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« Un développement anarchique des allégations santé »
Alors que la salon international de l’alimentation (SIAL) se tient actuellement à Paris, faisant la part belle aux « alicaments », le Conseil national de l’alimentation (CNA) se penche sur le problème des allégations santé. Le point avec son président.
« Le Moniteur » : L’alicament est très en vogue. N’êtes-vous pas choqué par un tel concept ?
Christian Babusiaux : Au SIAL, l’innovation ne semble pas focalisée sur l’alicament, et c’est rassurant. Il y a aussi beaucoup d’innovations sur la praticité de l’aliment, sa facilité de préparation. Quant aux alicaments, on ne peut pas se placer sous l’angle de savoir si on est choqué ou non. C’est une réalité et il faut savoir comment on la prend et on l’encadre. Mais à vrai dire, le sujet des allégations santé est plus important aux yeux du CNA que celui des alicaments. Ceux-ci sont certes un créneau commercial, mais il reste cependant limité alors qu’on assiste au développement d’allégations nutritionnelles sur des gammes de plus en plus larges de produits, concernant des produits massivement consommés.
Quelle est la position du CNA sur ce sujet ?
Nous sommes arrivés à un certain nombre de points d’accords dans notre séance du 19 septembre. Actuellement, toute allégation thérapeutique sur un aliment est interdite, telle : « guérit l’ostéoporose ». On ne peut pas non plus donner d’indications à caractère préventif comme : « prévient les maladies cardiovasculaires ». Nous préconisons de continuer à interdire ces deux mentions, tout en admettant deux autres types : la mention fonctionnelle, qui améliore telle fonction physiologique de l’organisme (« riche en fibres qui améliorent le transit intestinal ») ; ainsi que la mention de la réduction d’un risque, comme par exemple « réduit le risque d’ostéoporose ». Faute de bonnes mentions que le consommateur puisse apprendre à connaître, il y en a de mauvaises qui prolifèrent. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Il y a un développement anarchique et extrêmement préoccupant des allégations santé, avec une dégradation très rapide de la situation.
Le Bureau de vérification de la publicité (BVP) en est-il conscient ?
Le BVP prépare des recommandations sur les allégations santé qui devraient être rendues publiques en novembre. Elles répondront au niveau des principes à celles que le CNA va lui-même préconiser : l’allégation doit être vérifiée, elle ne doit pas être excessive par rapport à l’effet, elle ne doit pas masquer des effets néfastes pour la santé, pas plus qu’elle ne doit mettre en évidence des pseudo-caractéristiques qui seraient en réalité les mêmes que pour d’autres produits. C’est un premier pas, mais il faudra aller au-delà en concevant un véritable guide de bonnes pratiques car, au niveau des allégations santé, tout est dans la suggestion…
Les contrôles sont-ils assez dissuasifs ?
Nous pensons que les procédures actuelles ne sont pas claires. Notamment en ce qui concerne les compétences entre les deux agences, l’Afssa et l’Afssaps. Et puis il faut des contrôles et, là, la Direction générale de la Santé a la compétence théorique de contrôle sans en avoir les moyens sur le terrain alors que la DGCCRF, qui est davantage présente sur le terrain, n’a pas la compétence juridique de contrôle. Il existe donc un « trou » dans le contrôle et c’est cela qu’il faut améliorer.
Pour les compléments alimentaires, chacun y va de son interprétation et il devient de plus en plus difficile pour le pharmacien de référencer ces produits. Comment peut-on l’aider ?
Dans un univers où les produits sont de plus en plus nombreux, le référencement devient un métier et cela peut être une des fonctions d’un groupement de pharmaciens. Ainsi ils pourront dégager du temps et des moyens pour vérifier si les produits référencés sont sérieux.
Sous couvert de compléments alimentaires, on retrouve des aliments non autorisés voire des plantes médicinales. Comment éviter cela ?
Il y a déjà eu par le passé des problèmes avec des compléments alimentaires. Il y a la nécessité d’une certaine prudence de la part du pharmacien. D’autant que c’est sur lui que pèse au premier chef la responsabilité des produits qu’il vend, notamment s’il n’a pas exercé toute la vigilance souhaitable. Il y a aussi le contrôle, mais tout ne peut reposer sur un contrôle par l’administration. Le professionnel ne peut pas se contenter de prendre n’importe quel produit proposé par n’importe quel démarcheur. C’est un professionnel qualifié, pas un commerçant ordinaire : sa responsabilité est donc plus forte.
Que pensez-vous des rayons diététiques des pharmacies ?
Bien sûr, il ne s’agit pas de transformer l’officine en épicerie, mais elle doit vendre autre chose que du médicament pour vivre. Si on voulait trop corseter son exercice, on risquerait d’aboutir à la fermeture d’officines, ce qui n’est pas une bonne chose. Ensuite, le fait que l’on puisse acheter de la diététique en pharmacie, assortie de conseils et de la responsabilité d’un professionnel, est sans doute meilleur pour le consommateur que de l’acheter ailleurs.
Les pharmaciens pourraient-ils jouer un rôle plus important auprès du public ?
Oui, car ils sont en contact permanent avec les consommateurs, et notamment avec les personnes âgées et les parents de jeunes enfants. Or pour ces deux tranches d’âge, le conseil est important. Beaucoup de pharmaciens remplissent déjà ce rôle mais ils pourraient le jouer encore mieux. Cela suppose qu’il n’y ait pas une frontière totale entre l’univers de la santé et celui de l’alimentation.
A retenir
Actuellement, toute allégation santé est interdite pour les aliments, même à caractère préventif.
Le CNA préconise deux nouvelles mentions : une mention fonctionnelle, améliorant une fonction physiologique de l’organisme (ex. : « riche en fibres qui améliorent le transit intestinal ») et la mention liée à la réduction du risque (ex. : « réduit le risque d’ostéoporose »).
– Le BVP prépare des recommandations sur les allégations santé qui devraient être rendues publiques le 12 novembre prochain.
Du saucisson au ginseng et au guarana !
Des lasagnes brésiliennes « approuvées par une société de cardiologie » parce qu’elles contiennent 43 % de sel en moins, un oeuf belge qui est capable à lui tout seul de couvrir 100 % des apports journaliers en vitamine E (dix fois plus que les oeufs standard), des madeleines espagnoles enrichies en calcium et qui « renforcent les dents et les os »… Les alicaments sont les vedettes du Salon international de l’alimentation. Mais c’est le saucisson sec « énergétique » qui fait surtout sensation (photo). Il contient du ginseng, du guarana et de la taurine. Incroyable mais vrai.
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