A Ervy-le-Châtel, on dit « Merci monsieur le maire ! »

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Publié le 16 novembre 2019 | modifié le 6 septembre 2025
Par Francois Pouzaud
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Attachés à leur pharmacie, les maires sont parfois de précieux alliés des acquéreurs. A Ervy-le-Châtel, dans l’Aube, 2 pharmaciennes ont repris l’an dernier une officine qui, sans la mobilisation de la municipalité, allait fermer. Et depuis peu, grâce à elle, toutes deux exercent dans un local flambant neuf.

La fermeture d’une pharmacie est toujours un déchirement. Pour le titulaire et son équipe mais aussi pour la commune et ses habitants. Surtout quand l’officine est la seule au village. La pharmacie d’Ervy-le-Châtel (Aube) était promise à ce funeste destin avant d’être reprise en octobre 2018 par 2 pharmaciennes, Marie-Françoise Benneton, précédemment installée, et Adriana Hant, une néotitulaire diplômée en Roumanie et exerçant en France depuis 3 ans. L’ancien titulaire, très âgé, était sur le point de mettre la clef sous la porte, faute de repreneur. Au mieux, son confrère installé à environ 8 km se proposait de racheter la clientèle. Mais c’était sans compter avec le maire de ce village de 1 200 habitants (4 000 habitants avec les communes environnantes) qui ne voulait pas de ce projet. Encaissant le choc de l’annonce de la fermeture début 2017, «   le maire d’Ervy a organisé une réunion publique, mobilisé la population en diffusant des tracts dans les boîtes aux lettres. C’est ainsi que j’ai été informée que la pharmacie était à vendre   », se souvient Marie-Françoise Benneton, résidant elle-même à Ervy.

Pour Adriana Hant, qui habite à 25 km, à Tonnerre (Yonne), c’est différent. «   Mon mari, chirurgien-dentiste, et le mari de Marie-Françoise, prothésiste-dentaire, se connaissent car ils travaillent tous les deux à Tonnerre   », explique-t-elle. C’est donc par l’entremise de leurs conjoints qu’elles se rencontrent, discutent de leurs projets professionnels et décident de s’associer pour reprendre et remonter cette affaire de 900 000 € de chiffre d’affaires au-delà du million.

La mobilisation à l’initiative de la municipalité porte ses fruits, le projet de rachat de clientèle ne reçoit pas l’agrément de l’agence régionale de santé et le confrère voisin se désiste.

Le transfert 1 an plus tard

Les 2 associées en société d’exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) rachètent la pharmacie environ 500 000 €, avec une participation au capital de 75 % pour Marie-Françoise Benneton et de 25 % pour Adriana Hant. «   Dans le pacte d’associés, nous avons convenu d’un rachat progressif de mes parts   », précise l’associée la plus expérimentée des deux. Les cotitulaires n’ont pas été les seules à prendre un risque financier. Si elles ont contracté un emprunt bancaire de près de 450 000 €, en complément de leur apport personnel, pour le rachat/transfert de l’officine, la commune, avec le soutien financier du département, a investi environ 370 000 € dans l’acquisition et la remise à neuf d’un bâtiment situé non loin de l’ancien emplacement de la pharmacie. Et permettre aux nouvelles titulaires de travailler dans de meilleures conditions. L’officine était en effet située dans des locaux exigus et vétustes, ne répondant plus aux normes professionnelles et totalement inadaptés à l’exercice des nouvelles missions. «   Dans l’ancien local, les étagères montaient jusqu’au plafond et il fallait une échelle pour aller chercher les médicaments rangés tout en haut   », raconte Marie-Françoise Benneton. Les travaux ont duré 9 mois, avant que les cotitulaires puissent transférer l’officine sur 2 niveaux de 75 m² chacun. Le rez-de-chaussée abrite l’espace de vente et le back-office, le premier étage est dévolu aux réserves, au préparatoire et au bureau. Le tout pour un loyer de 1 800 € par mois. Ce qui n’est pas donné en milieu rural ! Bien qu’âprement négocié par les pharmaciennes, ce montant non négligeable permettra d’équilibrer à terme l’investissement de la commune dans ce projet. 

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Adriana Hant et Marie-Françoise Benneton, cotitulaires depuis octobre 2018, espèrent atteindre un chiffre d’affaires de 1 million d’euros pour cette officine située en milieu rural.