La guerre de mouvement est ouverte

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Publié le 31 janvier 2009
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Fracture grandissante entre officines, augmentation des ventes directes, affaiblissement des grossistes, renforcement des groupements… Tel serait le visage de la distribution en 2012 selon Precepta, qui juge toutefois peu probable une ouverture à court terme du capital.

La perspective de création des chaînes, les règles de la concurrence européenne, le commerce parallèle ou l’essor de la vente directe sont autant de facteurs qui déstabilisent le secteur pharmaceutique », observe Emmanuel Sève, directeur des études du pôle santé de Precepta. Dans une étude récente (« La distribution pharmaceutique »), ce cabinet d’analyse, filiale du groupe Xerfi, dessine l’évolution du secteur à l’horizon 2012.

L’écart se creuserait entre les officines

D’ici les trois prochaines années, l’activité des pharmaciens devrait continuer à s’éroder (+ 2 % de CA par an entre 2006 et 2012 contre + 5,3 % entre 2000 et 2005). La marge brute pourrait elle aussi marquer le pas, affichant un modeste 150 millions d’euros sur les médicaments remboursables jusqu’en 2012 (contre 237 millions pour la période 2004-2007). « L’augmentation du prix des spécialités et le développement des grands conditionnements sont pénalisants », commente Emmanuel Sève.

Première conséquence : l’écart entre les officines se creuse, renforçant l’attractivité « d’un noyau dur de 4 000 officines de très grande taille et, au sens large, de 8 000 à 10 000 officines sur lesquelles se focalise un nombre croissant de fournisseurs ».

Autre tendance lourde : l’essor de la vente directe. « Les laboratoires voudront développer davantage le lien avec les pharmaciens et accompagner la vente de leurs produits par de nouveaux services. » La vente directe pourrait alors représenter 19,5 % de la distribution de médicaments remboursables en 2012 (contre 8,3 % en 2001).

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Les groupements adossés aux grossistes s’étoffent

L’étude a mesuré les conséquences qu’entraînerait l’ouverture du capital, même si Emmanuel Sève l’estime peut probable « à court terme ». Cela dit, malgré les conclusions de l’avocat général près la Cour de justice européenne (voir Le Moniteur n° 2760/2761 du 10 janvier 2009), cette hypothèse demeure. Elle pourrait alors conduire en premier lieu à un durcissement de la concurrence, laquelle « fragilisera les officines confrontées directement aux pharmacies en chaînes », commente Emmanuel Sève.

La fracture entre les officines bien gérées et disposant d’un bon emplacement – cible privilégiée des investisseurs – et les autres devrait donc s’accentuer. « Les pharmacies situées dans les zones menacées de désertification, celles de ville ou de quartier mal situées sont les plus sévèrement menacées. »

Parallèlement, de nouvelles opportunités de carrière devraient se présenter. « Les chaînes chercheront des managers. Les adjoints et les jeunes diplômés, prêts à se mouler dans une organisation industrialisée, en seraient bénéficiaires. »

Par ailleurs, les groupements devraient jouer un rôle clé. Pour monter en puissance, ceux-ci devront aider le pharmacien à s’approvisionner et lui permettre de déléguer certaines fonctions. Ce n’est donc pas un hasard si, selon Precepta, ce sont les groupements adossés à des répartiteurs (Alphega, Pharmactiv et Plus Pharmacie) ou développant une approche marketing (groupe PHR, Univers Pharmacie, Pharmodel, Direct Labo) qui ont recruté le plus d’adhérents entre 2004 et 2008.

Enfin, le cabinet d’études évoque le « direct-to-pharmacy », lequel consiste à confier à un nombre restreint de distributeurs l’approvisionnement des pharmacies. « Pour l’heure, son intérêt est limité en France, mais le poids des chaînes en Europe, les services liés aux produits pharmaceutiques et le commerce parallèle constituent des facteurs de développement ». En tout cas, les laboratoires l’expérimentent depuis 2007 en dehors des frontières.

La répartition se cherche un nouveau modèle

L’étude de Precepta prédit une diminution de l’activité des répartiteurs de 1 % par an entre 2006 et 2012 (contre + 4,7 % de variation annuelle entre 2000 et 2005) et de la marge brute de 50 millions d’euros sur le médicament remboursable à l’horizon 2010. Pour s’en sortir, les répartiteurs tentent d’élargir leur horizon. C’est ainsi qu’Alliance Boots s’infiltre dans le créneau des dépositaires avec le rachat de Depolabo en 2008. D’autres rachètent des « parts de marché », tel Phoenix qui vient d’acquérir la CERP Lorraine Répartition. Le même répartiteur s’était également adossé à un groupement (avec la reprise de 35 % de Plus Pharmacie en 2007) afin d’avoir une nouvelle porte d’entrée via ses adhérents.