Dispensation à l’unité : le modèle québécois pose question

© Dispensation à l’unité, Canada, Québec, expérimentation, antibiotiques, pharmacien, traçabilité, déconditionnement

Dispensation à l’unité : le modèle québécois pose question

Réservé aux abonnés
Publié le 23 mai 2019
Par Matthieu Vandendriessche
Mettre en favori

Promesse de campagne présidentielle du candidat Emmanuel Macron, la dispensation de médicaments à l’unité est à l’étude au ministère de la Santé.

Agnès Buzyn y est « très favorable », mais indique que les officines ne sont pas prêtes en termes de sécurité et de traçabilité. Alors comment procéder ? Au-delà de l’expérimentation menée en France, les regards se tournent vers les pays qui ont mis en place cette pratique : Royaume-Uni, Etats-Unis, Canada, Australie, etc.

Au Québec, la dispensation à l’unité est pratiquée pour tous les traitements. Les médicaments sont commercialisés en flacons de 500 ou 1 000 comprimés et en boîtes telles que nous les connaissons en France. Si la quantité prescrite correspond au conditionnement, une étiquette est simplement collée sur la boîte. Si elle ne correspond pas, un blister peut être découpé et reconditionné. Un « compte-pilule » permet aussi de verser une à une les unités de médicaments dans un flacon individuel. L’étiquette (mentionnant posologie, nom du prescripteur, date de préparation, date d’expiration, etc.) est apposée sur le flacon remis au patient. La date d’expiration de la consommation est fixée à un an au maximum. Cependant, le numéro de lot n’apparaît pas sur l’étiquette, la traçabilité n’est donc pas possible. « Quand un retrait de lot important survient, on doit appeler tous les patients qui ont reçu le médicament au cours d’une période donnée », explique Thomas Weil, pharmacien français exerçant à Montréal.

Même si elle est de plus en plus automatisée, cette préparation prend du temps. « Il faut informatiser la prescription, des préparateurs la préparent puis l’ordonnance est validée, le contenu est contrôlé et le conseil au patient effectué par un pharmacien. Selon sa complexité, préparer une ordonnance nouvelle prend en moyenne 5 à 10 minutes par ligne de prescription », indique le pharmacien. Quant aux renouvellements d’ordonnances, ils peuvent être automatisés, et les médicaments préparés à l’avance. Reste à prévenir le patient de venir les chercher à la pharmacie.

La préparation exige des normes de propreté qui ne sont pas toujours bien respectées, constate Thomas Weil. « Dans certains cas, les comptes-pilules ne sont nettoyés que quand ils commencent à être poudreux… Et il est courant que les préparateurs ne mettent pas de gants, sauf en présence de cytotoxiques ».

Publicité

Enfin, les boîtes renferment bien entendu une notice. Faute de notice, le patient reçoit un feuillet conseil qui résume en une ou deux pages les informations essentielles sur le médicament, indique Thomas Weil.