Pour l’apport personnel, il ne faut pas toujours se fier aux moyennes

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Publié le 14 octobre 2017 | modifié le 25 janvier 2025
Par Francois Pouzaud
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Une jeune pharmacienne s’est installée avec peu de moyens dans une pharmacie de Charleville-Mézières (Ardennes). Son exemple montre qu’il faut s’abstenir de faire une généralité des moyennes constatées sur l’apport personnel.

Mathilde Morois n’avait qu’une idée en tête depuis l’obtention, en 2012, de son diplôme de docteur en pharmacie : devenir titulaire. Sortie de la faculté de Reims (Marne), elle souhaite s’installer dans la région où vit également sa famille. Son point d’attache, elle le trouve après cinq années comme adjointe. Le 1er janvier dernier, elle acquiert une pharmacie de taille moyenne (CA de 1,35 M€) à Charleville-Mézières (Ardennes), succédant à un titulaire partant à la retraite.

Un apport de 11 % du prix d’achat

« Ma pharmacie est située dans un quartier du secteur de Mézières où se concentre tout le centre administratif, avec l’hôtel de ville et la préfecture », décrit-elle. La particularité de Charleville-Mézières est d’avoir fusionné les deux communes en 1966 tout en conservant deux entités géographiquement distinctes. « Il n’y a que quatre pharmacies à Mézières, en retrait de deux kilomètres de l’hyper-centre de Charleville, qui est plus dense en pharmacies mais aussi plus concurrentiel, du fait de la présence d’une enseigne Lafayette », précise-t-elle.

Mathilde Morois a su trouver la pharmacie adaptée à son profil et à son apport personnel. Inférieur à 11 % du prix du fonds, son apport n’a pas été un point de blocage pour les banques, déjouant la règle habituelle de 20 % d’apport qui s’applique à toute reprise d’officine. Et visiblement suivie par une majorité d’acquéreurs. Bien qu’en deçà de ce seuil, avec un prix d’achat de 80 % du CA à financer, la pharmacienne a obtenu l’accord de quatre banques. Preuve qu’il ne faut jamais perdre de vue que les moyennes restent des moyennes qu’il convient de relativiser. Et que les dossiers de financement s’analysent au cas par cas.

« Les banques connaissaient la pharmacie, celle-ci était bien gérée par mon prédécesseur et dégageait une bonne rentabilité, il n’y avait donc pas de raison que mon projet de reprise se solde par un échec », explique-t-elle. Cette néotitulaire a su faire preuve de clairvoyance et de prudence dans la préparation de son dossier de financement : un prévisionnel à croissance zéro, sans prendre en compte un apport démographique futur lié à la construction de logements sociaux dans sa zone de chalandise.

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En outre, étant en zone BER (bassins d’emplois à redynamiser), l’officine de Mathilde Morois bénéficie d’une exonération de cotisations sociales patronales et d’exonérations fiscales pendant cinq ans. « Sans les avantages du BER, mon dossier ne serait certainement pas passé, sauf à faire baisser le prix du vendeur. »

Le sens de l’anticipation

Mais les clés d’une installation réussie ne tiennent pas qu’à un régime de faveur des entreprises. Pendant sa carrière d’adjointe, Mathilde Morois s’est préparée à son futur rôle de dirigeant en s’inscrivant en 2016 au DU de gestion de l’officine, à la faculté de pharmacie de Lille (Nord). « Ce DU m’a beaucoup apporté sur le parcours de l’installation, la chronologie de la transaction, sur toutes les démarches à réaliser auprès de la banque, des assurances… ce qui m’a permis de mieux négocier face à mes interlocuteurs. »

Par ailleurs, elle a mis tous les ingrédients dans la marmite pour augmenter la fréquentation de l’officine : conseils, services, disponibilité, aménagement d’un espace bébé, une gamme inédite de produits dermocosmétiques… Tandis qu’au niveau des charges d’exploitation, elle fait la chasse au gaspi : changement de prestataire pour la téléphonie, remplacement des ampoules pour de la basse tension… Tous les moyens sont bons pour faire des économies et constituer des réserves dont elle aura besoin quand les avantages fiscaux du BER s’éteindront.