« Dès que le prix d’achat deviendra raisonnable, la rémunération pourra être supérieure au coefficient 600 »
Avant 1980, la question de la rémunération et du capital ne se posait pas : le prix des fonds était faible, le recours au crédit vendeur courant et les possibilités de création assez importantes. La marge brute était supérieure à 35 % et l’excédent brut d’exploitation proche de 20 % du chiffre d’affaires HT. Le système s’est déréglé lorsque la logique d’outil professionnel a été supplantée par une logique de plus-values. Les pharmaciens, craintifs quant à leur niveau de revenus après la vente de leur pharmacie, ont misé sur un gain en capital. Il faut dire que le contexte leur était favorable avec la croissance des chiffres d’affaires et un nombre de diplômes en recherche d’officines en augmentation.
Petit à petit, les prix ont progressé, mais, dès 1990, les rentabilités ont régressé. Les pharmaciens empruntaient donc davantage dans une période où la marge et la rentabilité se détérioraient. A cette époque, la rémunération pouvait être faible à court terme car la plus-value financière était plus forte à long terme. Ainsi, l’officinal achetait cher, mais revendait à un prix encore supérieur. Il y a trois ans, le modèle s’est cassé lorsque les chiffres d’affaires ont commencé à stagner dans la mesure où ce modèle était porté par la croissance du chiffre d’affaires.
Comment revenir à un meilleur équilibre entre une juste rémunération au titre de l’activité professionnelle et une rétribution du capital investi et du risque d’entrepreneur ? Dès que le prix d’achat deviendra raisonnable, c’est-à-dire basé sur les critères habituels de rentabilité, l’acquisition se passera sans problème, et, au bout de quelques années, la rémunération nette mensuelle sera supérieure à un coefficient 600. Or, cela suppose une vraie prise de conscience par la profession que les niveaux de prix d’achat des officines sont trop forts, que ce soit en valeur absolue ou relative. Il n’y a pas d’autres solutions. Ce changement suppose une véritable révolution culturelle.
Demain, les structures juridiques seront plus complexes avec les holdings et la hausse du nombre d’associés. Dans ce contexte, la relation duelle entre l’officine et un seul pharmacien va s’estomper. Les modèles qui existent dans d’autres professions libérales, comme les laboratoires d’analyses de biologie médicale et les experts-comptables, préfigurent alors ce que pourrait être l’organisation du capital dans les pharmacies. Avec la création de réseaux d’officines d’une certaine taille avec des associés exploitants et des investisseurs, les questions de gouvernance vont donc être essentielles. La question de la rémunération et de la valeur du capital deviendra un chapitre incontournable. L’ensemble des associés décidera de la rémunération du travail des exploitants et l’assemblée générale votera la distribution des dividendes. Les pactes devront alors prévoir la valorisation des titres. Les pharmacies entreront dans le droit des sociétés.
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