Vaccinations, ruptures, pénurie de personnel : comment gérez-vous cette fin d’année ?

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Vaccinations, ruptures, pénurie de personnel : comment gérez-vous cette fin d’année ?

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Publié le 21 décembre 2022
Par Francois Pouzaud
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Vacciner, tester, parer aux ruptures de stock de médicaments, au manque de personnel ou aux congés des collaborateurs, payer les factures qui augmentent… 2022 se termine comme elle a commencé : sous tension. Témoignages.

A l’approche des fêtes de fin d’année, entre épidémies virales (Covid-19, grippe, bronchiolite) et recrudescence d’infections invasives à streptocoque du groupe A, les demandes de dépistage et prises de rendez-vous pour un rappel anti-Covid-19 ont fortement augmenté. Dans l’officine de Pierre-Edouard Poiré, titulaire à Saint-Ouen l’Aumône (Val d’Oise), elles ont doublé en 3 semaines et même quadruplé depuis octobre. « Les tests antigéniques ont presque doublé également mais nous parvenons à faire face à toutes les demandes, car bien entraînés grâce aux précédentes vagues qui ont été plus fortes que cette neuvième », témoigne ce titulaire.

La vaccination s’accélère

A Simiane-Collongue (Bouches-du-Rhône), à la pharmacie du Village, « la situation est compliquée, il n’y a plus aucun créneau de vaccination disponible avant la mi-janvier dans les pharmacies des villages environnants. J’ai pris le parti de vacciner contre la grippe et le Covid-19 une seule journée par semaine, le jeudi sans rendez-vous, c’est plus facile en termes d’organisation que de vacciner sur rendez-vous car il faut alors gérer également les désistements », explique sa titulaire, Bénédicte Carrère. 

Avec une épidémie de grippe saisonnière précoce, la vaccination antigrippale bat (enfin) son plein en pharmacie – plus de 4,3 millions d’injections au 11 décembre, 77 % des vaccinations réalisées par les pharmaciens – et comble progressivement son retard (qui n’est plus qu’à – 350 000 doses par rapport à la même période de 2021). Pierre-Edouard Poiré a, lui, déjà écoulé son stock de vaccins commandés en direct.

En Ardèche, à la pharmacie des Sablons (Le-Teil-d’Ardèche), Sonia Jouve, titulaire, constate aussi le regain d’intérêt pour les deux vaccinations. « Comme il manque une personne et demi dans mon équipe depuis plusieurs mois que je ne parviens pas à remplacer, je vaccine contre le Covid-19 à des jours et créneaux particuliers, de 14h30 à 17h30 sans interruption. » La vaccination contre la grippe étant moins chronophage, elle vaccine aussi à la demande quand il n’y a pas trop de monde dans l’officine. « L’un de mes anciens stagiaires viendra en renfort la semaine prochaine pour pallier l’absence du personnel en congé », ajoute celle qui ne réalise pas de tests antigéniques. Pour deux raisons. « Nous avons été floués par le gouvernement, ensuite ce dépistage désorganise trop ma structure. Mais nous ne laissons jamais repartir un patient sans solution. Par ailleurs, beaucoup nous achètent des autotests, sans rogner sur la quantité (boîte de 5) et sans sourciller sur le prix. J’ai fait une grosse commande début décembre et elle est partie en 15 jours ! »

Ruptures et hausse des factures d’énergie : le coup de grâce

Même avec un effectif au complet au moment des fêtes de Noël pendant lesquelles les prises de congé du personnel sont interdites, « on gère comme on peut les demandes car beaucoup de confrères ont réduit leurs plages horaires pour la vaccination contre le Covid-19 et les médecins, eux, ne vaccinent plus », confesse Xavier Schneider, installé à Truchtersheim (Bas-Rhin). Et d’exposer que les équipes, après près de trois ans de crise sanitaire, n’ont plus la même énergie. « Les ruptures nous en pompent beaucoup, explique-t-il. Nous sommes obligés de refuser des traitements à des patients désemparés, c’est dur… Nous avons besoin du soutien de nos institutions ». Déjà en manque de 2 à 3 salariés, cette officine ne profitera pas en janvier de l’application du bouclier tarifaire sur ses factures d’électricité car elle réalise plus de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Ma facture va être multipliée par 4 ou 5, ce qui correspond au coût du recrutement d’1 ou 2 postes », évalue ce pharmacien alsacien.

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Concernant le risque de délestage cet hiver, dans le sud-est « les syndicats nous ont invités à faire une demande directement au préfet pour en être exclus », indique par exemple Bénédicte Carrère.