Se former à la gestion

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Publié le 20 juin 2009
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Sans réelle formation initiale à la gestion et la finance, il est difficile pour un titulaire d’établir un budget prévisionnel ou de calculer ses ratios de rentabilité. Il existe pourtant des formations, courtes ou longues, pour apprendre à mieux piloter une TPE.

On le sait depuis longtemps, le pharmacien n’a pas appris durant ses études à être un gestionnaire. Certes, il y a bien, dans l’arrêté du 14 août 2003 fixant le régime des études de pharmacie, un objectif pédagogique dans la filière officine pour « comprendre qu’une officine est une petite et moyenne entreprise ». Cela se traduit par un enseignement de gestion de l’officine ou d’économie de la santé. Le hic : il n’existe pas de quotas horaires pour ces enseignements et, donc, le temps qui leur est consacré est très variable d’une faculté à une autre. Par exemple, à Châtenay-Malabry, dans les Hauts-de-Seine, les futurs pharmaciens ne reçoivent que 23 heures de cours en économie de gestion.

Est-ce suffisant ? Pas pour Eric Fouassier, professeur et responsable du diplôme interuniversitaire de gestion entrepreneuriale à Paris-XI : « L’initiation à la comptabilité effectuée au cours des études de pharmacie permet tout juste de se familiariser avec le vocabulaire spécifique et de savoir ce que sont un bilan et un compte de résultat. Mais il faut une formation plus poussée pour savoir lire et analyser de tels documents. Ces lacunes s’expliquent aussi tout simplement par le fait que tout cela paraîtrait un peu ardu et abstrait pour des étudiants qui n’envisagent pas de s’installer immédiatement après leurs études. » Or, avec la baisse des marges et une concurrence plus vive entre pharmacies, le suivi de son activité et de sa rentabilité à l’aide de chiffres et de tableaux devient indispensable.

Des formations jugées non prioritaires

Pour se former à la gestion et à la finance, les formations destinées spécifiquement aux officinaux sont peu nombreuses. Les organismes de formation pour les pharmaciens et les grossistes-répartiteurs proposent surtout de se former à la vente, au marketing ou encore au management. En effet, ces thématiques ne font pas partie des formations prioritaires définies par le FIF-PL (Fonds interprofessionnel de formation des professions libérales). « Les formations prioritaires ont trait à l’exercice officinal et à la délivrance au comptoir », confirme Xavier Candille, pharmacien et représentant de l’UNPF au FIF-PL.

Une formation en diététique, en dermocosmétique ou au MAD sera financièrement prise en charge. Ce n’est pas le cas de la communication, de la gestion, des ressources humaines, du juridique ou encore du management. Or, une formation non prioritaire n’est prise en charge qu’à hauteur de 160 euros par jour (à raison d’un jour par an), tandis que celle jugée prioritaire peut l’être jusqu’à 600 euros. Un détail qui fait toute la différence, surtout quand le pharmacien doit mettre la main à la poche. « Les pharmaciens qui souhaitent se former à la gestion ne comprennent pas pourquoi cette thématique n’est pas considérée comme prioritaire. Il y a un autisme de la profession sur le fait que la pharmacie est aussi un commerce », clame Philippe Levy, dirigeant de Neopharma. C’est pourquoi ce consultant en stratégie, spécialisé dans le secteur de la pharmacie, prône, plus que jamais, « un débat entre les syndicats de pharmaciens pour mettre en avant quelques modules de formation à l’économie et à la gestion ».

Malgré ces obstacles, les pharmaciens sont-ils enclins à se former en gestion ? De l’avis des responsables des différents organismes de formation, il est clair qu’ils sont plutôt minoritaires dans les cours organisés pour des dirigeants de PME. « Les pharmaciens sont peu motivés à investir leur argent personnel dans une formation qui n’est pas prise en charge, d’autant que, dans les petites officines, ils peuvent difficilement être remplacés au comptoir. Pourtant, ils affirment clairement avoir besoin de se perfectionner dans ces thématiques », témoigne Alain Fonte, directeur de la chambre de commerce et d’industrie de Grenoble, qui propose, comme toutes les CCI, un panel de formations courtes en gestion-finance.

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De nombreuses formations courtes sont proposées

Dans des disciplines aussi techniques que la gestion ou la finance, les organismes de formation généralistes proposent de très nombreuses formations qui, de quelques heures à une dizaine de jours, s’adressent à des néophytes. Elles permettent d’acquérir les bases de la gestion (apprendre à optimiser sa trésorerie, à « piloter » son activité », à lire un bilan ou un compte de résultat) pour mieux gérer son affaire.

« Ce sont des notions suffisantes pour un simple titulaire s’il n’a pas, par exemple, un objectif de rachat de plusieurs officines », avance Michèle Roussillat, de l’Institut de formation à la gestion (IFG). Pour cet organisme de formation continue, qui accueille 11 000 stagiaires par an et ne propose pas moins de 800 formations, il est inutile de se lancer dans une longue formation pour piloter une officine. « Un pharmacien a seulement besoin d’avoir une vision globale de la gestion afin de maîtriser le processus budgétaire de son affaire et d’être en adéquation avec ses prévisions », conseille-t-il. Bref, d’être capable de détecter une baisse de chiffre d’affaires et donc de tirer la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard.

Se former à la carte et avec des cas pratiques

Que peut trouver le pharmacien dans l’éventail très large de ces formations courtes ? D’abord, des stages à la carte selon le niveau de connaissances qu’il souhaite atteindre. A l’IFG, par exemple, il existe une douzaine de formations courtes de 1 à 4 jours, pour 1 300 euros environ, sur le contrôle de gestion, l’environnement économique, l’optimisation de sa trésorerie ou dans des thématiques plus sociales et juridiques. « Cela permet de combler des lacunes et d’acquérir une vision d’ensemble en gestion », assure-t-on à l’Institut de formation à la gestion.

De même, chez Cegos, qui propose 950 formations chaque année, « La finance pour les non-financiers » est spécialement conçue pour des personnes n’ayant aucune connaissance préalable en comptabilité. Donc les pharmaciens. Les principaux postes du bilan, le compte de résultat, les notions de fonds de roulement et de BFR, la rentabilité des capitaux sont abordés en deux jours.

Idem dans les chambres de commerce et d’industrie où 190 centres de formation, qui rassemblent quelque 4 000 stagiaires par an, attirent en majorité des dirigeants de petites structures. Certaines CCI disposent même de leur propre école, qui fonctionne de manière autonome. Par exemple, l’école de formation continue de la CCI parisienne, Advancia, propose une douzaine de sessions courtes de deux à cinq jours en gestion et finance. Vous pourrez y apprendre à « piloter économiquement une activité » en trois jours et moyennant 1 500 euros. La CCI de l’Indre propose, quant à elle, de « lire, comprendre et exploiter son bilan et compte de résultat ».

Certaines formations peuvent s’adresser à une catégorie de dirigeants plus spécifique, permettant d’entrer davantage dans les détails. C’est par exemple le cas de certaines formations organisées par Demos, l’un des organismes leaders. En cinq jours (soit 35 heures), pour 2 190 euros, dans une formation intitulée « Analyse et gestion financière », des spécialistes en gestion donnent les clés pour décrypter un document comptable, évaluer le niveau des marges et construire un plan de financement à long terme.

La plupart du temps, les centres de formation se plient en quatre pour s’adapter aux dirigeants de petites et moyennes entreprises. C’est pourquoi, loin des cours théoriques, elles axent leurs contenus sur des situations pratiques. « Les stages de deux jours sont constitués d’études de cas réels apportés par les stagiaires. Chaque situation est donc analysée et décryptée », assure Jean-Louis Muller, l’un des directeurs de Cegos. Ainsi, le pharmacien peut venir avec son bilan comptable sous le bras et y trouver interprétations et éclaircissements. Idem dans les chambres de commerce et d’industrie qui rassemblent des groupes de 6 à 8 personnes « à partir de documents ou interrogations que vivent les stagiaires », précise Alain Fonte.

Côtoyer d’autres dirigeants d’entreprises

Dans la plupart des cas, ces stages courts sont proposés dans le cadre de formations interentreprises. Ce qui veut dire que six à quinze participants suivent la même formation. Certains pourront être pharmaciens, mais aussi boulangers, dirigeants d’une PME industrielle, artisans… « Le pharmacien peut y trouver un éclairage sur des pratiques auxquelles il n’avait pas pensé. C’est toujours plus riche », soutient Jean-Louis Muller. Mais ceux qui souhaitent rester dans le cercle officinal peuvent s’offrir le luxe de séances de coaching avec un consultant. « Plusieurs pharmaciens peuvent se regrouper et demander une formation sur une thématique précise. Ce type de formation coûte 2 000 euros environ, à diviser selon le nombre de participants », indique le porte-parole de Cegos. Un concept idéal pour ceux qui auraient l’intention de monter un système de SEL par exemple.

Par ailleurs, au sein de la profession, des grossistes-répartiteurs proposent également des formations, la plupart du temps consacrées au marketing-vente, à l’exercice officinal et au conseil. Parmi eux, l’OCP organise des mini-formations d’une journée pour mieux maîtriser sa comptabilité. Pour environ 200 euros, des conseillers en gestion apprennent à des titulaires ou à des adjoints s’installant dans l’année à interpréter leurs documents comptables. « L’objectif est d’étudier, de manière très simple, les postes clés d’un bilan et l’analyse des ratios, précise Christine Meyer, responsable d’OCP Formation. Le pharmacien peut ainsi mieux décrypter son activité et travailler main dans la main avec son comptable. » Là aussi, on se veut pratique avant tout. « Les stagiaires peuvent travailler directement sur leur propre compte de résultat. »

Comment financer sa formation

Le financement des formations continues n’est pas réservé aux seuls salariés. Les dirigeants peuvent eux aussi voir leur formation prise en charge financièrement, du moins en partie. Ce droit est, en effet, lié au versement (obligatoire) d’une contribution de formation à un organisme collecteur, gérée par le Fonds interprofessionnel de formation des professions libérales (FIF-PL). En contrepartie, les titulaires peuvent se faire financer leur formation en fonction des priorités de prise en charge et des modalités de financement du FIF-PL.

Comment procéder ?

Il suffit de retirer un dossier auprès au FAF et de le retourner au moins un mois avant le commencement du stage. Des pièces justificatives sont souvent nécessaires, comme un devis de l’organisme de formation, le programme de stage et une attestation du versement de votre contribution à la formation. En général, le délai de réponse varie de 4 à 8 semaines.

De quels aides puis-je bénéficier ?

Si votre formation n’est pas prise en charge, vous pouvez bénéficier d’autres coups de pouce.

– Le crédit impôt formation : toute société peut en bénéficier si l’un des dirigeants se forme. Son montant est égal au nombre d’heures effectives de formation (plafonné à 40 par années civiles) multiplié par le SMIC horaire. Pour en bénéficier, vous devez joindre la déclaration n° 2079-FCE-SD à la déclaration annuelle de résultat déposée par l’entreprise.

– Les aides régionales

Certaines régions proposent des aides pour des salariés ou dirigeants de PME qui souhaitent se former. C’est par exemple le cas de l’Ile-de-France : le programme CAP Entreprise accompagne les dirigeants d’entreprises créées ou reprises depuis moins de quatre ans. Pour savoir si vous pouvez en bénéficier, contactez les CCI, les chambres de métiers et de l’artisanat ou votre conseil régional.

philippe levy (Neopharma)

Ceux qui souhaitent se former à la gestion ne comprennent pourquoi cette thématique n’est pas prioritaire. Il y a un autisme sur le fait que la pharmacie est aussi un commerce.

Avant, je ne savais pas analyser un bilan ou négocier avec une banque

Pour Nicolas Mimoun, titulaire à Juvisy-sur-Orge (Essonne), il n’était pas question d’acheter sa première officine sans un minimum de connaissances en gestion. « J’étais incompétent dans ce domaine. Je ne savais pas analyser un bilan ou encore négocier avec une banque et un fournisseur car mes études ne me l’ont pas appris. » Avant d’acheter son officine, il décide donc de suivre le DIU de gestion entrepreneuriale, une formation d’une durée de six mois réservée à des pharmaciens. « Cette formation m’a permis de mener une étude de marché géodémographique et d’analyser les bilans au moment d’acheter ma pharmacie. J’ai également pu avoir des contacts d’experts-comptables et d’avocats. » Et maintenant, le pli est pris. « Je suis de très près les comptes et le niveau de marge par taux de TVA », se réjouit Nicolas Mimoun.