Les médecins lâchent du lest, le générique prend du poids
Dans la foulée de l’engagement des médecins à prescrire en DCI, le marché des génériques a pris un essor notable, battant même un record de ventes en juillet. Surtout, les réticences sont levées auprès du public, facilitant indéniablement le travail de substitution des pharmaciens.
Depuis la mi-juin, les génériqueurs constatent une franche accélération de leurs ventes qui ponctue sur une bonne note un premier semestre 2002 plutôt laborieux. En effet, le marché mensuel du générique en DCI, qui était de 30,5 MEuro(s) en avril puis de 28,2 MEuro(s) en mai, est passé à 36,7 MEuro(s) en juin – égalant ainsi le niveau atteint en janvier, un mois traditionnellement fort – puis à 44,6 MEuro(s) en juillet. Tout le monde s’accorde à faire le lien avec l’engagement des médecins à multiplier les prescriptions en DCI en contrepartie de la consultation à 20 euros.
« Sur juin, les ventes de génériques sous DCI ont progressé de 6 % en volume et cette tendance s’est amplifiée en juillet », signale Maurice Chagnaud, directeur marketing-ventes de Merck Génériques. « Sur ce dernier mois,nous avons réalisé, avec 4,3 MEuro(s), un CA deux fois supérieur à celui de juillet 2001 », confirme Jacques Lhomel, directeur général de RPG Aventis.
« Prescri-substitution ». Avec 18 millions d’unités vendues en juillet 2002, les génériqueurs battent un record historique. « Alors qu’un tassement des ventes en volume entre juin et juillet était jusqu’ici la règle, indique, pas vraiment surpris, Erick Roche, directeur des opérations marketing-ventes chez Biogaran. Si chaque médecin prescrit dix DCI par jour au sein du Répertoire, pour 10 000 médecins, cela fait 100 000 boîtes de génériques supplémentaires vendues par jour, c’est un levier extraordinaire pour le marché de la « prescri-substitution » ! »
Forts de ce sursaut, les génériques sous DCI représentent désormais en valeur 28,5 % du marché du Répertoire de l’Afssaps contre 22,1 % un an plus tôt (source GERS), en cumul mobile sur douze mois à fin juin.
« Ce sont les molécules connues et les plus prescrites qui ont surtout bénéficié de la prescription en DCI », selon Jacques Lhomel, sans faire de distinction entre l’aigu et le chronique. A l’exception du paracétamol, non inscrit, les plus fortes croissances relevées chez RPG concernent l’amoxicilline, en monothérapie ou en association avec l’acide clavulanique, la fluoxétine, la trimétazidine, l’association dextropropoxyphène-paracétamol, le furosémide…
Toutefois, les génériqueurs se refusent à tirer des conclusions hâtives sur les effets dopants de la consultation à 20 euros. « Il est difficile d’attribuer les résultats obtenus en juin et juillet à la seule prescription en DCI, explique Maurice Chagnaud, estimant qu’ils résultent davantage de la conjonction de plusieurs facteurs. La prescription d’une ligne en DCI a permis de lever le frein médical et au pharmacien de se retrouver dans un environnement plus confortable pour substituer. Nous avons remarqué que les plus motivés substituaient encore davantage depuis l’accord du 5 juin. » Un autre génériqueur a constaté que 3 à 4 % de ses clients officinaux se sont nouvellement positionnés sur le marché des génériques en renforçant leurs référencements. « Je prétends que les médecins ne prescrivent pas beaucoup plus de génériques qu’avant, les rédactions en DCI me semblent même anecdotiques, renchérit Jean-Marc Yzerman, chargé du dossier à la FSPF. En revanche, ils ont effectivement levé leurs freins. »
Non à la DCI à tout crin. Si l’on peut se réjouir de cette croissance, l’UNPF souhaite néanmoins qu’on « ne brûle pas les étapes ». A son initiative, un comité de suivi réunissant représentants des caisses, des officinaux et des généralistes signataires de l’accord du 5 juin a tenu sa première réunion début juillet pour organiser une évolution maîtrisée de la prescription DCI et décider des moyens de formation et d’information à mettre en place pour les médecins. « Le but est que nos deux professions puissent réaliser leur contrat sans perturbation pour quiconque, médecin, pharmacien ou patient, précise son président Claude Japhet. Ce n’est pas au pharmacien d’expliquer au patient la substitution du médecin ! »
« Il importe que l’engagement pris par les médecins soit durablement assumé sur le Répertoire, précise de son côté Jacques Lhomel. Par contre, la prescription en DCI hors Répertoire n’est pas une source d’économies pour les payeurs et ne va pas simplifier le travail des pharmaciens. Cet été, un confrère a eu à honorer une ordonnance comportant quinze lignes de médicaments, toutes en DCI, dont huit correspondaient à des produits de brevet non échu ! »
Or les syndicats de pharmaciens ne sont pas favorables à une prescription en DCI généralisée ou visant des médicaments à DCI multiples. « Au-delà de deux prescriptions en DCI en remplacement de deux médicaments sous nom de fantaisie par ordonnance, il y a risque d’incompréhension pour le patient et l’on court à la catastrophe pour l’observance », met en garde Claude Japhet. Selon lui, l’envoi aux médecins généralistes d’une liste des 20 ou 30 premiers groupes génériques va donc dans le bon sens. Mais les syndicats se montrent beaucoup plus réservés sur la diffusion de logiciels facilitant cette prescription.
Le comité de suivi a prévu de se réunir à nouveau le 25 septembre. A cette date, les chiffres permettront de savoir si la nouvelle tendance du marché se confirme.
Reste que pour Jean-Marc Yzerman, « le danger, c’est que les pouvoirs publics se disent que le générique cartonne parce qu’on a confié le marché aux médecins »…
CA de juillet
Historique ! Avec 44,6 MEuro(s), il dépasse de très loin les chiffres élevés de janvier. Rien ne permet de savoir avec certitude si cet essor est surtout dû à l’accroissement des prescriptions en DCI, de la substitution ou bien à une meilleure acceptation des patients.
RÉDACTION EN DCI
Sa généralisation, notamment dans le cas des médicaments à DCI multiples, pose problème à la fois au médecin, au pharmacien et au patient avec un risque pour l’observance des traitements.
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