Emotions au salon

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Publié le 24 avril 2004
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Pharmagora 2004 ou le salon de toutes les couleurs. Les visiteurs en auront vu par dizaines. Sur les stands bien sûr, mais aussi dans un espace retiré de la clameur, du business, des musiques tonitruantes : une galerie d’art exposant les oeuvres de 17 peintres et d’un sculpteur… presque tous pharmaciens ou préparateurs ! « Patrick Guerrin, le président de Celtipharm, a aussitôt été d’accord pour jouer les mécènes, explique Guy Pillot, le pharmacien qui a cru possible cette belle aventure pharmaco-artistique. Qu’est-ce qui est plus fédérateur que l’art ? Depuis que l’homme a posé sa main sur les parois rocheuses, il y a quelques milliers d’années, on n’a rien trouvé de mieux pour communiquer ! »

Mais alors que veulent-ils nous transmettre, ces pharmaciens qui abandonnent, temporairement, le monde des ordonnances et de l’officine pour la palette, la glaise ou le bronze ?

Une rencontre avec Raymond Rochet, peintre populiste, a déclenché les premiers coups de pinceau de Guy Pillot. L’homme travaille à l’impulsion, le soir ou le week-end, et peut rester six mois sans rien produire. « La peinture me procure l’équilibre entre une profession cartésienne et une certaine spiritualité. » Elle jette aussi un pont entre ses clients et lui : « J’expose quel-ques toiles dans ma pharmacie. Je les utilise pour mettre quelque chose en avant. Ainsi, j’avais peint un cheval en bois avec des fleurs et j’ai utilisé cette peinture pour présenter des produits pour l’enfant. Il y a plein de choses à faire dans les vitrines et pour communiquer avec le client. »

Comment réagissent-ils ? « Ils ne pensent pas que c’est moi qui fait ça… Personne n’imagine que l’on vibre pour autre chose que la pharmacie ! Mais je veux montrer qu’un pharmacien peut avoir du charisme, de l’altruisme, de la générosité et un amour absolu pour l’art. »

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Florence Pagès, installée dans l’Aveyron, aimerait consacrer plus de temps à la peinture : « Si j’avais à choisir aujourd’hui, je choisirais la peinture… » Est-ce son goût pour le contact humain et les relations privilégiées qu’elle entretient avec ses clients qui la poussent à peindre essentiellement des personnages ? « Ce que je préfère dans le métier de pharmacien, c’est le contact avec les gens. Parfois je les materne un peu et je suis déçue par la tournure de nos relations. Je confonds sans doute client et ami… » Alors Florence Pagès peint des personnages de rêves, des hindous enturbannés, des enfants, des femmes au sari.

Rigdzin sculpte et photographie. Un arrêt de travail assez long a suscité chez lui une remise en question profonde : « J’ai passé un an chez un sculpteur tailleur de pierre, et j’ai appris à travailler la terre, le plâtre, la cire, les moulages, les modelages, la fonderie… Aujourd’hui, en associant la thérapie que j’ai suivie, mon changement de vie et mon expérience, je pourrais donner des cours d’artthérapie pour faire découvrir aux gens le bonheur de modeler ou de sculpter quelque chose. »

La conclusion de cette aventure picturale unique appartient à Guy Pillot : « Lorsque nous avons reçu les photos de tableaux de toute la France, c’était comme des pépites d’or que l’on déterrait au fur et à mesure… Nous ne pouvions pas laisser cela comme ça ! »