LES DIFFÉRENTS STADES DE LECTURE

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Publié le 1 septembre 2021
Par Francois Pouzaud
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Lors de l’analyse des comptes annuels, il ne faut pas uniquement se fier au résultat de l’exercice, figurant en bas du compte de résultat. Analyser sa formation est tout aussi important, car le même résultat, pour deux officines rigoureusement identiques, peut masquer des réalités économiques et financières bien différentes.

LE COMPTE DE RÉSULTAT RÉSUME L’ACTIVITÉ QUI S’EST DÉROULÉE ENTRE DEUX BILANS », explique Nicolas Baldo, expert-comptable associé du cabinet KPMG. Il retrace les recettes encaissées et les dépenses réglées par l’entreprise. Le résultat correspond à la différence entre la ligne “produits”, qui comptabilise le C.A réalisé et la ligne “charges”, indiquant toutes les dépenses engagées pour produire ce C.A (achats, frais de personnel, fournitures de bureau, etc.). Le montant de ce résultat annuel, appelé “résultat net”, traduit donc la performance de l’entreprise, pointant ainsi la rentabilité de l’activité.

3 niveaux de résultat.

Pour des raisons d’analyse, le compte de résultat est scindé en trois niveaux principaux : le résultat d’exploitation, le résultat financier et le résultat exceptionnel. « C’est le cumul de ces trois résultats, diminué de l’impôt sur les sociétés, le cas échéant, qui correspond au bénéfice ou à la perte de l’exercice », précise Nicolas Baldo. Le résultat d’exploitation est la représentation même de la rentabilité de l’activité professionnelle, car « il met en relief l’activité récurrente de l’officine d’une année sur l’autre », explique Nicolas Baldo. Le résultat financier correspond, lui, à la différence entre les produits financiers et les charges financières. Ces dernières englobent notamment les intérêts sur emprunts et sur découverts bancaires. Si ce résultat apparaît souvent comme déficitaire, en particulier pour les entreprises endettées, « il n’est pas très représentatif compte tenu de la faiblesse des taux d’intérêt actuels et du poids des produits financiers en pharmacie (moins d’1 % du C.A, la plupart du temps) », souligne Nicolas Baldo. Enfin, le résultat exceptionnel comprend des produits et charges sans lien avec l’activité normale de l’entreprise, mais qui ont impacté le résultat de l’exercice. Comme, par exemple, les plus et moins-values réalisées sur les cessions d’immobilisation, les sommes reçues ou dues suite à un sinistre, un litige… Il peut donc fluctuer tant dans le positif que dans le négatif, selon les années. « En présence d’éléments exceptionnels significatifs, le résultat de l’exercice n’est pas pertinent », prévient Olivier Delétoille, expert-comptable du cabinet AdequA.

Objectif : mesurer la performance.

« L’examen du compte de résultat permet de déterminer si le résultat net dégagé provient de l’activité même de l’officine, de sa situation financière ou d’éléments exceptionnels, reprend Olivier Delétoille. Ainsi, une perte importante n’aura pas la même signification si elle est due à la destruction d’un bien par une tempête (événement exceptionnel), ou si elle est associée à une forte baisse de la marge commerciale ». Dans le cadre d’un achat, lors de l’analyse des états financiers d’une pharmacie convoitée, l’acquéreur doit s’assurer que les produits ou les charges exceptionnelles sont justifiés. Il n’est pas rare que certains mouvements soient liés à l’activité courante de l’entreprise, mais qu’ils aient été mis en opérations exceptionnelles, dans le souci de préserver le résultat d’exploitation. « Ce qui importe, c’est la performance de l’entreprise et sa capacité à créer tous les ans de la trésorerie permettant de couvrir le remboursement en capital du ou des crédit (s), et avoir un flux net de trésorerie de + 20 000 à + 30 000 € », recommande Nicolas Baldo.

Comparer ce qui est comparable !

« Pour favoriser une bonne analyse, le compte de résultat peut aussi être stratifié en différents niveaux intermédiaires, appelés « les soldes intermédiaires de gestion », glisse Olivier Delétoille. Sur cette base, il est important de comparer ses propres données à celles d’autres officines de même taille, ou de même typologie, à partir des statistiques professionnelles disponibles. Attention, on ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable ! Ainsi, par exemple, en entreprise individuelle, la rémunération de l’exploitant n’est en principe pas comptabilisée, faisant partie du bénéfice. Alors que dans une société, le salaire du dirigeant est inclus dans le poste rémunération ». De même, l’endettement professionnel ne figure pas nécessairement et/ou intégralement au passif du bilan. « Cette situation classique se rencontre lorsque les titulaires ont emprunté pour racheter les parts d’une société (SNC, SARL ou autre) auprès de précédents pharmaciens. Les intérêts de ces emprunts ne figurent pas dans les comptes de ladite société. Il faut donc procéder à un retraitement avant toute analyse de gestion comparative », ajoute-t-il. Pour Joël Vellozzi, expert-comptable associé au sein du cabinet KPMG, l’outil le plus pertinent de mesure de la rentabilité à utiliser pour le benchmark entre officines, est la performance commerciale et de gestion (PCG), bien plus que l’excédent brut d’exploitation (EBE). « Cet indicateur financier s’obtient à partir de la marge globale de laquelle on soustrait les charges externes, les impôts et taxes (hors IS) et les frais de personnels (hors titulaire), en faisant abstraction du coût social du ou des titulaires et du mode d’imposition de l’officine (IR ou IS) », détaille-t-il.

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TROIS DOCUMENTS À CONNAÎTRE

Le compte de résultat constitue le film du déroulement de la vie de l’entreprise au cours de l’exercice. Il retrace les recettes encaissées et les dépenses réglées au titre de l’année écoulée.

Le bilan permet de comprendre comment a été financée l’activité. Il reflète notamment l’évolution du niveau de la trésorerie globale, conséquence directe de la rentabilité, celle du besoin en fonds de roulement, du recours à des financements à long terme, ou encore, des investissements.

L’annexe complète et commente les informations des deux autres documents. Elle indique quelles ont été les méthodes de valorisation retenues pour élaborer les comptes (exemple : les stocks sont valorisés au prix d’achat hors taxes après remises), de même que les changements de méthodes. Elle mentionne les engagements pris, en matière de crédits baux, par exemple. En définitive, l’annexe aide le lecteur à comprendre les spécificités propres à l’entreprise retenues pour élaborer le bilan et le compte de résultat.