C’est vous qui le dites

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Publié le 18 novembre 2023
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300 fermetures d’officines : ce nombre qui laisse perplexe

 


[…] Travailler gratuitement au nom de demain ?

Spontanément, la première réponse qui me vient à l’esprit est : « pour préparer l’avenir ». Cette phrase que nous avons tous et toutes entendue (et pensée ? Et répétée ?) si souvent. Il faut préparer notre avenir. Il faut penser à préparer notre avenir. C’est d’ailleurs une des questions de la vie qui me semble la plus difficile. D’un côté, je crois profondément aux vertus de la réflexion (construction ?) à long terme, j’aime les projets, j’aime patienter, j’aime prendre le temps et, de l’autre, j’ai peur car « nous n’avons qu’une vie » alors à force « d’attendre » demain, ne vais-je pas « passer à côté » d’aujourd’hui ? De ma vie ? Si je repense aux fois où j’ai travaillé gratuitement je pense donc à cette idée d’« investissement pour l’avenir ». Je pense à mes études dans lesquelles j’ai investi temps, effort et argent, et dans lesquelles ma famille et l’Etat ont également investi de l’argent. Je pense aux stages que j’ai effectués gratuitement ou presque. Je pense aux volontariats et aux bénévolats. Je pense aussi à toutes ces petites tâches et services rendus gratuitement sous prétexte que cela m’entraînerait. Ou encore que cela me ferait « connaître ». En anglais, ce phénomène a un terme : le « hope labour » ; Le « travail de l’espoir », désigne le travail que nous acceptons de faire gratuitement dans l’espoir que cela nous apporte expérience(s) et visibilité, qui devraient finalement nous permettre de décrocher un « vrai » travail, au sens d’un travail rémunéré, c’est-à-dire qui nous permette de vivre.

Travailler gratuitement pour se rendre visible ?

Un travail gratuit serait alors un investissement sur l’avenir. Une manière de gagner de l’expérience. Une façon de faire ses preuves. Et aussi de « gagner » en visibilité. Il permettrait de rencontrer des personnes. Et donc de « se rendre visible » auprès de celles-ci. Il permettrait de montrer un travail, que personne ne paierait (encore ?), mais qui pourrait convaincre, à plus ou moins long terme, d’être (enfin !) payé·e pour celui-ci. La question de la visibilité me semble d’autant plus centrale aujourd’hui, à l’ère du numérique. Nous pouvons techniquement être vu·e par tous et toutes dans le monde entier. Par conséquent, plus d’excuse(s) permise(s), tout le monde a les outils en main, non ?

Travailler gratuitement au nom de valeurs ?

Ainsi, on accepterait de travailler gratuitement au nom de valeurs. On accepterait de ne pas valoriser monétairement son travail puisqu’il est valorisé par autre chose. Valorisé par le sentiment d’être utile, de faire quelque chose qui a du sens, de « (re)donner » à la communauté, d’aider. Valeurs qui sont d’ailleurs bien souvent valorisées par la société et donc qui nous valorisent.

Travailler gratuitement pour être un·e bon·ne citoyen·ne ?

Un des meilleurs exemples est probablement ce que l’on appelle (pompeusement ?) l’« engagement citoyen ». L’engagement citoyen est un terme à la mode ces dernières décennies, bien qu’il ne soit pas un phénomène nouveau. Lorsque nous disons que nous sommes bénévoles, nous attirons en général des regards sympathiques (admiratifs ?). Etre bénévole, c’est un peu comme être un bon fidèle au Moyen Age. C’est accepter de donner de son temps, de son énergie aux plus démunis, et ce de manière désintéressée puisque non rémunérée. C’est être un·e bon·ne citoyen·ne. Une belle personne. Une âme charitable.
Je vous laisse faire la synthèse de cet exposé !
CQFD.

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