Reco & Co

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Publié le 21 février 2009
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En 2005, François Lamoureux, sollicité par le CFA de Toulon, concevait ses premiers coffrets de reconnaissance. Objectif : faciliter les révisions grâce à une échantillothèque de poudres, liquides et plantes prêts à l’emploi. Deux plus tard, le titulaire et sa compagne créait la SARL Recobox. Qui commence à être reconnue !

Vous avez forcément encore en mémoire les « recos ». Pour obtenir votre diplôme, vous aviez dû, entre autres, apprendre à reconnaître toutes sortes de plantes médicinales et de produits chimiques et galéniques. Et, quand vous révisiez, il n’était peut-être pas évident de trouver les ingrédients nécessaires sur votre lieu de stage ou d’apprentissage. Si vous deviez aujourd’hui retourner sur les bancs de la fac ou d’un CFA – argh ! -, il est possible que vous utiliseriez les services de Recobox. Cette SARL a été créée par notre confrère François Lamoureux, installé depuis 1989 à Toulon, dans le Var.

Tout a commencé en 2005 par la visite à l’officine d’un professeur du centre de formation des apprentis de Toulon venu voir un de ses élèves. « Au détour de la conversation, il m’a parlé des problèmes qu’il rencontrait pour trouver les produits nécessaires à l’organisation des exercices de reconnaissance », se souvient François Lamoureux. Pour les CFA, la liste comprend une trentaine de produits par catégorie (poudres, liquides et plantes). La Pharmacie Lamoureux, depuis longtemps spécialisée en herboristerie, a déjà toutes les plantes en stock. Le reste, François Lamoureux va proposer de le fournir au professeur, qui lui présente sa liste.

D’abord un moyen de rompre la monotonie du comptoir

Le titulaire se lance alors avec son équipe dans la réalisation d’une cinquantaine de coffrets de reconnaissance. « Nous le faisions à la pharmacie. Les étiquettes étaient imprimées via l’informatique et nous mettions les produits dans une simple boîte en carton sans séparation », raconte François Lamoureux, pour qui ce travail était un moyen comme un autre de se changer les idées quand l’activité devient un tantinet monotone après plus de vingt ans de carrière.

Durant deux années, le titulaire va améliorer le coffret avec l’aide du CFA de Toulon. Dans un premier temps, il se met à la recherche d’un fabricant de cartons capable de créer une boîte compartimentée pour éviter la casse des flacons. Il le trouvera à La Bédoule, près d’Aubagne. Le nouvel entrepreneur est fin prêt pour contacter les 70 CFA de France et leur proposer ses coffrets. Lyon, Grenoble, Amiens, Orléans sont preneurs. « En 2006, j’en avais déjà vendu 400, presque à prix coûtant. 400 coffrets, c’est 400 fois 30 flacons, donc 12 000 flacons à remplir ! », fait valoir François Lamoureux. L’activité n’a plus rien d’un « passe-temps » artisanal. Le titulaire décide donc de monter une société spécialisée dans la conception de coffrets de reconnaissance.

De l’artisanat à la mécanisation de l’entreprise

La SARL Recobox naît en 2007. François Lamoureux détient 50 % des parts. La gérance en est confiée à Sylvie Campigli, sa compagne, qui va devoir diminuer son activité dans le cabinet de radiologie qui l’emploie. Les coffrets sont désormais réalisés à la maison. A lui les négociations commerciales et le remplissage des liquides. A elle l’administratif, les poudres et les plantes. Tous les deux assurent également près de 80 % des livraisons. « J’ai acheté une camionnette car j’avais beaucoup de problèmes avec les transporteurs, notamment de casse », explique François Lamoureux, sous la placidité duquel se cache un véritable bourreau de travail.

Un de ses premiers objectifs va être de mécaniser le remplissage des flacons dont le volume du produit a été fixé en collaboration avec les CFA. « Dans des flacons de 30 ml, je mets 10 ml de liquide et 5 g de poudre. Dans les sachets, il y a 5 g de plantes. Mais je m’adapte à la poudre et à la plante. Avec 2 g de fleur de bleuet, le sachet est déjà archiplein. » Une conditionneuse de poudre est devenue indispensable. François Lamoureux se renseigne auprès de son ancien professeur de galénique, qui le tuyaute. Cette visite à la faculté de pharmacie de Marseille est l’occasion de revoir le chef des travaux pratiques, qui lui demande un devis pour un coffret. « Alors que la liste est la même pour tous les CFA, elle diffère pour la vingtaine de facultés de pharmacie. Ainsi, celle de Rouen m’a demandé il y a peu un devis pour 174 produits ! », souligne François. Quant à la fac de Marseille, bien qu’intéressée, elle ne commande qu’une dizaine de coffrets.

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La conditionneuse de poudre, c’est à Milan que François et Sylvie la trouveront. Pour 8 000 euros, d’occasion. « On a aussi trouvé une machine neuve pour conditionner précisément les 10 ml de liquide, une machine à boucher, pour 4 000 euros, et une étiqueteuse à 20 000 euros. Jusqu’en 2008, nous collions toutes les étiquettes à la main. Or, depuis 2007, pour éviter les pollutions des flacons, nous réalisions un double étiquetage, sur le flacon et sur le bouchon. » Pas question en effet de contaminer les nez estudiantins en posant le bouchon de l’eau distillée sur le flacon de l’huile essentielle de menthe poivrée !

Près de deux tonnes de malettes convoyées en pleine nuit

Soigner la présentation était également un souhait du couple qui s’est mis en quête d’un fabricant de mallettes en plastique. C’est encore en Italie qu’il trouvera son bonheur. Mais les mallettes sur mesure coûtent cher et il en faut 1 500. C’est un risque à prendre. Ils en achètent pour 14 000 euros, soit 35 m3. Grâce à elles, ils remportent le marché du CFA de Planchat, à Paris, qui en commande 500. François et Sylvie partiront livrer de nuit avec une remorque de 6 mètres de long. « 500 mallettes, cela représente 1,8 tonne, chaque mallette pesant plus de 3 kilos ! », sourit François. A l’intérieur, outre les produits, Recobox fournit un sachet de 10 touillettes pour faire les prélèvements, 2 cure-mortiers, un listing des produits avec les logos « dangereux » et « inflammables », dont le verso est imprimé avec les numéros des flacons, sans les noms pour que l’élève s’entraîne, un descriptif du logiciel de préparations BP Prep de Fagron et un questionnaire de satisfaction. Recobox est d’ailleurs présent sur le stand de Fagron lors des salons professionnels pour échanger des informations, fournir des produits chimiques et des plantes avec leur traçabilité.

Un autre partenariat a été signé avec l’Association nationale pour la formation professionnelle de la pharmacie, qui propose les coffrets aux élèves préparateurs préparant l’examen à distance. L’ANFPP fournit également la mise à jour de la liste des « recos » chaque année.

Les élèves du CFA de Toulon cartonnent aux « recos »

Après avoir investi 60 000 euros dans Recobox, passé de nombreuses nuits et toutes leurs vacances à remplir des flacons, à négocier, à livrer ou à préparer des colis, le couple affiche un bel enthousiasme. Ils ont trouvé de nouveaux locaux dont les 170 m2 vont être aménagés en respectant les conditions de bonnes pratiques de préparation, même si ce n’est pas obligatoire. Ils vont aussi embaucher une personne et François va céder la moitié de son officine à son adjoint. Parce que, à 52 ans, il a encore des projets : démarcher les facs de pharmacie, conquérir les 43 autres CFA qui ne sont pas encore clients et, pourquoi pas, proposer la mallette en Espagne et en Italie. « A partir de 2 000 coffrets, je gagnerai de l’argent », analyse François Lamoureux.

Mais il a déjà gagné autre chose. Grâce à Recobox, il paraît que les élèves de Toulon ont les meilleures notes aux « recos ». Si ce n’est pas de la reconnaissance, ça…

Recobox

Campagne Charlotte, 1115 RN 97.

Tél. : 04 94 41 57 88 ou 06 11 45 74 49. Fax : 04 94 31 57 77.

http://www.recobox.fr

sarl-recobox@orange.fr

Envie d’essayer ?

Les avantages

– Rendre service aux élèves et aux écoles…

– Exercer une activité autre que la pharmacie.

– Découvrir des univers différents : l’enseignement, l’industrie, etc.

– Voyager.

– Eviter la routine.

Les difficultés

« La trésorerie sans aucun doute ! C’est l’enfer : il faut toujours emprunter, à la banque, à un ami… »

« Je n’ai plus de vie personnelle et pas beaucoup de temps libre. Je n’ai même pas pu aller me baigner l’été dernier ! »

– Les pépins au quotidien : une machine qui tombe en panne, l’étiqueteuse à régler, un produit indisponible en même temps chez tous les fournisseurs…

Les conseils

– Ne comptez pas votre temps ni votre énergie.

– N’ayez pas peur d’investir.

– Sortez de l’officine pour faciliter la recherche de nouvelles opportunités, professionnelles ou personnelles.

– Ayez une équipe au top à la pharmacie !