Orthopédie, oncologie et surtout affect

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Publié le 5 janvier 2008
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Martine Mossan, adjointe à Perpignan, a mis tout son savoir-faire en orthopédie au service des patients cancéreux. A l’aube de prendre sa retraite, elle a créé une plate-forme de référencement, de conseil et de formation à destination des pharmaciens. Son nom : Affect Concept, comme son nom l’indique.

Le cancer effraie tout le monde, même dans notre profession. Pourtant nous avons un rôle important à jouer. » Martine Mossan, la pharmacienne qui tient ces propos, a travaillé pendant trente ans dans une officine de Perpignan (Aude) spécialisée en orthopédie. Notre consoeur s’y est très vite consacrée et c’est dans ce secteur qu’elle a trouvé le fil conducteur de sa motivation professionnelle : accompagner les malades cancéreux.

En 1977, elle apprend auprès d’un préparateur à fabriquer des bandages et des ceintures sur mesure. Plus tard, elle se familiarisera avec les bas à varice et la contention, avant de créer une activité d’orthopédie reconnue par les spécialistes de la région. « Réaliser sur mesure des bas et des prothèses m’a permis d’appréhender très tôt l’aspect relationnel entre le malade et son soignant. »

Dès 1980, Martine Mossan développe une activité de prothèse mammaire dans l’officine perpignanaise. « Il y avait une attente pour les personnes opérées et la pharmacie où j’exerçais me semblait être la mieux placée pour répondre à ce type de demande. Très vite, nous avons eu la retombée des oncologues montpelliérains quand ils avaient affaire à des patientes de notre département. »

« L’esthétique peut faire partie du rôle d’un soignant »

En 1982, la rencontre avec une société leader sur le marché du vêtement compressif postopératoire en chirurgie esthétique amène Martine Mossan à initier un partenariat pour commercialiser ce type de produit. « De fait, nous avons été de plus en plus sollicités par les établissements des alentours », poursuit-elle. Au fil de ses formations et des contacts qu’elle établit avec les spécialistes, elle s’engage de plus en plus dans l’accompagnement des malades atteints du cancer, notamment en proposant un point de vente de prothèses capillaires. « Je l’ai fait à la demande d’un médecin de l’hôpital car, jusque-là, on en trouvait uniquement chez les coiffeurs. Ces perruques me permettaient d’établir un relationnel privilégié avec les services d’oncologie. »

Plus tard, en collaboration avec le service endocrinologie-diabétologie de l’hôpital de ville, Martine Mossan concevra et mettra sur le marché une chaussure adaptée aux malades diabétiques, démontrant que l’on pouvait aussi faire de la chaussure en pharmacie.

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La pharmacienne adjointe se formera également à l’esthétique et au maquillage médical avec une esthéticienne du laboratoire Avène, et formera à son tour des aides-soignantes du service oncologie de la clinique Saint-Pierre à Perpignan. « L’esthétique peut faire partie du rôle d’un soignant. Il permet une approche, un contact de la main sur le visage du malade. Cela génère un bienfait. »

Comment devenir chef d’entreprise en fin de carrière

Grâce à trois décennies d’expériences et de présence auprès des malades et des médecins, Martine Mossan a voulu, à l’approche de la retraite, créer une plate-forme de référencement (prothèses mammaires, prothèses capillaires, manchon de lymphoedème, produits de maquillage et même diététique), de services et de conseils en orthopédie et en matériel médical à l’intention des patients atteints de cancer.

« Tout tourne autour du malade, de son moral et de son bien-être. Je sais que les pharmaciens ne sont pas trop intéressés par l’orthopédie car il s’agit de la spécialité officinale la plus pénible : il faut beaucoup de références, beaucoup de tailles, ne pas se planter dans les mesures, et il faut beaucoup de disponibilité. Il y a pourtant là une opportunité pour le pharmacien de se diversifier, assure Martine Mossan. Les spécialisations orthopédiques que j’ai fait entrer dans la pharmacie ont drainé une clientèle incroyable. »

La société tout juste créée par Martine Mossan, et qui fonctionne d’emblée en réseau avec des laboratoires spécialisés et certains fabricants, veut mettre en relation les praticiens hospitaliers et les pharmaciens d’officine. Elle l’a baptisée Affect Concept. « Dans le mot « affect », les esprits chagrins entendront le mot « maladie » alors que d’autres y verront tout le sentiment que le soignant peut mettre pour aider à combattre la maladie », explique Martine Mossan.

Former des « pharmaciens orthopédistes-conseils »

D’ici peu, elle mettra en place des formations destinées aux pharmaciens et à leurs équipes. En 2007, elle en a déjà formé bénévolement à Narbonne, Carcassonne ou Montpellier. Dans l’idéal, Martine Mossan entend proposer des sessions autour du cancer du sein dans le but de former des « pharmaciens orthopédistes-conseils » qui seraient les référents des centres hospitaliers universitaires.

La présentation de ce projet à un professeur de médecine de Val-d’Aurelle, le centre de lutte contre le cancer de la région Languedoc-Roussillon, date de décembre 2007. Sans publicité, Martine Mossan a déjà été contactée par le laboratoire Roche pour participer, à Paris, à un colloque intitulé « Ethique en pharmacie ».

Thèmes abordés : que peut faire l’officinal pour améliorer la vie du médecin généraliste ? Que peut-il faire encore pour améliorer la qualité du service lorsqu’il est en communication avec un médecin hospitalier ?

« Trouver un professionnel qui pourra s’occuper de vous »

« Tout est axé sur la responsabilité, et, en ce qui concerne le patient, chacun a la sienne. Le médecin comme le pharmacien. Il tient à notre profession de savoir être un relais en termes d’outils techniques. J’aimerais que toute personne opérée d’un cancer puisse rentrer chez elle avec confiance et en ayant la certitude de trouver un professionnel qui pourra s’occuper d’elle avec dévouement », conclut notre consoeur.

Envie d’essayer ?

les Avantages

– Le contact permanent avec les médecins, les chirurgiens et les patients.

– Oser aller au-devant de ce que l’on ne connaît pas permet une acquisition et une mise à jour permanente de connaissances.

– Le contact avec les patients permet de dédramatiser la maladie.

– Aller au-devant d’autrui est en soi un service, en intégrant l’affect, primordial dans l’accompagnement de la maladie.

les Difficultés

– Convaincre les confrères de se mobiliser et de s’investir dans l’accompagnement du malade.

– S’investir dans ce secteur mobilise beaucoup de temps et d’énergie.

– Il est difficile de dissocier le professionnel du privé dans ce type d’activité où l’affect vis-à-vis du malade constitue une dimension de l’activité.

– Concilier les formations, le travail à la pharmacie et la création d’une entreprise.

les Conseils de martine mossan

– A un moment où le pharmacien perd des avantages à vendre du médicament, il est intéressant de se tourner vers un rôle de soignant qui complète son activité.

– Développer l’activité orthopédique au sein de l’officine représente un apport financier considérable.

– Il faut « sauter » sur les journées de formation proposées dans le cadre de l’entreprise.

– Savoir s’adresser aux « bons » laboratoires.

– Se lancer dans le développement d’une telle activité nécessite un bon mental.