Audit financier : Le grand timonier de l’officine

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Publié le 11 novembre 2006
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Photographie de la situation financière professionnelle et privée de l’officine, l’audit permet également d’établir une projection sur l’avenir. Un bon moyen de choisir la solution la plus avantageuse pour atteindre ses objectifs.

1. Les fonctions de l’audit.

L’audit financier d’une officine permet, en fonction d’un ensemble de données notamment financières et patrimoniales privées et professionnelles, de déterminer quels sont les meilleurs choix juridico-fiscaux, les solutions en termes de donation-transmission ou de régime matrimonial pour optimiser la gestion. L’audit financier, pour être utile, doit donc aborder obligatoirement les questions patrimoniales privées car elles sont, dans le cas du pharmacien, intimement liées à celles du patrimoine professionnel.

2. Le recours à l’audit.

Tout dépend de ce que l’on en attend. En théorie, un audit financier peut être utile à tout moment lorsqu’il n’a jamais été réalisé auparavant pour déterminer sa situation financière et faire les choix fiscaux et patrimoniaux les mieux adaptés. En pratique, certaines périodes de la vie officinale nécessitent à coup sûr un audit. En particulier : l’acquisition, lorsque la pression fiscale est trop forte (souvent à mi-parcours de l’emprunt), mais aussi à la fin du remboursement de l’officine, lors de sa cession et lorsque l’on commence à envisager la cessation d’activité. Bref, toutes les périodes économiquement stratégiques de l’exercice officinal doivent être préparées en amont, l’audit permettant d’envisager les solutions financières et fiscales qui s’offrent en fonction de ses propres objectifs.

3. Les atouts de l’anticipation.

Lors de l’acquisition, l’audit constitue d’abord le meilleur moyen de connaître exactement la valeur et le potentiel de l’officine, la structure juridique la mieux adaptée, et enfin d’obtenir un bon aperçu de ce que sera l’avenir. A mi-parcours d’un emprunt, la pression fiscale devient forte et peut engendrer un surendettement alors que l’officine dégage des bénéfices. L’audit permet de faire des projections en fonction de diverses structures financières et fiscales susceptibles d’augmenter la capacité de remboursement de l’officine (par exemple une négociation auprès de la banque pour obtenir un réétalement de la dette, une mise en SEL, etc.). La fin du remboursement et l’approche de la retraite et de la cession de l’officine sont encore deux étapes lors desquelles l’audit permet de choisir les solutions les plus avantageuses.

4. Le choix de l’auditeur.

L’auditeur se doit d’être un expert, mais cette condition n’en est pas pour autant suffisante. Il doit aussi pouvoir analyser la situation propre du titulaire en toute objectivité et donc bénéficier d’un minimum de recul. A éviter : un expert-comptable qui vous suit au fil des jours, car son analyse de l’instant présent sera sans doute très exacte mais il risquera fort d’avoir quelques difficultés à vous offrir une analyse projective. Et le notaire risquera d’occulter la partie gestion de l’officine au profit de l’analyse patrimoniale. Enfin, le banquier est de loin le plus mal placé car ses intérêts ne sont pas forcément ceux du titulaire ! Mieux vaut donc se tourner vers les cabinets d’expertise extérieurs au fonctionnement habituel de l’officine, un certain nombre d’entre eux travaillant couramment avec les officines et connaissant le milieu.

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5. Les étapes de l’audit.

Le cabinet d’audit contacté réalise en général un premier entretien par téléphone ou de visu lors duquel il détermine les objectifs professionnels et privés du titulaire. Il cherchera à connaître l’ensemble des facteurs qui influent sur la vie économique de l’officine : l’environnement démographique, économique et social, médical et concurrentiel, les facteurs d’attractivité (emplacement, image, etc.) ainsi que certains éléments de la vie privée. Il demandera ensuite toutes les pièces nécessaires à une analyse approfondie. En général, il faut lui fournir : un avis d’imposition, les derniers bilans, les chiffres d’affaires mensuels sur plusieurs années, les fiches de paie du personnel sur plusieurs mois (le nombre de mois demandés varie d’un consultant à l’autre), le bail, les statuts juridiques de l’officine, les tableaux d’amortissement des emprunts, les contrats de crédit-bail, les contrats qui lient l’officine à des organismes extérieurs (maison de retraite, etc.).

Au bout de deux à trois semaines, le cabinet conseil est en mesure de rendre une analyse détaillée de la situation financière, professionnelle et privée du titulaire, en lui proposant des projections en fonction des différentes solutions envisageables (changement de régime matrimonial, mise en SEL, cession de l’officine, etc.).

6. Le financement.

Les coûts peuvent être très variables en fonction de la finalité de l’audit. Ainsi une société spécialisée dans la transaction d’officines, réalise systématiquement un audit financier gratuitement pour le vendeur potentiel de son officine. Mais attention, ce dernier se verra remettre uniquement les conclusions orales de cet audit qui profite d’abord à l’acheteur !

En règle générale, pour un audit financier effectué par un cabinet spécialisé, comptez entre 1 000 et 3 000 euros. Des sommes relativement modiques si l’on en croit les cabinets qui se targuent de faire économiser à leurs clients 10 à 100 fois plus… Certains d’entre eux proposent par la suite un « abonnement » qui permet, en fonction de l’évolution de la situation du titulaire, mais surtout des éventuels changements de la réglementation juridico-fiscale, de bénéficier d’une « veille » patrimoniale. o

Conseils d’experts

– Alain Douche, expert-comptable, président de CGP : « Comme tout chef d’entreprise, le pharmacien doit avoir le réflexe de faire un audit financier. Celui-ci servira à mettre en place la structure de l’officine, à la faire évoluer pour l’adapter à ses besoins. Le contrôle de gestion permet de mesurer les performances financières de l’officine et de déclencher des signaux d’alerte. »

– Ludovic Brossas, responsable « relation pharmacien » pour le groupe Elysée-Vendôme : « Toute modification du patrimoine professionnel a un impact sur le patrimoine privé et, inversement, les réalisations effectuées sur le patrimoine privé ont aussi pour objectif d’améliorer le patrimoine professionnel. L’audit financier est un peu le GPS du titulaire : il donne sa situation à l’instant T et il balise avec précision le chemin à prendre pour arriver à bon port. C’est un outil indispensable dans la stratégie globale de tout chef d’entreprise. »

– Alix Garnier, directrice de Phar-Excel, société spécialisée dans la transaction d’officines : « L’audit est primordial lorsque l’on se pose la question de la cession car il permet non seulement de connaître la valeur exacte de l’officine, et donc le prix auquel on peut la vendre, mais aussi quel est le meilleur moment pour la céder. »