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Déremboursement fatal ?
Les veinotoniques sont depuis plusieurs années menacés de déremboursement. Quelle serait la réaction des consommateurs s’ils l’étaient ? Le cabinet d’études Arcane Institut a mené l’enquête.
Marcher deux heures par jour, faire une sieste avec les jambes un peu surélevées, se masser les jambes des chevilles vers les genoux… font plus de bien que tous les veinotoniques du monde. » Cette petite phrase de Jean-François Mattei, tirée d’un entretien au journal Pleine Vie en janvier 2003, montre bien le peu de cas que le ministre de la Santé d’alors faisait de cette classe de médicaments. Jugés à SMR insuffisant par la commission de la transparence en 1999, les veinotoniques ont vu leur taux de remboursement baissé à 35 % en 2000 sous le mandat de Martine Aubry, ministre de la Santé, avant que Jean-François Mattei ne prévoie leur déremboursement complet pour le printemps 2003. Mais l’opération n’a pas eu lieu.
La Commission de la transparence, qui se livre actuellement à la réévaluation des produits à SMR insuffisant, doit rendre son verdict au printemps prochain. Le jugement de la Haute autorité de santé sur leur devenir suivra en septembre, mais selon nos informations, le sort des veinotoniques pourrait bien être scellé d’ici deux mois : leur efficacité est comparée à celle des bas de contention… Pourtant, selon une enquête réalisée par le cabinet d’études Arcane Institut*, les veinotoniques sont plébiscités par les Français. Ils comptent 12 millions d’utilisateurs, principalement des femmes âgées de plus de 50 ans et représentent un chiffre d’affaires de 587,4 millions d’euros (98,46 millions d’unités). Ce marché est en décroissance (-9,21 % en cinq ans) mais pèse encore 2,4 % du marché pharmaceutique total et 3,35 % du marché de l’automédication.
Un marché divisé par deux !
En prescription ou en automédication, chaque pharmacie vend une cinquantaine de boîtes par semaine. Et leurs consommateurs y sont très attachés. 39 % des personnes interrogées dans cette enquête utilisent ces médicaments depuis plus de 10 ans, 56,8 % depuis plus de cinq ans et en traitement permanent pour plus de la moitié d’entre elles. Elles y ont recours pour traiter des varices (30,1 %), les jambes lourdes (25,4 %) et l’insuffisance veineuse (20,4 %) et estiment à 77 % qu’ils leurs sont « indispensables ». Quelle serait l’attitude de ces patients si tout ou partie des veinotoniques était déremboursé ? Pas de miracle : selon l’étude, le nombre d’utilisateurs sera divisé par deux. Si 21,8 % des consommateurs de longue date, fidèles à leur marque habituelle, sont prêts à payer de leur poche pour poursuivre leur traitement, à l’inverse, 16,7 % fuiront immédiatement le marché des veinotoniques. Reste une importante cohorte, 61,5 %, qui dans un premier temps cherchera une alternative remboursée si elle existe, avant, soit de continuer leur traitement avec leur marque habituelle ou une autre, soit de l’arrêter.
Sauver les meubles.
Combien finalement continueront d’acheter des veinotoniques ? Deux scénarii sont possibles : aucune action d’information n’est mise en place par les labos et les pharmaciens vis-à-vis de ces indécis et le marché tombe à 5 millions d’utilisateurs, ou bien des actions sont mises en oeuvre pour informer les consommateurs sur les raisons du déremboursement, ses conséquences, l’utilité des médicaments veinotoniques, leur non substituabilité par une autre classe et l’on passe à 7 millions d’utilisateurs.
Les laboratoires et les pharmaciens peuvent peut-être encore sauver les meubles : 40 % des Français ne savent pas que les veinotoniques sont menacés de déremboursement !
* Cette étude a été réalisée du 4 octobre au 24 décembre 2004. 200 officinaux et 600 acheteurs de veinotoniques ont été interrogés.
Quelles stratégies pour les labos ?
– Le déremboursement va profondément bouleverser les positions des marques remboursables, non remboursables et génériques.
Dans ce qui sera devenu un marché d’automédication pure, les marques déremboursées vont devoir s’ouvrir à la publicité grand public et surtout revoir leur politique commerciale. Objectif : « re-séduire » le pharmacien avec de bonnes conditions commerciales pour s’assurer son conseil. Les labos devront maintenir les prix TTC proche du prix actuel et satisfaire les pharmaciens par une marge bénéficiaire correcte par rapport aux non remboursables sachant que le prix psychologique optimum est égal à 6,28 Euro(s) pour les veinotoniques non génériques.
Les marques non remboursables devront, elles, affronter la menace des marques déremboursées qui bénéficient d’une notoriété bien supérieure. L’objectif pour elles est donc de renforcer leur communication avant même la décision de déremboursement.
Enfin les génériques, peu vendus dans le cadre de l’automédication, ne pourront se pérenniser qu’à travers une stratégie de prix bas. Deux options sont possibles :
– soit le génériqueur ne peut garantir des prix plus bas que les autres marques (prix psychologique optimum 5,47 Euro(s)) et la création d’une marque est indispensable pour rester visible,
– soit il peut garantir ces prix bas et ne s’efforcer que de gagner en notoriété.
Les grandes tendances du marché
– Les veinotoniques remboursables dominent très largement le marché en pharmacie : 92,3 % en valeur. Ils sont vendus à 97,7 % sur prescription, mais représentent également 35,5 % des ventes d’automédication.
– En automédication, les pharmaciens déclarent conseiller en moyenne 6,4 clients sur 10 et lors de ce conseil, ils privilégient les marques non remboursables (72,7 %), convaincus qu’ils sont aussi efficaces que ceux remboursés (88 %). Les marques les plus vendues en automédication (selon le panel) sont : Arkogelules (19%), Jouvence de l’abbé soury (18,7 %), génériques (13,8 %), Daflon (11,1 %), Phytofluide circulation (7,2 %)
– Les médicaments génériques représentent 11,5 % des ventes. Les plus vendus par les pharmaciens du panel : Merck 18,5 %, Biogaran 17,6 %, Mazal 13,4 % à égalité avec GNR-Sandoz.
– Pour les consommateurs interrogés, les veinotoniques sont indispensables dans le traitement des phlébites (52 %), des varices (37 %), de l’insuffisance veineuse (34 %) et des jambes lourdes (32 %)
– En cas de déremboursement, sept personnes sur dix envisagent de changer de marque si une autre marque est remboursée (41,5 %), sur les conseils de son médecin (29 %) ou parce que le prix est trop élevé (14,1 %).
En cas de déremboursement 41 % des pharmaciens modifieront leur conseil pour orienter leur patient vers des marques à forte notoriété ou vers des génériques.
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