« L’hyperactivité existe depuis plus d’un siècle »

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Publié le 13 janvier 2006
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L’hyperactivité est-elle une nouvelle maladie ?

Non, cette maladie existe depuis plus d’un siècle, chez l’enfant comme chez l’adulte. Pour autant, comme dans la plupart des maladies psychiatriques émergentes, c’est la vision physiopathologique qui a changé et nous revenons aujourd’hui à l’explication de départ : c’est un trouble du comportement dominé par un déficit d’attention. Une définition qui crée la confusion.

Cette confusion est-elle responsable de diagnostic par excès ?

Oui. La nouvelle classification des maladies psychiatriques (DSM-IV) considère la maladie à partir de ses symptômes et non de ses origines. L’effet pervers est de considérer que la disparition des troubles est suffisante et donc de s’arrêter là. L’hyperactivité regroupe maintenant des patients n’ayant rien en commun. Globalement, 10 % des patients ont une hyperactivité idiopathique. Ce qui veut dire que les 90 % restants relèvent de facteurs environnementaux (carence éducative, non respect des rythmes biologiques, contexte familial…) ou neuropsychiques (épilepsie, migraine, dépression…).

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Il y a donc surmédicalisation chez 90 % des enfants diagnostiqués hyperactifs ?

Non, pas dans ces proportions. Mais, hormis les troubles idiopathiques, il faut dans un premier temps envisager la résolution des facteurs déclenchants avant de proposer un traitement de l’hyperactivité. Pour autant, si je repère une véritable souffrance psychologique ou une situation réelle d’échec scolaire ou d’intégration, je peux proposer un traitement spécifique par un psychostimulant. Mais cette décision est loin d’être prise à la légère.

L’augmentation de la fréquence du diagnostic est-elle liée à des facteurs plus conjoncturels ?

Effectivement, il existe un contexte de pression des médias, de la société et des parents depuis qu’un traitement existe et a été médiatisé. Mais, en vulgarisant l’information, les médias simplifient, parfois à outrance, le message essentiel. D’un autre côté, les parents sont angoissés par le culte de la réussite. Hors du succès scolaire, point de salut. Ils veulent donc logiquement que leur enfant réussisse. Nous vivons dans une société où tout va trop vite et certains enfants ne peuvent pas s’adapter à cette gestion du temps. Cela n’a rien de pathologique. Et la prédominance actuelle de l’intellect sur le manuel ne peut convenir « biologiquement » à tous les enfants. Enfin, n’oublions pas le rôle des médecins qui, eux aussi, peuvent simplifier à outrance : les examens à visée diagnostique ne peuvent permettre, de toute façon, de trouver que ce que l’on a cherché !