire. En cas de facteurs de risque détectés, ils passaient des tests plus poussés, prenant rendez-vous avec la pharmacienne pour un calcul de l’IMC et de la mesure du tour de taille.

Les plus de 55 ans visés

Au bout de quinze jours, un débriefing a été organisé avec l’équipe. « Au début, nous avons ciblé les personnes qui nous semblaient dénutries, mais nous avons décidé d’élargir aux plus de 55 ans pour ne pas stigmatiser les personnes auxquelles nous nous adressions », confie Pascale Tétart.

Des cas de dénutrition dépistés

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L’équipe de la Pharmacie Tétart s’est aperçue que nombre de seniors ne mangeaient plus de viande ou se privaient de fromage par peur du cholestérol. « Nous avons créé des menus personnalisés hebdomadaires en fonction des goûts de chacun. » Au final, six cas de dénutrition avérée ont été dépistés et une vingtaine de personnes étaient en voie de dénutrition.

Des journées d’information toute l’année

Des rendez-vous avec des spécialistes

Pour Bruno Sidi, aborder des sujets de santé publique à l’officine, ça ne s’improvise pas. Ce pharmacien de quartier a bien essayé de proposer une mesure du souffle à sa clientèle pour dépister des problèmes d’asthme. Sans succès. « Sans personnel formé, cette démarche porte difficilement ses fruits », estime-t-il. De même, Bruno Sidi a relayé la campagne nationale d’information sur les MICI, mais il n’a pu sensibiliser que deux personnes. Pas découragé pour autant, il a décidé de faire appel à des spécialistes et de proposer des rendez-vous personnalisés. Ainsi, il a déjà employé un podologue et une diététicienne en CDD d’une journée. « Nous préparons ces événements un mois à l’avance, pendant lequel nous distribuons des cartons d’invitation fournis par mon groupement PHR. »

Une clientèle plus fidèle

« L’expérience montre que seulement la moitié des rendez-vous pris se concrétise », poursuit Bruno Sidi. Tout récemment, il a mis en place une journée sur les bébés et a embauché spécialement une consultante pour parler du portage et de l’allaitement. « Cette démarche demande un investissement en temps et en argent. Elle n’est pas rémunératrice directement. Il ne faut surtout pas s’attendre à une explosion des ventes. En revanche, toutes ces actions basées sur l’échange et l’éducation participent à la fidélisation de la clientèle.»

Du dépistage à la demande

Du dépistage affiché en vitrine

C’est un totem « Dépistage » qui occupe l’une des vitrines de la Pharmacie du Pontreau à Niort. « Depuis longtemps je propose un dépistage du diabète et du cholestérol le jeudi de 14 heures à 16 heures. Et je mets des affichettes en vitrine pour l’annoncer. J’ai dans mon équipe un référent qui s’occupe spécifiquement de cette activité, pour laquelle il y a un espace réservé », explique Patrick Le Padellec. Comme tous les pharmaciens à l’enseigne Viadys, il bénéficie d’outils pour mesurer la glycémie et le cholestérol ou encore pour calculer les débits respiratoires. Mais, jusque-là, la technologie des appareils et la motivation des collaborateurs ne suffisaient pas à attirer la clientèle. « Les gens n’ont pas vraiment envie de savoir qu’ils sont malades », constate Patrick Le Padellec. C’est pourquoi le pharmacien a décidé d’interpeller les passants tous les jours par le biais de sa vitrine.

Un dialogue plus ouvert

Cette démarche a bien fonctionné. « Depuis dix jours, dix personnes ont franchi la porte pour réaliser des tests et nous avons orienté deux d’entre elles chez le médecin. C’est la preuve que le pharmacien ne doit pas baisser les bras dans le domaine de la prévention, insiste Patrick Le Padellec. L’intérêt est de multiplier les contacts entre les patients et l’équipe. On passe du cadre stéréotypé de la délivrance d’ordonnances à un dialogue beaucoup plus ouvert où nous pouvons mieux connaître les clients pour mieux les prendre en charge.»

Une semaine pour relayer la Journée mondiale du diabète

Un rendez-vous annuel

Ancienne hospitalière, Irène Bocage est une « pro » du diabète et a même formé les équipes officinales. Autant dire qu’elle est partie prenante de la campagne diabète mise en place tous les ans en novembre par son groupement Giphar. « Mener une campagne de santé publique est avant tout une affaire de management. Tous les matins, il faut motiver ses salariés et se fixer des objectifs comme la réalisation d’au moins cinq tests de dépistage dans la journée », conseille la pharmacienne.

Vitrine attractive et espace de confidentialité

Pour réussir la semaine annuelle de campagne contre le diabète, Irène Bocage mise sur sa vitrine. Elle présente un pied géant peint par ses soins, surmonté d’un panneau « danger » avec au centre un sandwich. Outre la distribution de brochures, elle remet un questionnaire permettant d’identifier les facteurs de risque (surpoids, antécédents familiaux, femmes ayant eu de gros bébés, etc.). Si besoin, un test de dépistage est réalisé dans un espace de confidentialité. « Les clients apprécient. C’est un moment qu’on leur offre pour les écouter », rapporte la titulaire.

Cette année, Irène Bocage a décidé de centrer son action sur les lecteurs de glycémie. « J’ai récupéré de la documentation et des outils de contrôle auprès des laboratoires. Je propose aux patients de ramener leur appareil pour le tester. » Au final, ce « service après-vente » gratuit représente l’occasion de relancer le dialogue sur une pathologie que les malades eux-mêmes ne connaissent pas toujours bien.

Ce que dit la réglementation

– La communication d’une campagne

Il est possible de préparer des affiches à l’intérieur de l’officine, d’élaborer une vitrine et de remettre des invitations à la clientèle. Mais les affichettes invitant à prendre rendez-vous (pour un dépistage par exemple) en vitrine ne sont pas tolérées par l’Ordre. Tout démarchage par téléphone, envoi d’invitations par voie postale ou e-mailing est également interdit.

– L’intervention de professionnels spécialisés

Vous n’êtes pas spécialisé en nutrition ou en allaitement ? Vous pouvez faire intervenir un spécialiste lors de votre campagne d’information (diététicienne, consultante en allaitement, podologue…), mais à condition qu’il soit salarié de l’officine.

– Le dépistage

Attention à ne pas être accusé d’exercice illégal de la médecine ! Le pharmacien n’est pas autorisé à prodiguer des actes médicaux (prise de tension, dosage de glycémie…). L’utilisation de l’appareil ou des lancettes revient au patient. Le rôle des équipes consiste à expliquer leur maniement. Elles ne peuvent pas, en principe, commenter les résultats.