E-bonus pour l’officine
La pharmacie n’est pas épargnée par la transformation digitale, et l’e-santé est une voie de développement prometteuse pour les officines. À la clé, des conséquences heureuses en termes de suivi des patients mais aussi de recrutement et de chiffre d’affaires.
Mine de rien, l’e-santé est entrée dans les officines… avec le DP (Dossier pharmaceutique), redessinant les contours de la relation pharmacien/patient mais aussi pharmacien/professionnels de santé. Car si le DP donne aujourd’hui aux pharmacies l’accès à l’ensemble des prescriptions du patient, il s’invite également, petit à petit, dans les PUI (pharmacies à usage intérieur) des hôpitaux. C’est l’enjeu du décloisonnement villehôpital pour un suivi plus efficace du malade. Un décloisonnement qui va prendre de l’ampleur dans les années à venir. Ce sont d’ores et déjà les 1 129 pharmacies bretonnes qui sont équipées depuis février d’une adresse e-mail entièrement sécurisée. Proposée par le Groupement de coopération sanitaire (GCS) e-Santé Bretagne, cette messagerie répond aux besoins de sécurité des données patients et à la nécessité de communiquer avec le corps médical hospitalier.
ENTRETIEN autour de l’objet
Un autre développement est à considérer, sociétal cette fois : les Français deviennent acteurs de leur santé et mettent pour cela à profit des objets numériques et connectés: tensiomètre, balance… Ils suivent ainsi par eux-mêmes leur santé, via certains paramètres de leurs activités. « Or seulement 10 % des utilisateurs estiment être capables d’interpréter les données et 77 % des Français sont favorables au partage des données avec leurs pharmaciens », pose, optimiste, Jérôme Leleu, président d’Interaction Healthcare, agence digitale en santé. Tous ces utilisateurs néophytes d’objets connectés représentent donc un nouveau type de clientèle pour l’officine. Une belle opportunité, d’autant qu’une enquête Harris Interactive révèle que seulement 38 % des Français fréquentent de façon régulière les pharmacies (principalement pour acheter des médicaments). Et Jérôme Leleu de rappeler: « Le modèle économique de la pharmacie comprend dorénavant une dimension de suivi du patient qui sera rémunérée par une tarification à l’acte. Il faudra que les équipes s’adaptent et se forment aux nouveaux outils numériques afin de se rapprocher des patients de plus en plus connectés. »
PACTOLE de l’e-prévention
De l’objet connecté au smartphone, il n’y a plus de frontière, puisque les paramètres calculés par les nouvelles technologies se retrouvent sur le téléphone via une appli ad hoc. Le patient se balade avec ses données dans sa poche ! Le secteur de la santé mobile pourrait à lui seul représenter en 2017 près de 26 milliards de dollars d’après la dernière édition du magazine de l’innovation du Leem, consacrée à l’e-santé. Et, avec près de 97 000 applications déjà existantes en 2013 et 300 000 téléchargements payants par jour dans le secteur, il s’agit bien d’une transformation de l’économie de la santé. L’impact est à prendre avec d’autant plus de sérieux qu’il semble désormais admis que, d’ici deux ans, l’usage des seuls smartphones provoquera une baisse des dépenses de santé (de 11,4 milliards d’euros). De quelle manière ? En donnant aux patients des objets connectés, ils ont accès à des sources d’information leur permettant de monter en compétence et d’agir avec plus de discipline et d’enthousiasme, notamment sur la prévention. Le contexte rêvé pour la pharmacie d’élargir son offre d’objets connectés: actimètres pour calculer les rythmes d’éveil et de sommeil, brosses à dents intelligente pour détecter le tartre, compteurs de pas et de calories dépensées, etc.
MÉDECINS à disposition
En matière de télémédecine aussi, les enjeux à venir sont intéressants. Ils intègrent les actes de téléconsultation, téléexpertise, télésurveillance et téléassistance médicales. Avec une dématérialisation sécurisée et éthique de la relation avec le patient, l’officine peut, par exemple, devenir un lieu de suivi renforcé pour les malades chroniques. Illustration avec le projet Sympad, lancé en 2011 et depuis validé et récompensé à plusieurs reprises. Le pharmacien peut proposer au patient concerné de suivre son état général et les paramètres biologiques et cliniques de sa pathologie. L’ensemble des mesures est collecté en pharmacie dans un espace dédié, au moyen de capteurs communicants. Les données sont transférées aux médecins de MédecinDirect, la société à la base du projet, pour analyse puis diffusion au pharmacien, au patient et à son médecin traitant. En cas de problème constaté, des recommandations peuvent être jointes à l’analyse. Qu’importe l’outil pourvu que la relation demeure et se développe !
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