Sus à l’ambroisie !

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Publié le 30 août 2008
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En 2007, la CPAM du Rhône a évalué le coût des allergies à l’ambroisie à 1,6 million d’euros. 10 % des Rhodaniens en souffrent. Pharmacien à Irigny, Jean-Luc Da Passano n’a pas attendu ce constat pour se lancer dans une guerre sans merci contre l’herbacée. En qualité de pharmacien, bien sûr, mais aussi de maire et vice-président du conseil général.

Quand on l’interroge sur ce qui l’a amené à entrer en guerre contre l’ambroisie, Jean-Luc Da Passano, pharmacien à Irigny depuis 1977, maire de sa commune, président de la Société d’équipement du Rhône et de Lyon, vice-président du conseil général, déclare que c’est la clientèle de son officine qui lui a ouvert les yeux : « Je voyais des patients qui en souffraient, qui passaient des nuits blanches à étouffer pendant une partie de l’été ou qui venaient nous demander conseil pour une rhinite allergique ou une conjonctivite… » En France, on estime que plus de 20 % des personnes qui souffrent de rhinite demandent d’abord conseil à leur pharmacien.

Il y a une dizaine d’années, Jean Luc Da Passano a donc décidé de passer à l’action, en qualité de vice-président du conseil général, chargé de la voirie. « L’ambroisie s’épanouissait un peu partout, le long des routes et sur les talus, et il était impensable qu’en tant que pharmacien et en tant qu’homme engagé dans la vie publique je laisse pousser une plante aussi néfaste pour la santé ! Je connais des personnes qui prennent leurs vacances en septembre et quittent la région pour éviter la période de pic pollinique. Les allergies à l’ambroisie entraînent une grande fatigue et des arrêts de travail à répétition, c’est pour ça qu’on a pris le mors aux dents ! »

Sensibiliser les bien portants aux nuisances du pollen (rhinites, conjonctivites, crises d’asthme) n’a pas été chose facile au départ : « Les gens me regardaient avec des yeux ronds, et, paradoxalement, ce sont les maires qui ont été les plus difficiles à convaincre. » Son expérience de professionnel de santé n’est pas étrangère à la réussite de son offensive contre l’ambroisie, mais Jean Luc Da Passano reconnaît que le conseil général lui a permis de mettre en place des moyens de lutte massifs contre l’herbacée. Aujourd’hui, selon le pharmacien, elle semble occuper moins de terrain.

« J’ai d’abord lancé une opération d’arrachage le long de nos 3 000 kilomètres de route, raconte Jean Luc Da Passano, qui est maire de sa commune depuis 1998. Les « brigades vertes » interviennent aussi auprès des entreprises, lesquelles ne sont pas forcément équipées pour agir sur la plante et qui n’ont pas l’oeil pour la remarquer. »

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Pas facile en effet de repérer l’ennemie qui peut se confondre avec des plantes comme l’oeillet d’Inde. « Un jour, j’ai organisé un colloque au conseil général du Rhône, auquel j’avais convié le préfet. J’ai réussi à le convaincre des effets néfastes des pollens de l’ambroisie, et il a publié un arrêté préfectoral en date du 20 juillet 2000. » Ce dernier précise en effet que les particuliers doivent se débarrasser de la plante sur leur parcelle de terrain. « J’ai développé l’opération à l’égard des Rhodaniens en plusieurs points : d’abord en informant toutes les mairies (293 en tout) sur les problèmes liés à l’ambroisie. Ensuite, nous avons créé un réseau de correspondants « ambroisie » dans chaque commune (2 ou 3 personnes veillent). Et des courriers ont été envoyés aux maires pour qu’ils informent les populations par tous les moyens. » Les maires sont ensuite conviés à prévenir les entreprises de travaux publics et privés, car c’est sur la terre fraîchement retournée que l’ambroisie pousse le mieux.

Des permanences téléphoniques assurées par les étudiants

« Lorsque les municipalités accordent un permis de construire dont le chantier va se dérouler en pleine période de prolifération de la plante, elles accompagnent leur accord d’une petite note qui rappelle l’arrêté préfectoral et l’amende qui suit si l’arrachage n’est pas effectué. » Aujourd’hui, presque 600 personnes du département ont l’oeil sur la plante. « Parfois, ironise Jean-Luc Da Passano, je me fais l’effet d’être un commando armé car, avec l’ambroisie, c’est tout ou rien. La plante se dissémine facilement en raison de la volatilité des pollens. »

En bon officinal, Jean-Luc Da Passano, n’en oublie pas le relais des professionnels de santé. Plaquettes, affiches distribuées aux pharmaciens et aux médecins, ainsi qu’un site Internet* informent et mettent en alerte. Un numéro Vert (0 800 877 021) est également mis à la disposition du public du 23 juin au 24 septembre, du lundi au vendredi. Ce numéro est animé par des étudiants en pharmacie. « Depuis quelques années, on travaille avec la Mutualité sociale agricole auprès du monde agricole, car on s’est aperçu que les traitements antiallergiques chez les agriculteurs augmentaient », ajoute Jean-Luc Da Passano. Pour parfaire l’information du grand public, une exposition itinérante sur l’ambroisie tourne dans les mairies pendant la belle saison.

Les spécialistes restent cependant inquiets de la progression de l’herbacée. « La lutte contre l’ambroisie commence à être coordonnée au niveau régional, car plusieurs départements, dont l’Isère et la Drôme, sont à leur tour infestés. J’aimerais faire avancer l’idée d’une association européenne qui regroupe des scientifiques, des techniciens, des collectivités », confie le pharmacien. Une étude a révélé que « le manque de connaissance de la plante par les propriétaires privés et les difficultés rencontrées par les communes pour faire appliquer le décret » sont le principal frein à l’éradication de l’ambroisie. La communication s’est pourtant déployée par tous les moyens : 15 500 plaquettes et 650 affiches ont été envoyées aux mairies, Maisons du Rhône, pharmacies, professionnels de santé, etc. Vigilance et connaissance sont les maîtres mots pour juguler la prolifération de la plante. Pour Jean-Luc Da Passano, le pharmacien occupe un poste de choix : « Plus il s’investit dans la prévention et la santé publique, plus il revalorise l’image de la profession, car ce n’est pas monsieur Leclerc qui va s’engager à arracher l’ambroisie ! Pour que nos successeurs continuent de bénéficier d’une bonne image auprès de la population, chaque croix verte, chaque officine doit être un poste avancé de la science et de la santé publique. »

Envie d’essayer ?

Les avantages

– Témoigner que l’action préventive d’un pharmacien peut dépasser les limites de l’officine et s’étendre à la commune, au département, à la région.

– Se démarquer de la grande distribution en s’engageant dans la prévention.

– Sensibiliser et informer la population sur l’impact de l’environnement sur la santé.

– Avoir le sentiment d’être utile à la collectivité.

– Constater auprès des patients les effets bénéfiques de ses actions.

Les difficultés

– Ce genre d’engagement vous confronte d’office aux lenteurs administratives.

– Il faut parfois beaucoup de temps pour convaincre les personnes clés.

– Comme dans toute action débordant sur le domaine public, il faut trouver les moyens de financement…

Les conseils

« Votre engagement contre un fléau comme l’ambroisie montre aux patients que chaque croix verte représente un poste avancé de la santé publique, dans les petites communes comme dans les grandes villes. »

« N’hésitez pas à vous engager dans la vie publique ! Ce faisant, le pharmacien qui veut s’attaquer à un problème environnemental ou public se donne des moyens massifs pour agir. Sans cet engagement, vous agissez bien entendu sur le terrain, au quotidien, mais les résultats sont moins spectaculaires que si vous maniez les deux manettes : celle du professionnel sensibilisé aux problématiques de santé et celle du politique susceptible de multiplier les moyens d’action. »