Dispensation sous protocole : une obligation d’exercice coordonné à double tranchant

© L’exigence de pratiquer la dispensation sous protocole dans un cadre coordonné peut être un frein à sa mise en oeuvre - MetsikGarden/Pixabay

Dispensation sous protocole : une obligation d’exercice coordonné à double tranchant

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Publié le 5 février 2020
Par Matthieu Vandendriessche
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La dispensation sous protocole doit se mettre en place à l’officine dans le cadre d’un exercice coordonné de type équipe de soins primaires, équipe de soins spécialisés, communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), centre de santé ou encore maison de santé. Le député La République en marche Thomas Mesnier, par ailleurs auteur d’un rapport sur les soins non programmés, a rappelé cette exigence lors des 12e Rencontres de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) organisées à Paris le 29 janvier.

Il a, à cette occasion, été interpellé par Grégory Tempremant, président de l’URPS Pharmaciens des Hauts-de-France qui pointe les limites de ce dispositif : « Il est difficile de faire adhérer les médecins aux CPTS et le fait de limiter les protocoles à ces structures va les conforter dans l’idée de ne pas s’y engager », considère ce pharmacien, lui-même à la tête d’une CPTS. Ce principe s’applique à d’autres activités officinales telles que la mission de pharmacien correspondant ou même la téléconsultation.

En outre, alerte Grégory Tempremant, le problème sera le même dans les déserts médicaux : « En l’absence de médecins, les pharmaciens n’auront pas de possibilité d’exercice coordonné et ne pourront donc pas utiliser les protocoles alors que les besoins des patients sont criants ». On imagine ainsi des patients prendre la route pour se rendre dans des pharmacies où ils pourront bénéficier d’une fosfomycine sans ordonnance…

Le président de l’URPS Pharmaciens des Hauts-de-France, également élu local, estime ainsi que le déploiement de la dispensation sous protocole dans le cadre des structures d’exercices coordonnés va engendrer « distorsions de concurrence et nomadisme médical ». Il a précisé ces arguments dans un courrier adressé le 3 février à la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

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En réponse, Thomas Mesnier reconnaît que « dans les territoires sans médecin, tout est plus compliqué ». Mais selon lui, « l’exercice coordonné est une réponse supplémentaire, pas un frein ». Pour le député, il faut considérer l’ensemble des structures d’exercices coordonnés pour mettre en place ces protocoles, et pas seulement les CPTS.