Une officinale au collège

Réservé aux abonnés
Publié le 23 octobre 2010
Par Magali Clausener
Mettre en favori

Les pharmaciens peuvent tout à fait participer à des actions d’éducation à la santé hors de l’officine. Lucie Audebault, alors étudiante en 6e année de pharmacie, est ainsi intervenue auprès de collégiens angevins sur la vaccination contre les Papillomavirus. Une expérience à renouveler.

La virologie m’a toujours passionnée. Les vaccins contre lesPapillomavirus sont apparus en 2006 et font partie du calendrier vaccinal depuis 2007. De plus, ces vaccins sont délivrés par les pharmaciens d’officine. J’ai donc décidé d’étudier ces nouveaux vaccins et de comprendre leur intérêt pour les jeunes », explique Lucie Audebault, 25 ans, pharmacienne à Corné (Maine-et-Loire). Pas étonnant que les Papillomavirus deviennent le sujet de sa thèse de 6e année. Pour la diriger, Lucie contacte Françoise Tourmen, médecin et enseignante à la faculté de pharmacie. En tant que vice-présidente de l’Association française pour la contraception, elle intervient régulièrement sur les thématiques liées à la contraception. Françoise Tourmen demande à Lucie de coupler à son travail un projet pédagogique et pratique.

Sensibiliser et informer les adolescents

L’étudiante opte pour une action visant les jeunes de 14 ans, puisque la vaccination contre les Papillomavirus concerne les filles de cet âge. Elle choisit de réaliser des interventions en collège pour informer les jeunes des classes de troisième. « J’ai d’abord élaboré un questionnaire afin d’évaluer leurs connaissances sur les Papillomavirus et la vaccination, et leurs moyens d’informations sur ces sujets », précise Lucie. Le questionnaire comprenait cinq items portant sur les vaccins en général, le degré d’information des jeunes sur le cancer du col de l’utérus et sur le vaccin contre les Papillomavirus, la façon dont ils ont été informés. Les jeunes filles devaient également préciser si elles étaient vaccinées.

Pour concrétiser son projet, la jeune femme décide de contacter les infirmières scolaires du département de Maine-et-Loire dès septembre 2009. « Face à la lenteur des démarches administratives auprès du rectorat, je me suis adressée au centre de planification et d’éducation familiale d’Angers. J’ai pu ainsi obtenir une liste d’infirmières scolaires qui s’intéressaient aux questions d’éducation sexuelle. J’en ai appelé environ une quinzaine. Mais peu ont répondu de façon positive à ma proposition d’intervenir auprès des élèves. En revanche, elles étaient beaucoup plus favorables à la diffusion de l’enquête », relate Lucie. Finalement, 179 élèves des troisièmes de trois collèges (2 à Angers et 1 à Châteauneuf-sur-Sarthe) répondent au questionnaire entre décembre 2009 et mars 2010. Bilan : 94 % des filles et 80 % des garçons ont entendu parler du cancer du col de l’utérus et 40 % des élèves de sexe féminin connaissent le vaccin, grâce notamment à la télévision (contre 4 % des garçons). De plus, 27 % des jeunes filles sont vaccinées contre les Papillomavirus. Un chiffre proche de la moyenne nationale qui s’élève à 31 %.

Des élèves intéressés et très curieux

Une seule infirmière scolaire, celle du collège Jean-Lurçat à Angers, accepte que l’étudiante en pharmacie intervienne auprès des élèves. « J’ai construit mon intervention en fonction des lacunes des collégiens, notamment sur le rôle des Papillomavirus dans l’apparition du cancer du col de l’utérus et sur le dépistage par frottis. J’ai veillé à avoir une approche pédagogique en utilisant des mots simples. J’ai cherché aussi à être ludique, grâce notamment à un quiz », explique Lucie. L’étudiante réalise un Powerpoint avec photos du virus, dessins de l’appareil génital, vocabulaire adapté. Et pour être encore plus pragmatique, elle se procure une brosse servant à réaliser un frottis et apprend à la manipuler pour faire une démonstration. Lucie travaille aussi avec l’infirmière scolaire et les professeurs de sciences de la vie et de la terre (SVT), qui l’informe du programme de 3e et des chapitres déjà étudiés par leurs classes. La voilà parée pour rencontrer les jeunes des quatre classes concernées. « J’avoue que j’étais un peu inquiète, même si j’intervenais auprès de petits groupes, reconnaît aujourd’hui Lucie. Mais les élèves m’ont bien accueillie et les professeurs de SVT ainsi que l’infirmière étaient présents lors de mes interventions. Je n’étais pas toute seule. » Le bilan est positif. Les élèves se sont largement intéressés au sujet. Et n’ont pas hésité à élargir le débat en posant des questions sur la sexualité et la contraception, sachant que Lucie avait abordé la question du préservatif pour se protéger des infections sexuellement transmissibles.

Mention « très bien » et félicitations du jury

L’infirmière scolaire est satisfaite. Comme Lucie qui participe aussi à des séances de formation auprès des 80 infirmières scolaires du Maine-et-Loire. « Françoise Tourmen a animé cinq sessions et j’ai participé à trois d’entre elles. C’est la responsable départementale du personnel infirmier scolaire, contactée par Françoise Tourmen pour mon projet, qui a souhaité former les infirmières sur le cancer du col de l’utérus et la vaccination. Un sujet qu’elles ont pu approfondir lors de ces formations. Elles nous ont fait part de leurs difficultés à parler des vaccins avec les élèves et du problème du coût de la vaccination, notamment pour les populations les plus précaires », détaille Lucie.

Publicité

Pour la jeune pharmacienne, qui a obtenu une mention « très bien » et les félicitations du jury pour sa thèse, cette expérience s’avère également enrichissante pour l’exercice de son métier : « ? La prévention et l’information font partie de notre rôle car les médecins généralistes n’ont pas toujours le temps de conseiller leurs patients. Les actions d’éducation à la santé nous concernent aussi. Nous sommes crédibles pour intervenir dans ce domaine à l’extérieur des officines. »

Envie d’essayer ?

LES AVANTAGES

• L’approfondissement de ses connaissances sur un sujet choisi.

• L’échange avec d’autres professionnels de santé et avec le monde de l’enseignement.

• La valorisation du rôle du pharmacien à l’extérieur de son officine.

• La découverte du monde adolescent et de son rapport à la santé.

• Une meilleure écoute des jeunes et de leurs parents à l’officine.

LES DIFFICULTES

• Des interlocuteurs parfois difficiles à identifier.

• Des démarches qui prennent du temps et qu’il faut anticiper en fonction du calendrier scolaire.

• Une préparation qui nécessite de la réflexion et de la documentation.

• Etre disponible en journée durant son temps de travail.

LES CONSEILS

• Ne pas hésiter à s’adresser au planning familial ou à des associations pour obtenir de la documentation et des contacts.

• Prendre conseil auprès des infirmières scolaires qui ont l’habitude de s’adresser aux jeunes et qui connaissent leurs problématiques.

• Utiliser des visuels (illustrations, photos…) et des jeux.

• Distribuer des dépliants d’information comme ceux diffusés par le Cespharm.