S’installer avec peu de moyens

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Publié le 30 juin 2014
Par Francois Pouzaud
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Un faible apport personnel n’est pas forcément un obstacle à l’installation. SEL et SPF-PL sont de bon augure pour les adjoints peu fortunés. Et l’installation en solo dans une petite officine n’est pas pour autant compromise.

Lorsqu’un jeune adjoint n’a pas les moyens d’acquérir le fonds ou en bloc l’ensemble des titres d’une société, sa seule possibilité est de prendre une participation minoritaire dans une SEL existante. L’intérêt pour lui est d’être un associé minoritaire dynamique pour qu’il devienne, demain, l’associé majoritaire et à terme le successeur du titulaire partant à la retraite. Luc Fialletout, directeur général adjoint d’Interfimo, regrette que ce schéma de transmission progressive, si couramment utilisé dans le monde de l’entreprise, ne le soit pas plus par les pharmaciens d’officine. C’est pourtant le meilleur remède à prescrire à un acquéreur sans grand apport. D’autant que l’outil SEL se double maintenant d’un autre instrument : la SPF-PL. Depuis un an, les holdings facilitent davantage l’accès de jeunes adjoints à la propriété en améliorant de 67 % leur capacité d’endettement (par rapport au scénario de l’acquisition de parts de SEL par une personne physique) tout en gardant le même apport. Si la SEL a autant de succès aujourd’hui (près 68 % des acquéreurs l’ont choisie en 2013 : source Interfimo), c’est parce qu’elle permet de regrouper des moyens financiers et, grâce à la technique de l’impôt sur les sociétés, d’investir en franchise d’impôt : seules les distributions de bénéfices – les dividendes – sont imposées. La SPF-PL peut ensuite aider le jeune associé à racheter progressivement les parts des autres associés. « Elle peut devenir un outil de transmission ­programmée des parts de SEL pour faciliter la sortie d’associés », explique Luc Fialletout.

Capitaliser par le travail

D’autres d’adjoints, malgré leur faible apport, souhaitent acquérir une officine individuelle, ce qui les contraint à jeter leur dévolu sur des affaires de moins de 1 M€, avec le risque de ne pas pouvoir les revendre plus tard. « Tout dépend du contexte particulier d’exercice. Une petite pharmacie en milieu rural, seule au pays avec un environnement médical stable, est faiblement exposée à ce risque », maintient Michel Watrelos, expert-comptable du cabinet Conseils et Auditeurs Associés. Faisant la chasse aux idées reçues à propos du financement des ­petites officines, Luc Fialletout rappelle la position d’Interfimo : « Ce que nous regardons avant de ­donner ou refuser un accord de prêt, c’est le service rendu par la pharmacie en termes de santé publique. Si l’officine tient sa place dans l’offre de santé locale, elle mérite d’être transmise et pérennisée. » A côté d’un apport personnel suffisant (voir encadré), la banque veille aussi à ce que l’endettement de l’acquisition soit maîtrisé.

Gilles Andrieu, du Cabinet Espace, bat également en brèche les discours négatifs et installe régulièrement de jeunes diplômés peu fortunés. Encore récemment, il a réalisé une transaction sur une officine de 900 000 € achetée 40 % du CA par un jeune qui n’avait en poche que 60 000 €. « Sur des petites affaires, les acquéreurs doivent fonder peu d’espoir de capitalisation à la revente et beaucoup plus sur la capitalisation par leur travail. En s’octroyant une rémunération mensuelle de 4 000 €, ils peuvent en économiser une partie pour se constituer un nouvel apport en vue d’une seconde acquisition », explique-t-il. Quant aux possibilités de revente, « tout est une question de prix ! », prévient-il.

S’il est vrai que les banques traditionnelles (Crédit Lyonnais, BNP, Crédit Agricole…) se désengagent sur le financement des petites officines, notre intermédiaire constate l’émergence d’un nouveau réseau bancaire parallèle pour prendre ce marché. « Des banques telles que le Crédit du Nord, la Banque Populaire, le Crédit Mutuel… acceptent de les financer, mais ces acteurs peuvent varier d’un secteur à l’autre selon la politique des caisses régionales », précise-t-il.

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Viser de plus en plus grand

Souhaitant s’installer en solo, Mickaël, ­ancien adjoint en Normandie, n’avait qu’une idée en tête. « Je cherchais à succéder à un pharmacien partant à la retraite plutôt qu’à un jeune qui s’est installé il y a quelques années, et ne laissant à son successeur que peu de perspectives de développement. » Il rachète ainsi une pharmacie de 500 K€ à 50 % dont la fréquentation est en baisse, avec en poche à peine 15 % d’apport (35 000 €). Après quelques mois d’exercice, il a pratiquement regagné toute la clientèle perdue par son prédécesseur et peut voir l’avenir avec sérénité. Et une fois l’officine arrivée au maximum de ses capacités de développement, il sera alors temps de songer à un autre projet (revente, transfert, regroupement).

Donner un nouvel élan à sa carrière en rachetant la clientèle de son voisin, c’est le choix gagnant fait par Fabienne Deyglun, qui a su anticiper et repérer un tel projet dès sa première installation au Grand-Quevilly (76) en 2005. « J’ai acheté 70 % une officine de 600 000 € grâce aux 30 000 € que m’ont prêtés mes parents puis ai développé l’affaire (900 000 € trois ans plus tard), raconte-t-elle. Lors de la phase de recherche, j’avais remarqué qu’une autre ­petite pharmacie était voisine de la mienne et pensé que son rachat ultérieur ou un regroupement offrirait des perspectives d’évolution », explique-t-elle.

Elle a eu du nez. La pharmacie en question se porte mal, son ­titulaire restitue sa licence à l’ARS après lui avoir cédé la clientèle à 50 % du CA. Elle en récupère 95 % et hisse son CA à 1,2 M€. Enfin, en juin 2013, le départ en retraite de son plus proche concurrent lui offre l’opportunité de racheter son fonds (qui bénéficie d’un meilleur emplacement commercial) et de réaliser une opération de regroupement/transfert sur le site de cette dernière. Résultat, le CA consolidé à 2,4 M€ est tout à fait cessible le jour où elle décidera de vendre. Ainsi, l’accession à la propriété d’une officine réserve encore de belles histoires…

Mise au point

Quel apport minimum ?

Aujourd’hui, un montant significatif des apports personnels est rendu nécessaire pour sécuriser l’installation, compte tenu de l’absence de croissance de l’activité », souligne Joël Lecœur, expert-comptable du cabinet Lecœur, Leduc et associés. En 2013, le groupement CGP (réseau de cabinets d’expertise comptable indépendants) relève que, sur l’ensemble des transactions réalisées par ses membres, l’apport personnel représente 21 % du prix d’achat moyen de l’officine (1,53 M€), soit 330 K€. Néanmoins, sur une affaire de taille bien inférieure à la moyenne nationale [800 000 € de CA HT avec une rentabilité correcte (EBE = 12 ou 13 % du CA HT)] et négociée à un prix décoté (60 à 70 %), l’apport nécessaire peut vite chuter à 60 000 €, voire moins. Olivier Desplats, expert-comptable du cabinet Flandre Comptabilité Conseil, rappelle une règle d’or : « L’apport personnel minimum doit financer les frais d’acquisition, le besoin en fonds de roulement et la trésorerie initiale. Les frais d’acquisition équivalent à 10 % du prix de cession, ils incluent les droits d’enregistrement, les frais de juriste et la commission de l’agence de transaction. »

F.P.