Un paradis nommé Désirade

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Publié le 12 juillet 2003
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Terre ! Terre ! », cria l’homme grimpé en haut du mât, le doigt pointé sur cette petite île qui flottait à l’horizon. C’était le 2 novembre 1493, après des jours épuisants en mer. Christophe Colomb l’avait tant désirée qu’elle fût baptisée Désirade. Quelques siècles plus tard un autre Christophe, 39 ans, pharmacien, a lui aussi débarqué sur l’île. C’était il y a six ans.

Un peu musicien, un peu poète, Christophe Droz Bartholet vit sur ce petit bout de terre peuplé d’iguanes, d’agoutis (un gros rongeur) et de cabris… « La Désirade me convient parce que j’exerce mon métier à part, en dehors du business. La pharmacie est petite, à l’image de l’île qui fait onze kilomètres de long sur deux de large. »

L’île deviendra au XVIIIe siècle une terre d’exil et de déportation pour les lépreux et les mauvais sujets du royaume de France. « Les Désiradiens sortent très peu de l’île, et lorsqu’ils en partent pour faire un tour en Guadeloupe, ils se font encore traiter de lépreux ! Ici les relations humaines sont très rudes, et, à force de rester sur l’île pendant des décennies, on devient un peu barjo ! »

La Désirade est une île mystérieuse qui ne se donne pas au premier regard. Pourtant le décor de cactus, d’orchidées et de cotonniers a tout pour faire rêver. « Moi, je vis mon rêve d’être papa de jeunes enfants dans un cadre idyllique, mais toute médaille a son revers. Pas d’échappatoire possible. Imaginez que seulement 200 mètres sont habités ! Le reste de l’île est traversé par une barrière montagneuse, idéale pour les balades. Et puis il fait chaud ici, c’est les tropiques. En ce moment, c’est la saison cyclonique donc il fait très humide. »

Tout de même, Christophe Droz Bartholet n’est pas à plaindre : il ouvre les yeux chaque matin sur la plage et la cocoteraie en bas de sa maison toute en bois. « On en est très fiers parce qu’on a fait beaucoup de choses nous-mêmes… Elle est conçue moitié en terrasse couverte, moitié en chambres et cuisine. De la maison, on aperçoit les îles de Petite-Terre, Marie-Galante et l’île de la Dominique… »

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Mais dans ses propos, on devine un dilemme : rester sur l’île le plus longtemps possible ou partir loin ? « J’aimerais aller dans un autre pays, découvrir un autre aspect de la médecine, parler une autre langue… Autre chose quoi ! » Il se rappellera alors avec nostalgie que tous les samedis soirs, lui et ses amis se retrouvaient au bord de l’océan pour jouer à la guitare Brassens, Henri Salvador, de la bossa-nova…

A lire sans réserve

« 0 » %, de Franck Ruzé (Le Dilettante)

Relookage, minceur, esthétique, défilés régissent la dictature dans laquelle vit Priscille, mannequin. Rien ne nous est épargné (détails morbides et scènes crues) pour nous faire comprendre qu’avoir vingt ans aujourd’hui n’est pas toujours hilarant, surtout quand l’anorexie s’en mêle. Un petit livre terrible qui donne envie de s’envoyer une bonne choucroute !

« Plus de Platon, moins de Prozac ! », de Lou Marinoff (Michel Lafon)

Dans « Le Meilleur des mondes », publié en 1932, Aldous Huxley le visionnaire décrit des personnages qui prennent des cachets de soma à la moindre contrariété… Avec Lou Marinoff, titulaire d’un doctorat de philosophie, on comprend que le langage des philosophes est moins alambiqué que celui des psys. Si Platon avait raison ? S’il suffisait de se replonger dans ses lectures estudiantines pour comprendre les clés du bonheur ? Bref, faire travailler ses méninges au lieu de se jeter sur un anxiolytique… Un livre culturel qui rend zen.

« Mort in vitro », de Martin Winckler (Fleuve Noir)

Voici le premier policier d’une collection créée par la Mutualité française, en association avec Fleuve noir, pour révéler au grand public « des dossiers qui ne doivent pas rester dans l’ombre ». L’histoire met en scène un médecin-enquêteur, des femmes enceintes qui meurent soudainement, un traitement contre la stérilité utilisé en principe à l’hôpital mais qui est distribué sous un autre nom par une filiale du laboratoire fabricant… Effroyablement passionnant, mais s’agit-il d’un pavé dans la mare ou d’un coup médiatique ?