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Entretien et bilan de médication , pas l’un sans l’autre
Les pharmaciens sont désormais confrontés à un double challenge : relancer les entretiens pharmaceutiques sous leur nouvelle formule et s’approprier les bilans de médication. Ayant le vent en poupe, les bilans ne doivent pas se développer au détriment des entretiens. D’autant que l’un et l’autre sont complémentaires.
A l’évidence, les pharmaciens portent un vif intérêt aux bilans de médication, dépassant les préjugés qui leur sont associés, à savoir des effets contraires aux intérêts économiques des officines en diminuant le nombre de médicaments prescrits. « Les pharmaciens ne font pas six ans d’études pour pousser des boîtes, les nouvelles missions représentent l’avenir du métier de pharmacien car leurs objectifs correspondent aux besoins des patients et aux attentes des pouvoirs publics. Les officines doivent donc s’organiser pour relever le défi de cette évolution qui est à la fois un levier de croissance économique et un facteur de meilleure prise en charge des patients », explique Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO).
Seulement voilà, pour des officines travaillant à effectifs tendus, l’entrain manifesté pour les bilans de médication risque de conduire en même temps à renforcer la désaffection pour les entretiens pharmaceutiques, faute de temps disponible.
Faire moitié-moitié
D’une seule voix, les deux syndicats signataires de l’avenant n° 12 à la convention pharmaceutique relatif aux bilans de médication appellent les pharmaciens à ne pas laisser tomber les entretiens pharmaceutiques. Philippe Gaertner, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), est conscient que la gestion des nouvelles missions va devenir plus compliquée au fur et à mesure que d’autres entreront dans le champ conventionnel. « Les entretiens pharmaceutiques et les bilans de médication participent à l’équilibre global du dispositif, il y a la place dans la convention pour faire les deux », insiste-t-il.
La tâche n’est pas insurmontable. « L’objectif est de vingt bilans par officine et par an », rappelle Annelore Coury, directrice déléguée à la gestion et à l’organisation des soins à la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). Et d’ajouter à propos de cette nouvelle mission : « C’est une évolution forte et une avancée majeure, et non pas une monnaie d’échange en l’absence de nouveaux honoraires en 2018. » Sur les entretiens pharmaceutiques, l’Assurance maladie a tiré les leçons du passé. « Leur règlement était trop chaotique, les entretiens trop normés, longs et magistraux », reconnaît-elle.
De fait, Philippe Gaertner préconise la parité absolue : réaliser le même nombre d’entretiens et de bilans. « Vingt entretiens et vingt bilans par an, c’est à la portée de toutes les officines et c’est un bon équilibre en termes économique et d’emploi du temps. »
Pas de consigne chiffrée en revanche de la part de Gilles Bonnefond qui rappelle que « les entretiens sont désormais plus simples, d’une durée plus courte, plus thématiques et revalorisés ». Et d’expliquer que les nouvelles missions commencent à avoir un impact tangible sur la marge de l’officine. « cinquante bilans, c’est 3 000 € de marge ! », livre ex abrupto le président de l’USPO.
Quant à la nouvelle mouture des entretiens pharmaceutiques, elle est plus attractive. « L’entretien prend moins de temps et rapporte presque autant », constate Philippe Gaertner. Au regard du temps passé, il s’avère même plus rentable que le bilan de médication. « L’entretien de recueil d’informations avec un patient âgé prenant dix à douze médicaments peut difficilement tenir en moins d’une heure, la rentabilité de tels bilans est alors moins compatible avec l’économie de l’entreprise, ce qui peut conduire les pharmaciens à s’autolimiter sur le nombre de bilans à réaliser », pense-t-il.
Une association synergique
Jusqu’ici, le poids économique des nouvelles missions est encore perçu comme négligeable mais l’effet de synergie entre entretiens pharmaceutiques et bilans de médication peut augmenter de manière significative cette nouvelle ressource. « Ils ne ciblent pas les mêmes populations et ne reposent pas sur les mêmes critères, mais ils se cumulent pour faire passer une série de messages aux patients, et chez les personnes âgées polymédiquées, l’un peut déboucher sur l’autre », fait remarquer Philippe Gaertner. En effet, les entretiens sont ciblés sur un domaine thérapeutique précis ou une molécule donnée, tandis que les bilans permettent d’apprécier l’ensemble de la médication du patient.
En cas de passerelle entre les deux, « l’entretien AVK ou AOD est une bonne porte d’entrée sur le bilan de médication, en revanche, le cheminement inverse est moins logique dans la mesure où un entretien pharmaceutique risque d’être redondant pour un patient ayant eu préalablement un bilan de médication », expose le président de la FSPF.
Tous les cas de figure peuvent se rencontrer. « Un entretien pharmaceutique peut faire suite à un bilan qui n’aurait pas permis d’approfondir ou d’aborder des questions portant sur une molécule ou une classe thérapeutique précise », soutient Robin Ignasiak, président de l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF).
Tout est question d’organisation
Avec les entretiens pharmaceutiques, les bilans de médication, la vaccination en officine, l’heure est à la réorganisation des officines pour dégager du temps, mieux se consacrer à la dispensation et aux services. « Pour être plus proche du patient, le pharmacien va devoir se décharger du back office, en l’automatisant, en déléguant la partie négociation des achats ou d’autres tâches à son groupement, mais aussi créer une émulation au sein de son équipe et une dynamique avec les stagiaires… », suggère Gilles Bonnefond. Une perche tendue aux étudiants en pharmacie que ne manque pas de saisir Robin Ignasiak : « Dans le cadre de la réforme du 3 e cycle des études, il faut rendre le stage de 6 e année plus professionnalisant et plus progressif en termes de prises de responsabilités de manière à ce que le delta soit le plus faible entre un étudiant en fin de cursus et la prise de ses fonctions d’adjoint, une fois diplômé. » Les étudiants, formés et préparés à l’éducation thérapeutique des patients, se sentent légitimes pour prendre en charge les bilans de médication, sous le contrôle effectif, bien sûr, de leur pharmacien maître de stage.
De son côté, Philippe Gaertner indique que l’analyse pharmaceutique est réalisée en dehors de la présence du patient, « ce qui permet le travail déporté en temps ».
Même si les nouveaux métiers du pharmacien ne se traduisent pas encore, pour l’officine, par un changement réel de modèle économique, la profession n’a pas le choix. La France vieillit et les patients âgés ont besoin d’un accompagnement. « Le pharmacien est le mieux placé pour cela et il en a d’autant plus la légitimité qu’il a la confiance des patients », souligne Gilles Bonnefond.
« Si les patients ne trouvent pas cet accompagnement en pharmacie, d’autres prendront notre place, regardons ce qui se passe autour de nous avec l’arrivée des infirmiers en pratique avancée, les bilans de médications pourraient dans ce cas leur revenir… », met en garde Philippe Gaertner. Et une fois les habitudes prises, il sera difficile de revenir à la charge pour les récupérer. Comme il serait dommage de louper le coche.
À RETENIR
• La FSPF et l’USPO, les deux syndicats signataires de l’avenant n° 12 à la convention pharmaceutique relatif aux bilans de médication appellent les pharmaciens à ne pas délaisser les entretiens pharmaceutiques.
• Plus simples, plus courts, plus thématiques, les entretiens ont de surcroît été revalorisés.
• L’entretien AVK ou AOD est une bonne porte d’entrée sur le bilan de médication, mais un entretien pharmaceutique peut aussi faire suite à un bilan qui n’aurait pas permis d’approfondir ou d’aborder des questions portant sur une molécule ou une classe thérapeutique précise.
REPÈRES
ENTRETIENS PHARMACEUTIQUES : LES NOUVELLES MODALITÉS D’ACCOMPAGNEMENT
Par Alexandra Blanc – Infographie : Franck L’Hermitte
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