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Chez Minim’s
La baisse du marché, en valeur et en volume, est le signe d’une récession du médicament remboursable liée à la maîtrise des dépenses de santé. Une apathie qui devrait perdurer quatre ans.
La maîtrise des dépenses de santé, qui s’accélère depuis 2010, porte ses fruits. Selon les chiffres de l’Observatoire du médicament 2012 de la Mutualité française, tirés des statistiques IMS Health, le marché pharmaceutique de ville – qui comprend l’ensemble des ventes de médicament de ville, qu’ils soient ou non prescrits et remboursés – a connu en 2011 une légère décroissance en valeur et en volume. Son chiffre d’affaires de 30,1 milliards d’euros a fléchi de 0,2 %. De même, les ventes, en volume, des boîtes de médicaments (2,95 milliards) ont baissé de 0,6 %. Au sein de ce marché, les médicaments prescrits et remboursés représentent la majorité des ventes, aussi bien en valeur qu’en volume : 2,44 milliards de boîtes et un chiffre d’affaires de 27,1 milliards d’euros, en diminution par rapport à 2010. Sur ce segment, près de 9,8 % des boîtes prescrites et remboursables proviennent d’ordonnances hospitalières. Mais cette part tend à diminuer du fait de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) et des dispositions prises pour maîtriser la croissance des prescriptions de sorties hospitalières (voir encadré p. 21).
Des patients qui consultent de moins en moins
Cette diminution du marché remboursable est attendue. Outre les déremboursements, les baisses de prix et la maîtrise médicalisée des dépenses de santé, les patients n’hésitent pas à retarder une consultation, attendant de voir si leurs symptômes persistent. En cause ? Des médecins peu disponibles, mais aussi les tarifs des complémentaires santé qui ne cessent de grimper. Depuis le 1er octobre, la taxe sur les complémentaires est passée de 3,5 % à 7 %. Une hausse que les mutuelles répercutent sur les assurés. Selon elles, les primes des complémentaires santé devraient encore augmenter de 4,7 % en 2012. De quoi faire renoncer certains.
A regarder les différentes classes thérapeutiques, l’évolution du marché est, là aussi, atone. Le premier poste de dépenses pharmaceutiques pour l’assurance maladie concerne les médicaments cardiovasculaires, lesquels représentent 19,5 % de parts du marché remboursable (en valeur). Il affiche un chiffre d’affaires de 5,275 milliards d’euros, en régression de 3,9 %. La chute en volume est encore plus sévère : 319 millions de boîtes prescrites (– 5,3 ?%). Une régression qui peut s’expliquer par l’effet CAPI (contrat d’amélioration des pratiques individuelles) : les médecins prescrivent le médicament le moins cher (donc le plus ancien), à efficacité équivalente, moyennant rémunération.
Les médicaments du système nerveux, positionnés à la seconde place en 2011, ne connaissent pas la crise avec l’augmentation de l’espérance de vie et des maladies dégénératives liées à l’âge. Avec un chiffre d’affaires de 4,761 milliards d’euros, ils affichent une progression de 2,2 % en valeur et de 1,6 % en volume à près de 848 millions de boîtes prescrites et remboursées. Les médicaments remboursables de l’appareil digestif montent sur la troisième marche du podium avec un CA de 3,437 milliards d’euros, en baisse de 1,1 %. En volume, avec près de 362 millions d’unités vendues, ce marché recule de 2,7 % par rapport à 2010.
En dépit des actions en faveur d’un usage raisonné des antibiotiques en médecine de ville pour traiter des infections courantes, le segment des anti-infectieux par voie générale ne fléchit pas : il croît de 1,5 % à 2,717 milliards d’euros en valeur et de 1,3 % en volume avec 165 millions de boîtes vendues. Médicaments chers, les antinéoplasiques et immunomodulateurs se hissent dans le top-5 des classes thérapeutiques et enregistrent la plus forte hausse de chiffre d’affaires (+ 3,3 %) pour des volumes consommés quasiment stables (+ 0,7 %). Derrière ce groupe, le segment des voies respiratoires arrive en sixième position et reste bien orienté (+ 2,1 % à 2,128 milliards d’euros), donnant l’illusion de la croissance. En effet, en volume, le marché est stable à 164 millions de boîtes vendues.
Il faut en outre remarquer les scores de progression élevés des marchés de niche tels que les antiparasitaires (+ 18,9 % à 25 M€ et + 9,1 % en unités) ou les agents de diagnostic (+ 6,4 % à 237 M€ et + 3,4 % en unités).
Dans le ventre mou du marché, on trouve la dermatologie (- 2,2 % à 504 M€ et – 2,4 % en unités), les hormones (– 4,7 % à 570 M€, ventes étales en unités) et, surtout, les médicaments de l’appareil locomoteur, en net recul de 9,5 % en valeur à 1,220 milliard d’euros et de 5,6 % en unités à 145 millions de boîtes.
Par ailleurs, les prescriptions hospitalières de solutés d’usage hospitalier et de produits dérivés du sang ou issus d’organes hématopoïétiques dispensées en ville dopent les chiffres en unités (respectivement + 5,1 % et + 2,4 %) mais ont un faible retentissement sur le chiffre d’affaires réalisé (+ 0,1 % et + 0,9 %). A l’inverse, le segment regroupant les médicaments de la sphère génito-urinaire et les hormones sexuelles évolue peu en unités (+? 0,8 %), mais se distingue en valeur (CA de 963 M€ en hausse de 2,8 %).
En route pour quatre ans de récession
Jusqu’en 2015, l’organisme statistique IMS Health prévoit une décroissance du marché pharmaceutique remboursable français de 1 à 2 % en valeur. « Cette baisse du marché en valeur est un événement inédit », constate Claude Le Pen, professeur d’économie à l’université Paris ? Dauphine. De son côté, Robert Chu, président d’IMS Health France, constate qu’« après deux ans de croissance nulle, le marché français va entrer en récession sous l’effet des décisions des pouvoirs publics de baisse de prix et de déremboursements. Les efforts de maîtrise médicalisée et de réduction des dépenses de santé produiront leurs effets jusqu’en 2015. Mais nous assistons, en parallèle, à une panne de l’innovation et la perte de brevets des médicaments princeps est un facteur de rétractation du marché ».
A l’échelle mondiale, entre 2010 et 2015, la croissance gagnée par l’introduction de nouveaux produits (129 milliards de dollars) est contrebalancée par la perte de brevets d’anciens produits (125 milliards de dollars). Mais l’afflux de génériques, qui représente un risque pour les princeps, a atteint son pic en 2012 et décroît à partir de 2013. Pour 2012, une décroissance est donc programmée, via un ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie) fixé à 2,5 %, ainsi que des mesures d’économies de 2,7 milliards d’euros, des ajustements tarifaires qui représentent 2,5 points de croissance du marché, des déremboursements (40 millions d’euros) et de nouvelles taxes (150 millions d’euros).
Sur la période 2012-2015, 27 milliards d’euros d’économies ou de recettes supplémentaires doivent réduire le déficit du régime général de 18,5 à 6 milliards d’euros.
– 0,1 %
En 2011, le médicament remboursable a régressé de 0,1 % en valeur, enregistrant un chiffre d’affaires de 27,1 milliards d’euros. En volume, la baisse est de 0,8 %, avec 2,44 milliards de boîtes vendues.
L’évaluation des produits de santé à l’ordre du jour
Dans ce nouvel environnement économique, la question du maintien des produits sur le marché prend un tour nouveau. « Avec le renforcement de la pharmacovigilance, les pouvoirs publics n’hésiteront pas à dérembourser ou interdire des produits qui ne tiendraient pas leurs promesses », souligne Claude Le Pen, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine. Un fait nouveau est donc en train de s’affirmer : l’évaluation d’un produit de santé tout au long de la vie. « L’accent sera mis en particulier sur l’évaluation postinscription sur la liste des produits remboursables, note Claude Le Pen. Elle va permettre aux pouvoirs publics d’observer la consommation du produit dans la vie réelle et dans des conditions d’utilisation normales, plutôt qu’expérimentales. Ces données pourront affecter l’indication, le prix, l’accès et l’usage d’un produit de santé. »
LE TOP-10 EN CA
1 Lucentis 10 mg/ml, sol. inj. (0,23 ml)
2 Plavix 75 mg, cp pell. (30)
3 Seretide Diskus 500/50 µg, pdre pour inh. (60)
4 Neulasta 6 mg, sol. inj. ser. préremp. (1)
5 Doliprane 1 000 mg, cp sec. (8)
6 Ixprim, cp pell. (20)
7 Truvada cp pell. (30)
8 Lantus Solostar 100 UI/ml, sol. inj. (5)
9 Pyostacine 500 mg, cp pell. (16)
10 Glivec 400 mg, cp pell. (30)
Source : IMS
Les prescriptions hospitalières dynamisent le marché de ville
Les ventes en officine issues de la prescription hospitalière ont progressé en chiffre d’affaires de 5,1 % (+ 217 M€) en 2011, affichant un chiffre d’affaires de 4,5 milliards d’euros, mais la tendance est à la décroissance de ce marché de transfert (+ 7,9 % en 2010). Ce gain compense la perte de chiffre d’affaires (– 208 M€) liée au résultat de la maîtrise médicalisée des dépenses de santé chez les médecins libéraux. Selon les prévisions d’IMS Health, la croissance des médicaments hospitaliers, traditionnellement plus forte, s’essoufflera pour s’établir autour de 3 % en 2012.
LE TOP-10 EN UNITÉS
1 Doliprane 1 000 mg, cp séc. (8)
2 Dafalgan 1 000 mg, cp pell. (8)
3 Dafalgan 500 mg, gel. (16)
4 Efferalgan 1 000 mg, cp efferv. (8)
5 Doliprane 500 mg, cp séc. (16)
6 Doliprane 1 000 mg, cp efferv. (8)
7 Ixprim, cp pell. (20)
8 Kardegic 75 mg, sachet pdre (30)
9 Efferalgan 500 mg, cp efferv. (16)
10 Lamaline, gélule (16)
Source : IMS
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