Expert en allaitement

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Publié le 1 juillet 2010
Par Anne-Gaëlle Harlaut
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Se spécialiser dans l’allaitement n’est pas réservé aux femmes et à celles qui ont allaité une demi-douzaine de bambins. Avec une formation, de la motivation et des qualités relationnelles, c’est à la portée de tous.

Évaluer sa motivation

L’expérience personnelle peut être un plus, mais n’est pas un pré-requis obligatoire. Tous les officinaux sont capables de devenir référent en allaitement, y compris les hommes. Humainement parlant, ils doivent remplir trois conditions : un intérêt personnel pour ce domaine, par conviction ; des qualités d’empathie, primordiales face aux mamans qui demandent beaucoup d’attention ; une certaine aisance pour observer un sein sans être gêné.

Sonder le marché

Environ huit jeunes mamans sur dix qui sortent de la maternité ont choisi d’allaiter leur enfant. Le créneau peut être exploité par toutes les officines dès lors qu’elles drainent une clientèle de jeunes parents. Les mamans, qui bénéficient d’une grande diversité de sources d’informations (maternité, Internet, associations…), ignorent bien souvent la compétence de l’offi­cine. Capter cette clientèle nécessite de se positionner clairement en spécialiste.

Se former

Un expert en allaitement doit maîtriser le matériel, les accessoires et leur bonne utilisation. Il doit aussi répondre à toute question concernant la physiologie, les aspects nutritionnels, la gestion des crevasses, du mamelon ombiliqué, la mise au sein… Idéalement, la formation comprend :

– une formation de base (voir encadré ci-dessous) ;

– une mise à jour continue en participant aux journées pédagogiques organisées par différents organismes comme la COFAM (www.coordination-allaitement.org) ou la Leche league (www.lllfrance.org) ;

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– un abonnement à une revue spécialisée (Les Dossiers de l’allaitement) ;

– une veille régulière sur le site Internet de l’allaitement destiné aux professionnels et au grand public www.santeallaitementmaternel.com.

Animer le rayon

Placé logiquement à proximité du coin enfant, le rayon allaitement doit répondre a minima à tous les besoins selon les étapes de l’allaitement.

Accueil

Réserver un espace confidentiel pour observer un sein ou la position du bébé. Proposer une balance pour peser l’enfant et rassurer les mamans sur sa prise de poids.

Accessoires

Proposer au moins : des crèmes de soin, des coussinets, des bouts de sein, des sachets et pots de recueil. Tous les tire-laits doivent être représentés, manuels et électriques, à la vente ou à la location, chacun correspondant à des besoins différents.

Communiquer

Avant que le bouche à oreille entre mamans fonctionne, il faut capter leur attention en affichant sa compétence.

Toute l’année

Placer une vitrophanie ou une pancarte sur la porte d’entrée et dans le rayon bébé « Ici, on vous conseille pour votre allaitement ». Dès le sixième mois de grossesse, aborder le choix du mode de nutrition avec la future maman, proposer des brochures. Interroger sur ce choix lors de la délivrance de l’ordonnance de sortie de maternité et proposer une aide.

En octobre

À l’occasion de la semaine de l’allaitement (en octobre), réaliser une vitrine sur ce thème et des animations : démonstration de l’utilisation d’un tire-lait, entretien personnalisé pour la mise en place d’un sevrage prochain, informations sur les différents produits pour les futures mamans…

Accompagner

Écouter

Chamboulées par la naissance, la fatigue, les hormones, les jeunes mamans traversent une période sensible. Majoritairement issues de la « génération lait maternisé », elles attendent des conseils professionnels et une écoute attentive. Proposer un entretien aux moments-clé : avant d’accoucher (les mamans sont plus disponibles), après l’accouchement, trois semaines avant la reprise du travail pour amorcer le sevrage ou aménager l’allaitement.

Vérifier

Observer la mise au sein, la technique au tire-lait, les éventuelles lésions des seins et leur évolution. Vérifier systéma­ti­quement la pertinence des sevrages précoces lors de la prise d’un médicament auprès du CRAT (Centre de référence sur les agents tératogènes, Tel. 01 43 41 26 22). Vous pouvez aussi consulter le site du CRAT (www.lecrat.org) et lire le dossier spécial « Médicaments et allaitement, les grandes lignes du raisonnement » (sur la page d’accueil, cliquer en bas à droite).

Soutenir

Déculpabiliser les échecs et celles qui se sentent « incapables » de nourrir leur enfant. Proposer une assistance téléphonique pour les mamans qui ne peuvent se déplacer et commu­niquer les coordonnées des associations locales.

Deux formations adaptées à l’officine

Lactapharm

• Session : une journée, ouverture à partir de septembre 2010.

• Prix : 200 euros net de taxe + 50 euros TTC pour les pauses et repas.

• Prise en charge : OPCA-PL et FIF-PL.

• Renseignements : Florence Bohuon. Tel. 06 71 39 70 32 ; lactapharm@sfr.fr.

Aconit 5 CH

• Sessions : un jour (Allaitement) ou deux jours (Allaitement et Mère et nourrisson au naturel) en Midi-Pyrénées et DOM-TOM (déplacement possible en région pour les groupes).

• Prix : 200 euros par jour.

• Prise en charge : OPCA-PL et FIF-PL.

• Renseignements : Catherine Butterlin. Tel. 06 11 76 74 43.

l’avis de…

Florence Bohuon préparatrice et formatrice

Florence Bohuon est préparatrice en pharmacie à Saint-Domineuc (35). En février 2010, elle crée Lactapharm, organisme consacré à la formation sur l’allaitement des officinaux. Cette initiative lui a valu de remporter le prix « Formation » des Initiatives Pharmacies 2010.

La création de la formation Lactapharm répond au vide constaté quand j’ai voulu me spécialiser. Ma candidature au Diplôme Inter-Universitaire (DIU) Lactation humaine-Allaitement maternel organisé entre Grenoble, Brest et Lille a été refusée car ce DIU n’est pas ouvert aux préparateurs. Les autres formations comme celles du Centre de recherche, d’évaluation et de formation à l’allaitement maternel (Crefam) ou de la Leche league sont plus orientées vers le personnel hospitalier. Un officinal, désireux de se lancer dans l’allaitement, doit être attiré par le sujet et capable d’écouter. Il faut se former au maximum, mais aussi se faire confiance et ne pas se mettre de barrières si on est préparateur. Cette spécialisation permet de se positionner à l’officine. Il faut pouvoir dire, sur ce thème « je maîtrise ».