- Accueil ›
- Business ›
- RH et management ›
- Carrière ›
- Les nouveaux potards de la Belle Epoque
Les nouveaux potards de la Belle Epoque
En 1910, les études de pharmacie viennent tout juste d’être réformées. Quelques années auparavant, il n’était pas nécessaire d’être bachelier pour devenir pharmacien… Retour en arrière.
En ce début de XXe siècle, les vingt-quatre facultés de pharmacie n’existent pas encore toutes. A côté de quatre facultés mixtes (comportant une section de médecine et une de pharmacie : Bordeaux, Lyon, Lille, Toulouse), on compte trois écoles supérieures (Paris, Montpellier, Nancy ; l’école de Strasbourg ne rouvrira ses portes qu’en 1919 après la victoire de 1918 et le retour de l’Alsace et de la Lorraine à la France) et trois écoles de plein exercice (où il est possible d’effectuer toute sa scolarité et d’y passer tous les examens sauf le dernier : Marseille, Nantes, Rennes). S’il est possible aussi de suivre l’enseignement dans l’une des douze écoles préparatoires existantes, la dernière année d’études doit se faire dans une école supérieure ou une faculté pour y passer les examens définitifs.
Les postulants ne sont pas très nombreux : 1 758 étudiants exactement se sont inscrits en pharmacie en 1910, année où les études viennent d’être réformées (décret de juillet 1909). Pour obtenir son diplôme, Jean, qui vient d’être reçu à son baccalauréat ès sciences, s’est inscrit à l’année réglementaire de stage. Ce stage, qui doit être effectué chez un pharmacien agréé, a été réduit à une seule année au lieu de trois précédemment. Et la durée des études est rallongée, passant de trois à quatre ans.
Plus de 2e classe.
Cette réforme, qui renforce la part de l’enseignement théorique, est un pas de plus dans la volonté de crédibiliser le métier de pharmacien, une volonté déjà affichée en 1898 par la suppression du diplôme de pharmacien de deuxième classe. « C’était un reste de culture révolutionnaire qui autorisait l’exercice de la profession aux plus démunis », explique Jean Flahaut, ancien doyen de la faculté de pharmacie René-Descartes, Paris-V, et membre de la Société d’histoire de la pharmacie. Il n’est pas nécessaire d’être bachelier. Mais cette ouverture n’a qu’un temps. Pour former des pharmaciens « plus dignes de la confiance publique » (beaucoup d’élèves très faibles étaient admis), les études de pharmaciens de 2e classe se rapprochent progressivement de celles de pharmaciens de 1re classe. De six ans de stage et un an d’études, les études sont passées, en 1875, à trois ans de stage et trois ans d’études, comme pour les 1re classe.
La distinction entre les deux catégories ne se justifie donc plus. Mais ce n’est pas la seule raison de la suppression du diplôme. Dans les grandes villes surtout, un certain nombre de pharmaciens de 2e classe ont été condamnés en correctionnelle pour avoir falsifié leurs diplômes (trente à quarante chaque année pour le seul département de la Seine). « Plus généralement, les pharmaciens de 2e classe « omettaient » souvent de signaler leur titre sur leur plaque ! », indique Jean Flahaut.
Révisions annuelles.
Le concours de fin de 1re année, marqué par le numerus clausus, n’existe pas encore. Mais les études ne sont pas de tout repos. Chaque année est sanctionnée par un examen. A la fin du stage de un an, les étudiants subissent un examen de validation devant un jury. Les trois années suivantes sont rythmées par des interrogations de fin d’année sur les différentes matières enseignées. Puis la 4e année est ponctuée par trois examens probatoires qui sont les examens « définitifs ». « Il s’agit d’une sorte de révision générale qui reprend chacune des matières enseignées au cours de la scolarité », souligne Jean Flahaut.
Seize matières sont exigées pour le diplôme de pharmacien. Les interrogations du premier examen probatoire sont consacrées aux sciences physicochimiques (physique, chimie minérale, organique et analytique), celles du second aux sciences naturelles (botanique, cryptogamie, zoologie). Quant au troisième probatoire, il s’effectue en deux parties. La première est consacrée aux sciences appliquées à la pharmacie : chimie biologique, hygiène, hydrologie, toxicologie, microbiologie. La seconde aux sciences pharmaceutiques : pharmacie chimique et galénique, matière médicale, droit pharmaceutique. Des matières encore enseignées aujourd’hui. Longtemps exigé, le latin n’est plus un impératif, et ce depuis des années. Son enseignement a été supprimé en 1854.
L’unicité du diplôme existe déjà en ce début de siècle : en droit et en fait car tous les diplômés suivent les mêmes études et passent les mêmes examens. De plus, contrairement à aujourd’hui, ils peuvent se diriger aussi bien vers l’officine que l’industrie ou la biologie. Pour obtenir un doctorat d’université, il faut soutenir une thèse après deux années environ de recherches. Pour l’hôpital, deux concours existent : celui de l’internat en pharmacie et celui consacré au recrutement des pharmaciens des hôpitaux. Les études de pharmacie entraient dans l’ère moderne.
Des études qui ont longtemps souffert du machisme
– En 1814, une femme demande son admission à l’Ecole de pharmacie de Paris. En 1870, une autre sollicite la validation du stage qu’elle a effectué comme élève chez son mari pharmacien. En vain. « Les femmes ne comprenant pas la langue latine, ne peuvent ni consulter les auteurs qui ont écrit dans cette langue, ni traduire et exécuter scrupuleusement les formules des médecins », « Une femme est déplacée au comptoir d’une pharmacie : on ne peut demander certains remèdes sans avouer en même temps certaines maladies dont on ne peut faire confidence à une dame sans l’exposer à rougir »…
– Les écoles de pharmacie de province s’ouvrent à la gent féminine bien avant celle de Paris : à Montpellier, une femme obtient en juillet 1874 le titre de pharmacien de 2e classe. En 1879 à Toulouse, une femme est pour la première fois reçue pharmacien. Mais à l’Ecole de Paris, il faut attendre 1897. Cette même année, une femme est reçue pour la première fois au concours de l’internat des hôpitaux de Paris. Première, elle est finalement déclarée deuxième à cause de l’hostilité masculine due à sa brillante réussite ! La salle de garde lui est interdite. Et enfin, le 1er janvier 1900 s’ouvre à Paris une pharmacie appartenant pour la première fois à une femme.
POUR EN SAVOIR PLUS
– « Histoire de la pharmacie », R. Fabre et G. Dillemann. « Que sais-je ? », PUF, 1971.
– « Les femmes et la pharmacie », M.-L. Barcs-Masson. Thèse de doctorat en pharmacie, Paris 1976.
– « La Faculté de pharmacie de Paris, 1882-1982 ». Ed. Comarco, 1982.
– « La Pharmacie française », G. Dillemann, H. Bonnemain, A. Boucherle. Lavoisier, 1992.
- Pharma espagnole : 9 milliards d’investissements et une réforme en vue
- Réforme de la facture électronique, mode d’emploi
- Mon espace santé : un guide pour maîtriser l’accès et la consultation
- Fraude à la e-CPS : l’alerte discrète mais ferme de l’Agence du numérique en santé
- Pharmacie de Trémuson : une officine bretonne pionnière en RSE et qualité
- Comptoir officinal : optimiser l’espace sans sacrifier la relation patient
- Reishi, shiitaké, maitaké : la poussée des champignons médicinaux
- Budget de la sécu 2026 : quelles mesures concernent les pharmaciens ?
- Cancers féminins : des voies de traitements prometteuses
- Vitamine A Blache 15 000 UI/g : un remplaçant pour Vitamine A Dulcis
