La tularémie

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Publié le 10 octobre 2015 | modifié le 26 juin 2025
Par Anne Drouadaine
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Aussi appelée pseudo-peste, maladie de Francis ou fièvre de la mouche du cerf, la tularémie est une maladie à déclaration obligatoire. On décompte environ 45 cas par an en France, mais en septembre 2015, 71 cas avaient déjà été répertoriés.

 Qu’est-ce que c’est ?

• La tularémie est une anthropozoonose due à une bactérie, Francisella tularensis. Ce bacille à gram négatif peut survivre plusieurs semaines dans l’environnement extérieur (eau, sol, cadavres), surtout à basse température.

• Le réservoir principal est constitué de divers rongeurs, de lagomorphes (lièvres, lapins sauvages) et des tiques. L’homme n’est qu’un hôte accidentel. D’autres mammifères (mouton, sanglier, renard, chien, chat…) peuvent occasionnellement être touchés.

• La tularémie est une maladie professionnelle chez les garde-chasses et gardes forestiers, les équarrisseurs, les bouchers, les cuisiniers, les fermiers, les vétérinaires et les personnels de laboratoire.

• Les chasseurs représentent la population la plus exposée, particulièrement lors des opérations de dépeçage.

Comment se fait la transmission ?

• La contamination peut se faire par contact direct avec les animaux atteints, les végétaux, le sol ou le matériel contaminé. Le germe pénètre la peau par une effraction cutanée. Une pénétration conjonctivale est possible via des projections dans l’œil.

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• La contamination peut aussi s’effectuer par piqûre de tiques, par ingestion d’eau ou de viandes contaminées insuffisamment cuites. L’inhalation de poussières (fourrages et litières souillés par les cadavres ou les déjections d’animaux contaminés) ou d’aérosols contaminés est aussi possible.

Quels sont les signes cliniques ?

• Ils apparaissent de manière soudaine après une incubation de 2 à 15 jours.

• Une fièvre élevée apparaît systématiquement. Elle peut être associée à des adénopathies inflammatoires, une ulcération cutanée, une conjonctivite, une pharyngite en fonction du lieu d’inoculation de la bactérie.

• Frissons, asthénie, douleurs articulaires et musculaires, maux de gorge, céphalées voire nausées et vomissements peuvent compléter le tableau.

• Les formes septicémiques ou pleuropulmonaires sont plus rares.

• En l’absence de traitement, la tularémie peut se compliquer de suppurations ganglionnaires et de foyers infectieux secondaires. Elle est rarement mortelle en Europe (< 1 % des cas).

• Sous traitement, la mortalité est quasi-nulle mais les suppurations ganglionnaires demeurent fréquentes.

Comment est posé le diagnostic ?

• Il repose sur la sérologie et la présence d’agglutinines. Mais des réactions croisées existent avec Brucella et Yersinia. Une identification par PCR est réalisable.

• L’isolement de la bactérie est possible au début de la maladie, bien que difficile.

Quels sont les traitements ?

• En 1re intention chez l’adulte, une fluoroquinolone (ciprofloxacine 500 mg 2 fois par jour ou lévofloxacine 500 mg par jour) sera administrée pendant 14 jours.

• En cas de contre-indications, la doxycycline (100 mg 2 fois par jour) est utilisée pendant 21 jours.

• Dans les formes graves, un aminoside peut être associé.

Sources : Fiche Zoonoses – Tularémie, Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, mai 2005 ; Maladies infectieuses et tropicales, ECN.Pilly, 2014 ; Dossier Tularémie, institut de veille sanitaire, invs.sante.fr ; Tableau des maladies professionnelles, Inrs, inrs-mp.fr ; Tularémie, fiche thérapeutique n° 4, Afssaps, octobre 2008, ansm.sante.fr ; Centre national de référence des Francisella, CHU de Grenoble.

LES MESURES DE PRÉVENTION

• Lors d’activités de loisir en forêt, porter des vêtements longs, si possible resserrés aux poignets et chevilles, et rechercher les tiques sur la peau au retour.

• Ne pas se coucher sur la paille ou le foin.

• Eviter de toucher aux cadavres d’animaux, en particulier les lièvres et les rongeurs.

• Ne pas chasser les animaux faibles ou malades en vue de leur consommation. Pour réaliser le dépeçage et l’éviscération du gibier, porter des gants étanches, nettoyer méticuleusement le couteau (en conservant les gants), puis se laver soigneusement les mains et les avant-bras.