Une érosion dans le prolongement de la baisse du CA

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Publié le 5 décembre 2015
Par Francois Pouzaud
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La marge du réseau sur les ventes de spécialités remboursables se réduit de plus belle pour se situer à fin 2014 à 5,29 Md€ contre 5,45 Md€ en 2013. Pour la première fois, la marge globale s’érode dans le prolongement de la baisse du chiffre d’affaires. Pour 2015, tout ce l’on peut dire pour l’instant, c’est que le compte n’y est pas.

Les baisses de prix laminent la rémunération des officines. L’impact de ces réductions tarifaires représente une perte de 208 M€ en 2014 et, selon les prévisions de la FSPF, elle devrait se situer à 220 M€ à la fin de cette année.

En revanche, le passage aux honoraires de 1 € HT à la boîte protégerait davantage des baisses de prix. Toutes les baisses de prix parues au Journal officiel et prises en compte par IMS à la date du 25 septembre 2015 ont déjà généré une perte de 50 M€ à valoir sur 2016 et ce chiffre va grimper au fur et à mesure des prochaines vagues.

Dans l’enquête économique de 2014 de la FSPF, la marge moyenne de l’officine baisse plus vite que le CA, en l’occurrence de 1,10 % (– 5 k€) à 446 k€. Mais les bénéfices tirés des activités annexes non liées à la dispensation du médicament (dont la majorité est issue des coopérations commerciales) progressent de 42 k€ à 48 k€ en moyenne (+ 12,46 %).

Perte de marge et augmentation des prestations de services se neutralisent donc. Ce que l’on peut traduire par : « La perfusion générique est toujours aussi efficace et vitale ».

Philippe Besset, vice-président de la FSPF, fait remarquer que « 50 % des officines ont un taux de marge global inférieur à 28,7 %. A l’opposé, 44 % des officines conservent une marge supérieure ou égale à 29 % ». Le taux de marge moyen, quant à lui, ressort à 28,9 % contre 29 % en 2013, soit en valeur 484 k€ en 2014 contre 488 k€ en 2013 (– 0,8 %).

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Selon lui, le taux de marge devrait remonter en 2015 mais ce ratio n’est pas en soi un indicateur d’amélioration puisqu’il s’applique à un CA en recul.

La marge prise au piège

Passons à 2015. Le bilan de la nouvelle rémunération sans les baisses de prix est légèrement positif. Selon Offisanté, 94 % des pharmacies sont gagnantes avec une hausse de rémunération moyenne de 1 552 € par pharmacie sur le premier semestre. Mais cette évolution moyenne n’est pas très significative tant les disparités entre les pharmacies sont devenues fortes.

En effet, la fourchette est large, comprise entre – 16 000 € et + 11 400 €.

Offisanté a identifié 6 % d’officines perdantes qui ont comme caractéristique commune d’être particulièrement exposées aux produits les plus chers.

La part des honoraires dans la rémunération sur le médicament remboursable est très homogène entre les pharmacies, se situant entre 40 % et 45 %. Mais les honoraires ne font pas le poids face à l’impact des baisses de prix sur la marge. Ceux liés aux ventes des seuls médicaments présentés au remboursement (hors homéopathie) représentent un gain de 25 M€ sur 6 mois et annulent les baisses de prix à hauteur de 20 % seulement. Et les honoraires pour ordonnances complexes ne pèsent que 1 % de la rémunération du pharmacien. C’est donc une valeur d’ajustement marginale par rapport à des baisses de prix qui sont beaucoup plus importantes en valeur.

Sans surprise, avec les diminutions tarifaires, 99,6 % des pharmacies virent en négatif et perdent 3 305 € de marge en moyenne sur le 1er semestre 2015 par rapport à la même période de 2014.

Ainsi, dans le nouveau modèle économique, la taille de la pharmacie ne conditionne pas l’évolution de la marge (perte ou gain). Les quantités de produits dans la première tranche de la marge dégressive lissée, l’exposition aux produits chers et, plus généralement, le positionnement de l’officine (clients de passage, patients chroniques, etc.) sont plus déterminants que son CA. Il y a par ailleurs une dépendance forte du nouveau mode de rémunération au paracétamol. L’effet « rémunération à la boîte » privilégie en effet les officines qui délivrent de très grandes quantités de paracétamol.

Le portrait-robot des pharmacies qui souffrent le plus se précise petit à petit : ce sont celles de proximité avec une forte proportion de patients sous traitement chronique

ELLE A CONTRIBUÉ À CE NUMÉRO

Carole Lejas, Expert-comptable, cabinet Exco Valliance

Carole Lejas Expert-comptable, cabinet Exco Valliance

Attention à vos marges !

Les comptes annuels clos au cours de l’année 2015 intègrent des changements importants qui impactent les marges des officines. L’un d’entre eux est le changement de remise des génériques appliqué à compter du 1er septembre 2014. Avec l’application de cette réforme, les comptes annuels clos en 2015 témoignent donc pour tout ou partie de l’impact du nouveau régime. Dans la pratique, l’augmentation des remises sur les génériques a généré une baisse significative des accords de coopération signés avec les génériqueurs. Avant l’augmentation des remises, ces prestations commerciales, devenues aujourd’hui beaucoup plus faibles, pouvaient représenter 2 à 3 points de marge. Néanmoins, elles étaient versées au trimestre ou au quadrimestre, souvent sous forme d’acomptes avec des régularisations annuelles parfois significatives. La conséquence était d’avoir des rémunérations non rattachées à la bonne période d’exploitation, pouvant « glisser » dans le temps et souvent même impacter l’exercice comptable suivant.

A contrario, la mise en place des 40 % de remises sur factures a impacté immédiatement la marge avec l’application instantanée sur chaque facture mensuelle.

Depuis le début de l’année, on constate la facturation et l’encaissement de prestations commerciales encore importants – mais qui, dans les faits, résultent de régularisations de l’exercice comptable précédent – et l’augmentation de la marge liée à l’augmentation des remises sur génériques à 40 %. Il est donc fort probable que les marges dégagées soient de ce fait surévaluées et que sur les comptes clos en 2016 nous constations des baisses de marge !