Médicaments thermosensibles : Faites le bon froid

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Publié le 8 octobre 2005
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Sortie de la réserve hospitalière oblige, de plus en plus de produits nécessitent une conservation au froid. Pour assurer une qualité « zéro défaut », posez-vous les bonnes questions.

1 Quelle est la bonne température ?

Les recommandations en matière de santé publique et les bonnes pratiques de distribution pour la chaîne du froid stipulent que les médicaments thermosensibles, et ils sont de plus en plus nombreux, doivent être entreposés, transportés et conservés entre + 2 °C et + 8 °C.

2 Un équipement domestique ou professionnel ?

Vous êtes de plus en plus nombreux à vous tourner vers des solutions spécialisées et les répartiteurs, depuis quelques années, planchent sur la question du stockage et du transport de ces produits : nouveaux process du froid, panels d’armoires réfrigérantes adaptées à l’officine, sachets isothermes de transport… Mais « deux problèmes se posent. Celui, d’une part, du maintien d’une température aux normes dans l’ensemble de l’appareil, le réfrigérateur fonctionne en effet en ventilant du froid, la température n’est donc pas identique en tout point. D’autre part, la constance de la température dans le temps. L’ouverture des portes, des températures extérieures caniculaires, un incident amenant l’arrêt de la réfrigération durant un laps de temps peuvent en effet faire varier la température », explique Angela Groscolas, directrice pharmaceutique à l’OCP. Exit donc le bon vieux réfrigérateur acheté dans le commerce grand public, voici l’ère des professionnels qui vous proposent des solutions clés en main adaptées à l’officine.

3 Le froid doit-il être statique ou ventilé ?

Deux types d’appareils sont commercialisés : les premiers proposent un froid ventilé, les seconds sont dits statiques. « Le froid ventilé est préférable car le brassage de l’air permet une meilleure homogénéité du froid dans l’ensemble du réfrigérateur, évite la condensation et le gel des parties profondes », note Jennifer Maretheu, chef de gamme du catalogue équipement à la CERP.

Obtenir une température homogène quel que soit l’endroit où l’on pose un produit est en effet le premier objectif. Pour le vérifier, une seule solution : disposer d’au moins deux capteurs de température situés à deux endroits différents (l’un vers le fond et l’autre vers la porte, l’un étant plutôt en haut de l’appareil et l’autre en bas) et d’un système d’alerte lorsque les températures dépassent en minima ou maxima les normes préréglées. Bien sûr, la possibilité de lire la température intérieure par un affichage visible à l’extérieur évite d’ouvrir l’armoire.

4 Enregistrement ou relevé manuel des températures ?

Le nec plus ultra est sans doute l’enregistrement de la température sur votre ordinateur via un transmetteur infrarouge ou l’abonnement à un système de télésurveillance. Ils vous permettent non seulement d’être alerté immédiatement en cas d’anomalies des températures, mais aussi de suivre dans le temps le bon fonctionnement de votre réfrigérateur, en éditant des courbes de températures. « Les grossistes ont beaucoup travaillé ces dernières années sur l’assurance qualité de la chaîne du froid. Le process est validé plusieurs fois, nous effectuons beaucoup de tests. C’est une démarche dans laquelle s’inscrivent aussi de plus en plus les officinaux », constate Angela Groscolas. Sachez cependant que, pour le moment, vous n’avez aucune obligation à vous munir d’un système d’enregistrement ou de traçage des températures. Seule une circulaire de juin 2004 préconise fortement l’usage d’un tel matériel. L’expérience de certains confrères montre également l’intérêt croissant de l’inspection de la pharmacie pour ce genre de relevés.

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Alors, si vous n’êtes pas équipé d’enregistreur, pensez à vérifier et consigner régulièrement les températures dans un cahier ou sur votre ordinateur de façon à pouvoir renseigner un inspecteur éventuel.

5 Clayettes ou tiroirs ?

Quant au choix de clayettes ou de tiroirs, les premières semblent plus adaptées au stockage de lots tandis que les seconds permettent de ranger plusieurs types de produits sur un même niveau et en facilite la visualisation et la préhension immédiate. « Les tiroirs des appareils de notre catalogue sont munis de roulettes télescopiques, précise Marie-Christine Roger, chargée des achats des produits d’équipement de l’OCP. Leur intérêt réside dans le fait que l’on peut les tirer entièrement vers l’extérieur et voir d’un seul coup d’oeil tout ce qu’ils contiennent. »

6 Une porte vitrée ou pleine ?

Le choix d’une porte vitrée possède quelques atouts : la gestion du stock est facilitée puisque les produits sont visibles sans ouvrir le réfrigérateur. Attention toutefois dans ce cas de tenir compte de la moindre isolation que constitue la vitre, en évitant de placer l’appareil face au rayonnement direct du soleil !

La fermeture semi-automatique des portes est également fortement conseillée. Un rappel, sous forme écrite, positionné sur le réfrigérateur ou à proximité, permet aussi à chacun une rapide vérification de la bonne fermeture de façon systématique. Une fermeture à clef est envisageable. Elle permet en effet de garantir la sécurité et apporte une assurance supplémentaire (à condition toutefois de fermer à clef après chaque ouverture…).

7 Un petit ou un grand format ?

Côté taille, en matière d’armoire de refroidissement, mieux vaut voir grand. Ne sous-estimez pas le volume de votre stock car l’air doit pouvoir circuler entre les divers produits pour permettre de garder une température constante et suffisamment froide. De même, le dégivrage automatique est vivement conseillé : il évite les oublis et une éventuelle rupture de la chaîne du froid pendant le dégivrage.

Les produits bien à l’abri à l’officine sont toutefois soumis à des conditions de transport très aléatoires, après la délivrance… Une bonne raison de pousser la démarche qualité jusqu’au domicile du patient en lui proposant une pochette isotherme pour le trajet et en lui conseillant d’éviter d’augmenter son temps de transport inconsidérément !

A retenir : Le B.A.-BA de la chaîne du froid

Pour garantir à vos clients le respect de la chaîne du froid, respectez ces trois consignes :

– Ranger en premier les produits froids dès la livraison.

– L’armoire réfrigérante doit être suffisamment volumineuse pour éviter que les produits ne soient trop proches et que le froid circule moins bien (déconditionner les lots de produits).

– Pensez au transport de l’officine au réfrigérateur du client (pas de trajet trop long, pochette isotherme, rappel de la mise au froid le plus rapidement possible)

Alertée par son téléphone portable !

Lorsque la Pharmacie de Freneuse (Yvelines) décide de répondre aux exigences qualité des normes ISO 9000, le respect de la chaîne du froid constitue une de ses préoccupations importantes.

« Nous ne voulions pas d’une armoire sans un suivi rigoureux, explique Nathalie Besoin, cotitulaire. Nous avons donc fait appel à une société de maintenance extérieure qui nous assure un suivi des températures en continu. » Des sondes à l’intérieur de l’armoire et dans l’officine sont reliées à un système informatique. Les températures sont relevées en continu par la société prestataire de services qui envoie par e-mail chaque semaine la courbe et les chiffres des températures relevées. « Dès que la température s’élève au-dessus des normes que nous avons définies, ce qui par exemple arrive systématiquement lors d’un oubli de fermeture de la porte, je suis alertée sur mon téléphone portable », ajoute Nathalie Besoin. Le choix du portable évite une sonnerie intempestive en journée au sein de l’officine et permet de rendre l’alerte efficace même lorsque l’officine est fermée. « Je suis également appelée sur mon portable une fois par semaine pour vérifier que l’alerte fonctionne correctement. »

Enfin, une fois par mois, les trois sondes sont reliées à une sonde de référence pour s’assurer de leur justesse. Pour être efficace et rigoureux, le service pour lequel a opté la Pharmacie de Freneuse reste abordable puisque l’abonnement mensuel ne dépasse pas les 100 euros.