Passe ton doc d’abord !

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Publié le 16 mai 2003
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Nouvelles technologies, avancées méthodologiques, nouvelles cibles thérapeutiques…, les techniques de recherche et développement ont effectué un pas de géant ces dernières années. Mais le doctorat demeure le meilleur des sauf-conduits.

Nul doute, pour accéder aux métiers de la recherche, mieux vaut emprunter la voie royale du DEA et de la thèse. Soit en tout quatre ans d’études – après le cursus pharmaceutique classique – pour obtenir un doctorat de 3e cycle. De la chimie à la biologie moléculaire en passant par la galénique ou la génétique, les possibilités offertes aux jeunes pharmaciens ne manquent pas.

Avec la réforme du 3e cycle qui se met actuellement en place, on intègre une école doctorale dès la première année de DEA. Dans un souci de formation pluridisciplinaire, une école doctorale regroupe différentes matières. Ainsi celle de Paris-XI (« L’innovation thérapeutique : du fondamental à l’appliqué ») fédère-t-elle 82 équipes de recherche labélisées par le ministère (CNRS, INSERM…) et 250 thésards appartenant principalement aux UFR de médecine (Bicêtre), de pharmacie (Châtenay-Malabry) et à la faculté de sciences d’Orsay. C’est l’une des rares écoles doctorales, avec celle de Paris-V, dédiées aux carrières pharmaceutiques. Le professeur Patrick Couvreur, son responsable, tient avant tout à la complémentarité de la formation : « Nous avons mis en place des modules d’enseignement obligatoires dans des disciplines autres que celle de la thèse, ainsi les étudiants acquièrent une vision généraliste de toute la chaîne du médicament. »

Trois ans dans une « bulle ».

Première étape : avoir validé trois certificats de maîtrise pour intégrer un DEA et effectuer un premier stage. « C’est juste une mise en bouche, mais j’ai déjà appris à travailler en toute autonomie », confie Audrey Olivier, actuellement en stage dans une unité du CNRS et qui prépare un mémoire sur les polymères. « Les stages en industrie sont mieux rémunérés, mais j’ai préféré choisir un sujet qui m’intéressait vraiment. J’ai eu en plus la chance de bénéficier d’une bourse d’études de 3 660 euros pour l’année », ajoute-t-elle.

La thèse s’inscrit en général dans le prolongement du mémoire de DEA. Son financement peut émaner d’allocations d’études distribuées par le ministère, d’associations privées (Ligue contre le cancer, ARC…) ou de bourses CIFRE payées pour moitié par l’ANRT (Association nationale de recherche technique) et par un industriel.

Moyennant 1 100 euros par mois, les étudiants consacrent trois ans de leur vie à un sujet de recherche pointu. « Je me retrouve un peu dans une bulle alors que mes copains de promo sont déjà dans la vie active », ressent Christelle, en seconde année de thèse en physicochimie. Selon elle, la thèse apporte une double formation. « On devient expert sur un sujet de recherche mais on acquiert aussi une certaine expertise du monde de l’entreprise via les relations avec les techniciens. A l’avenir, je vise un poste de gestion de projets et je me sens désormais tout à fait capable d’y accéder. »

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De nombreux débouchés.

Christelle se dirige vers l’industrie pour décrocher un poste dans un organisme public tel le CNRS : « Il faut maintenant faire un postdoc. Mais la sélection d’entrée est vraiment drastique », explique-t-elle. Elle a fait ses comptes : 24 000 euros par an dans le public contre 33 000 euros en privé pour un jeune thésard.

Evaluation préclinique, développement du médicament, enseignement…, la recherche ouvre de nombreux débouchés aux pharmaciens. Sans forcément les cantonner à l’image du chercheur classique avec ses éprouvettes et ses souris de laboratoire.

Ainsi, Xavier Pépin est responsable de la documentation scientifique chez Sanofi-Synthélabo. Après une thèse en galénique (chez Rhône-Poulenc), il a débuté par un stage en sciences pharmaceutiques puis est devenu responsable d’une unité de formulation. Désormais à l’interface entre la recherche et le développement, il sert de support à la formulation et réalise en permanence une veille scientifique pour la découverte de formes nouvelles. Il rédige aussi une partie des dossiers de dérogations pour les études cliniques. « Mes fonctions m’ont permis d’élargir ma vision de la pharmacie galénique et de consolider les notions acquises durant la thèse », conclut-il.

Peu importe le sujet de thèse.

Même domaine de thèse mais trajectoire totalement différente pour Grégory Lambert, directeur du développement chez Novagali. « Le sujet de la thèse a peu d’importance en regard de la maturation acquise pendant ces trois années où les étudiants apprennent à mener à bien un projet », affirme-t-il. Grégory Lambert a choisi délibérément de rejoindre une start-up en raison des perspectives d’évolution.

Pari gagné, puisqu’en deux ans il a gravi les échelons plus que rapidement et dirige maintenant un laboratoire d’une dizaine de personnes. Entre-temps, il a multiplié son salaire par deux et demi. « Je m’occupe du développement clinique », résume-t-il. Autrement dit, il met en application toutes les connaissances apprises « dans le petit monde fermé du doctorat ». A côté de ses activités issues de la recherche, il a la responsabilité du « business development ». Il le reconnaît : « Sans la thèse, je n’aurais pas pu occuper de poste à responsabilités. C’est un diplôme universellement reconnu et un faire-valoir énorme sur la carte de visite. »

Les conditions pour devenir enseignant chercheur

– Etre titulaire d’une thèse de 3e cycle.

– Déposer un dossier au CNU pour obtenir une habilitation.

– Répondre (par dossier) aux offres de postes que proposent les différentes facultés.

– Etre sélectionné et passer un concours oral différent pour chaque poste.

– Décrocher la première place pour accéder au titre de maître de conférences.

– En cas d’échec, un poste d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) est proposé pour une durée maximale de deux ans.

Le témoignage de Christine

– Christine Herrenknecht, maître de conférences en chimie analytique (Châtenay-Malabry), nous fait part de son expérience :

« En théorie, nous avons 1 600 heures à effectuer sur l’année, dont 700 consacrées à la recherche et 900 à l’enseignement, la préparation des cours et la correction des copies. Mais en pratique, nous sommes surchargés de tâches administratives… Je travaille au sein du laboratoire de pharmacognosie et j’interviens sur la partie analytique pour identifier les principes actifs issus des plantes. Faire uniquement de l’enseignement ou de la recherche, ce serait certainement plus facile ! Mais sans la recherche, l’enseignement deviendrait routinier. La recherche nous permet de connaître les dernières avancées et de les retransmettre aux étudiants. »