Comment limiter   la casse sur les   génériques en 2018

Réservé aux abonnés
Publié le 17 février 2018 | modifié le 28 décembre 2024
Mettre en favori

Ce n’est pas une très bonne nouvelle, mais il va falloir composer avec un marché du générique moins chatoyant. Faut-il faire confiance à la nouvelle structure de la marge pour amortir le choc ? Quelles que soient les mesures de relance prévues dans le prochain plan gouvernemental de promotion des génériques, substituer pied au plancher s’impose plus que jamais.

Les pharmaciens doivent-ils s’inquiéter pour leur rémunération tirée de la vente de médicaments génériques ? Ce pan d’activité important dans l’économie de l’officine a pris du plomb dans l’aile au vu des chiffres du marché présentés la semaine dernière par le Gemme, l’association des laboratoires de génériques. En 2017, à périmètre constant, c’est-à-dire sans les lancements de nouveaux génériques, le marché est entré en récession avec un recul de 2,4 % en volume et de 3,9 % en valeur. Avec les échéances de brevets (rosuvastatine, antirétroviraux…) et l’augmentation de la substitution des pharmaciens de un point en 2017 à 80,7 % (dans les groupes du Répertoire, TFR compris), il parvient à peine à donner l’illusion de la croissance (+ 0,3 % en volume, + 0,2 % en valeur). Face à la rudesse des chiffres, c’est l’incompréhension à l’égard de la politique nationale qui domine du côté de Erick Roche, président du Gemme : « La France figure parmi le dernier quartile des pays de l’OCDE en termes de pénétration du médicament générique en volume. Et paradoxalement, nous allons subir une baisse de prix historique de 160 millions d’euros en 2018, soit la deuxième plus forte baisse à ce jour. »

Stimuler la prescription dans le Répertoire

Les volumes actuels étant dans l’incapacité d’absorber les baisses de prix et les pharmaciens étant au taquet sur la substitution, le président du Gemme estime que le premier levier pour relancer les volumes est l’augmentation de la prescription dans le Répertoire des génériques. Avant même l’élargissement de ce dernier. « Il faut inciter les médecins à prescrire davantage dans le Répertoire par un honoraire complémentaire de 0,5 à 1 euro, cette revalorisation serait autofinancée par la croissance des génériques », propose-t-il, ajoutant que les indicateurs concernant le générique dans la ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique) des médecins ne constituent pas des objectifs ambitieux. Pour venir à bout du « non substituable résiduel » évalué à 8 %, Erick Roche suggère également de baisser la franchise à la boîte sur les génériques afin d’inciter plus encore les patients à les utiliser. Pour convaincre l’Etat de s’engager dans cette voie, le Gemme a présenté au Comité économique des produits de santé (CEPS) et à l’Assurance maladie une étude démontrant qu’une augmentation de 20 points de la prescription dans le Répertoire, de 45 % à 65 %, permet de réaliser plus de 4 milliards d’euros d’économies supplémentaires en 5 ans pour l’assurance maladie.

L’USPO sereine, la FSPF inquiète

Du côté des syndicats, Gilles Bonnefond, président du l’USPO, ne voit pas d’un très bon œil la remise à plat d’un système de développement du générique où le rôle moteur ne serait plus tenu par le pharmacien. « Il ne faudrait pas que la partie se joue avec les médecins contre les pharmaciens », met-il en garde. Par ailleurs, selon lui, le Gemme devrait moins déplorer la stagnation du marché et « se bagarrer davantage pour faire entrer les médicaments inhalés au Répertoire ». S’agissant des baisses de prix, Gilles Bonnefond n’est pas surpris par leur ampleur pointée par le Gemme. « Nous sommes sur la même tendance que les années précédentes sauf que l’évolution de la nouvelle marge va permettre de réduire de 20 % l’impact des baisses de prix en 2018, celui-ci étant ensuite divisé par deux en 2019 et par quatre en 2020. » Quant à la réduction de la ROSP sur le générique, de 140 millions à 115 millions d’euros en 2018, elle est compensée par les 280 millions d’euros investis dans la réforme, estime le représentant de l’USPO. « Il n’y a pas d’éléments d’alerte sur des évolutions de marché qui n’auraient pas été prévues dans la nouvelle convention », assène-il.

A la tête de la FSPF, Philippe Gaertner est beaucoup plus inquiet. Cette contreperformance des génériques ne fait que renforcer ses prévisions pessimistes concernant l’impact en année pleine des baisses de prix sur les ressources de l’officine, soit une perte de 170 millions d’euros. « En 2017, l’enveloppe des remises sur le générique a baissé de 100 millions d’euros environ, retombant sous le milliard d’euros », indique-t-il. Ce que semble confirmer les propos d’Erick Roche. « Nous n’avons pas le chiffre pour 2017, mais les dernières informations publiées mentionnent une remise moyenne d’environ 30 % en 2016, avec une tendance à la baisse », souligne Philippe Gaertner. Et d’ajouter que de nouvelles baisses de prix risquent pour certains laboratoires de remettre en question leurs investissements promotionnels et commerciaux, voire leur présence sur le marché. Pour compenser cette perte, Gilles Bonnefond réclame le relèvement du plafond des remises de 40 % à 50 %, le jeu de la concurrence restant un modérateur important du marché. Pour sa part, Philippe Gaertner souhaite sécuriser une partie des remises dans des honoraires à l’ordonnance.

Publicité

Substituer à fond de train

Les deux présidents de syndicats invitent à se ruer sur la substitution des princeps dès qu’ils tombent dans le Répertoire : l’ivabradine en mars 2018 (30 milions d’euros de chiffre d’affaires), l’ézétimibe seul et en association avec la simvastatine en avril (200 millions d’euros), l’association anti-VIH abacavir/lamivudine/zidovudine en mai (5 millions d’euros) et le vardénafil en octobre (10 millions d’euros). « Sans oublier de substituer dans tout le Répertoire, notamment les molécules ciblées en termes de patients mais dont les génériques permettent de réaliser des économies significatives », insiste Philippe Gaertner. De plus, l’ézétimibe et l’association ténofovir disoproxil/emtricitabine devraient rentrer dans le calcul de la ROSP 2018 dont le projet d’avenant est toujours en négociation. Enfin, les syndicats et le Gemme espèrent que les mesures actuellement à l’étude du second plan générique concocté par Agnès Buzyn, ministre de la Santé, permettront d’enrayer l’évolution négative du marché, pour arriver à « un médicament sur deux prescrit dans le Répertoire » en 2020, tel que mentionné dans la stratégie nationale de santé. Un objectif ambitieux. 

•   Le marché du générique est entré en récession en 2017, avec un recul de 2,4 % en volume et de 3,9 % en valeur. Une contreperformance atténuée par une augmentation du taux de substitution de un point l’an dernier et des échéances brevetaires importantes.

•   Pour doper le marché, une solution consisterait à davantage inciter les médecins à prescrire dans le Répertoire. C’est la position du Gemme, représentant les laboratoires.

•   Pour le syndicat USPO, le plafond des remises pourrait être porté de 40 à 50 %. Pour la FSPF, une partie des remises pourrait intégrer les honoraires à l’ordonnance.

•   Les acteurs du générique (pharmaciens, médecins, patients, Assurance maladie) ont été conviés à une réunion de concertation par le ministère de la Santé, qui planche sur un nouveau plan pour le générique.

Par Anne drouadaine – Infographie : Franck L’Hermitte