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Pourquoi Wegovy et bien d’autres médicaments seront sans doute bientôt en rupture

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Pourquoi Wegovy et bien d’autres médicaments seront sans doute bientôt en rupture

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Publié le 19 mars 2025 | modifié le 24 mars 2025
Par Christelle Pangrazzi
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Aux Etats-Unis, l'administration Trump envisage d'étendre sa politique tarifaire aux produits pharmaceutiques européens, un territoire jusqu'ici préservé des tensions commerciales. Cette décision pourrait avoir des répercussions majeures sur l'approvisionnement et le prix de médicaments comme Wegovy de Novo Nordisk (traitement de l'obésité) ou Keytruda de Merck (immunothérapie anticancéreuse), tous deux fabriqués en partie ou en totalité en Europe.

Contrairement aux précédents historiques où les médicaments bénéficiaient d’une forme d’immunité diplomatique lors des conflits commerciaux, les récentes mesures américaines contre la Chine – qui incluaient déjà certains produits pharmaceutiques – laissent présager un changement de paradigme dans les relations transatlantiques.

L’interdépendance structurelle : un système impossible à démanteler rapidement

L’écosystème pharmaceutique entre l’Europe et les États-Unis s’est mis en place depuis des décennies. Des exemples actuels concrets illustrent cette interdépendance profonde :

–  Wegovy (sémaglutide), médicament contre l’obésité en forte demande, voit son principe actif partiellement fabriqué au Danemark ;

Keytruda (pembrolizumab, à usage hospitalier en France), traitement anticancéreux générant plus de 20 milliards de dollars de revenus annuels, est produit en Irlande ;

– Botox d’AbbVie provient également des sites irlandais.

Cette configuration industrielle résulte d’arbitrages stratégiques, fiscaux et réglementaires. Les chaînes de valeur sont tellement imbriquées qu’un découplage rapide semble techniquement impossible sans provoquer des ruptures d’approvisionnement majeures.

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La double réponse de l’industrie face à la menace tarifaire

Face à cette situation, les grands laboratoires déploient une stratégie en deux volets :

1. Relocalisation accélérée

Certains acteurs ont déjà anticipé les tensions commerciales en lançant des plans d’investissement massifs sur le sol américain :

– Pour Novo Nordisk, 4,1 milliards de dollars pour étendre ses capacités en Caroline du Nord ;

– Pour Eli Lilly, 27 milliards de dollars pour construire quatre nouvelles usines aux États-Unis.

Seulement voilà, il faut compter 5 à 10 ans minimum avant qu’une nouvelle usine soit homologuée pleinement opérationnelle. Et le coût reste prohibitif :  2 milliards de dollars en moyenne pour un site de production pharmaceutique.

En termes de gestion financière pure, se pose la question de l’arbitrage avec la R & D : chaque dollar investi dans la duplication d’infrastructures est potentiellement détourné de la recherche de nouveaux traitements…

2. Lobbying intensif auprès des décideurs

En parallèle, l’industrie mobilise ses réseaux d’influence tant à Washington qu’à Bruxelles. L’argument central est sans équivoque : toute hausse tarifaire se répercutera mécaniquement sur les patients et les systèmes de santé, contredisant les objectifs affichés de l’administration Trump concernant la réduction des prix des médicaments et l’amélioration de l’espérance de vie des Américains.

Comme le résume un cadre dirigeant européen : « Les patients paieront la facture » de cette escalade tarifaire. Un autre ajoute qu’imposer une relocalisation forcée reviendrait à « réparer quelque chose qui n’est pas cassé ».

Les marchés financiers en alerte

L’inquiétude gagne désormais les analystes financiers, traditionnellement plus réservés sur ces questions. La nervosité des marchés traduit une préoccupation croissante quant à l’impact potentiel sur la valorisation des entreprises pharmaceutiques, particulièrement celles dont le modèle économique repose sur une production européenne destinée au marché américain.

Le précédent humanitaire

Un argument de poids est régulièrement avancé par les défenseurs d’une exemption pharmaceutique : même au plus fort des sanctions économiques contre la Russie suite à l’invasion de l’Ukraine, les médicaments essentiels ont été préservés des restrictions commerciales.

Ce précédent établit un principe implicite : la santé publique transcende les différends géopolitiques et commerciaux. Si l’accès aux traitements est maintenu même face à un adversaire militaire, comment justifier son instrumentalisation dans un simple conflit commercial entre alliés traditionnels ?

America First confronté à la réalité

L’ambition de l’administration Trump de rapatrier la production pharmaceutique se heurte à la complexité d’un secteur hautement régulé, capitalistique et dépendant d’écosystèmes scientifiques et industriels spécifiques.

La critique formulée par le président américain à l’encontre de l’Irlande, accusée d’attirer les entreprises pharmaceutiques avec des allégements fiscaux et de contribuer ainsi à un « déficit massif », illustre la dimension politique de ce dossier.

Pourtant, cette rhétorique ne change pas une réalité fondamentale : le gouvernement américain lui-même, via ses programmes Medicare et Medicaid, pourrait devoir supporter des coûts significativement plus élevés pour couvrir le surcoût tarifaire des médicaments importés.

Leçons de la pandémie

La crise du Covid-19 a déjà mis en lumière les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques mondiales, notamment la dépendance excessive envers certains pays pour les matières premières et les principes actifs.

Cependant, la réponse apportée par l’industrie a consisté à diversifier les sources d’approvisionnement et non à démanteler les liens transatlantiques. Comme le souligne un dirigeant du secteur : « L’interruption de ces flux nuira à l’accès des patients aux médicaments vitaux. C’est une situation perdant-perdant. »

Avec Reuters

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