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Sur un air d’accord hédoniste
De la préparation officinale à la direction de centre d’apprentissage, Étienne Coquet a exploré bien des facettes du métier en quarante ans de carrière. Avec pour fil rouge, la paisible recherche du bonheur.
Nous avions tout essayé pour résoudre les problèmes de sommeil de notre dernier fils. Un dimanche soir, je me mets à jouer dans sa chambre les quelques notes apprises lors d’un stage d’accordéon… et il s’endort paisiblement. » Les jours suivants, même mélodie, même effet, le petit Adrien trouve sans peine le chemin des rêves et ses parents celui du repos ! C’était en 1991, Étienne commence son initiation à l’accordéon diatonique et découvre le plaisir de jouer pour les autres. Aujourd’hui formateur au CFA de Douai, dans le Nord, il transmet son expérience professionnelle avec la même passion.
La polka du sommeil. « Dans la famille, nous sommes tous des musiciens autodidactes. » Son père accompagnait les mariages et les enterrements à l’orgue de l’église communale, un de ses frères est devenu facteur d’orgues. Lui s’est essayé à la guitare, « le solfège me rebutait, j’ai lâché le conservatoire ». À l’âge adulte, accompagnant une nièce pour louer un piano d’études, il tombe en arrêt devant l’étagère aux accordéons. « J’étais dans ma période folk, j’écoutais entre autres Marc Perrone » et ceux qui ont sorti l’accordéon de l’univers du musette. Il ressort de la boutique avec son premier accordéon diatonique (« dia », comme deux, car un seul bouton enfoncé peut donner deux notes selon qu’on tire sur le soufflet ou qu’on le repousse). Et s’y met seul, avec plus de difficulté que de conviction. Dans une réunion à l’école de ses enfants, il sympathise avec un autre pratiquant qui le convainc de s’inscrire à un stage. La magie de l’air qui a bercé Adrien, rebaptisé la « polka du sommeil », donne à Étienne l’envie de persévérer, et, à 30 ans et des poussières, de reprendre le chemin d’une école de musique : « À Villeneuve-d’Ascq, nous serons les deux premiers élèves du cours d’accordéon diatonique. » Chaque nouveau morceau maîtrisé en appelle un autre, l’enthousiasme va grandissant, le nombre d’élèves aussi. De notes en accords, de refrains en chansons, leur enseignant les entraîne dans l’animation de bals folk avec d’autres instruments. « À l’époque la plus faste, nous avions trois ou quatre grands bals par an, frôlant à chaque fois le millier de participants. » Le premier accordéon, « un modèle vraiment basique » se souvient-il, cède la place à un instrument fabriqué par Éric Martin, luthier lui-même joueur d’accordéon cajun. « Il y avait cinq ans d’attente… Je suis allé le voir chez lui, en Bretagne, et par chance, il m’en a réparé un d’occasion. » Il est resté longtemps fidèle à ce premier modèle « pro », avant de succomber à la « Rolls des accordéons », de l’Italien Castagnari. Aujourd’hui, la vague folk est retombée, Étienne n’a plus de petit Adrien à endormir, mais ne boude jamais son plaisir quand on lui demande de jouer du soufflet et des touches. Même s’il distille moins souvent ses notes, l’accordéon garde une place de choix dans la chanson de la vie d’Étienne. Avec une orientation vers les traditions populaires de l’est de l’Europe, proches de la musique klezmer.
Sa libre interprétation d’une partition imposée. « Je vous parle d’un temps… », comme dit la chanson, où dire non à ses parents était inconcevable. « Je t’ai trouvé une pharmacie pour faire préparateur », lui annonce son père en fin de classe de troisième. L’important à ses yeux est d’avoir un métier entre les mains plutôt que de traîner sur les bancs de l’école. Lui-même est entré en pâtisserie à 11 ans. Adieu copains, finie l’insouciance du collégien, Étienne plonge dans la vie active, à la pharmacie du lundi au samedi, avec trois heures de cours par semaine sur cinq années de formation. « Je n’ai jamais regretté d’avoir exercé un métier que je n’avais pas choisi au départ, confie-t-il sereinement. Cela m’a permis d’être très tôt indépendant. » Il est vrai qu’il s’est marié à 21 ans et qu’un premier enfant est arrivé très vite. Une fois le brevet en poche, il est embauché à temps plein dans une pharmacie de Roubaix, fait une incursion d’un an dans un centre anticancéreux, mais cantonné à la gestion des stocks, il déplore l’absence de contacts. Il retourne au comptoir, à une époque où les préparations officinales occupaient encore le plus clair de son activité. « J’ai connu le temps où le pharmacien vous préparait votre sirop pour la toux dans l’heure, mais je n’ai pas de regrets sur ce passé. » Il a concrètement accompagné l’évolution du métier en devenant enseignant au CFA de Douai en 1991. En 1998, il relève le défi de faire revivre ce CFA presque moribond.
En dix ans, il fera passer les effectifs de 60 à 160 et le taux de réussite de 45 % à 90 %! Ce palmarès brillant lui vaut le poste de coordinateur pédagogique pour l’académie de Lille en 2007. « Mon action s’étendait à huit CFA dans huit lycées préparant au CAP de couvreur aussi bien qu’au BTS de banque. » Avant d’accepter, il s’assure de pouvoir garder une part d’enseignement à Douai. En mai 2011, le recteur lui propose de lui ajouter la supervision de trois CFA supplémentaires, mais la condition est trop dure, il faudrait renoncer à « son » CFA. « Je ne voulais pas perdre le lien avec le terrain, j’ai refusé et suis redevenu formateur à temps plein. Je trouve très excitant d’être à nouveau en contact avec les jeunes, de même pour les liens avec mes collègues. » Il conçoit ainsi ses dernières années de carrière comme une période de renouveau, d’ouverture aux nouvelles conditions du métier.
L’accueil chevillé au corps. « Mes parents ont eu deux enfants avant la guerre, quatre après. » Issu d’une famille catholique du Nord, Étienne Coquet a retenu de son éducation que l’ouverture aux autres n’est pas un slogan creux ou une manière d’avoir bonne conscience. C’est sa seconde nature. Marianne, son épouse, et Étienne recueillent ainsi à la mort d’une voisine et amie ses filles de 7 et 15 ans, dont ils sont nommés tuteurs et qu’ils élèveront avec leurs quatre garçons. Ils aménagent leur maison pour prendre près d’eux son beau-père entré dans la vieillesse. Plus tard, ils ouvrent leur porte à des étudiants étrangers que leur envoie le Clarife, centre de langues et interculturel dépendant de l’université catholique de Lille. En quinze ans, le système s’est rodé : « Les Américains séjournent à partir de fin août, suivis entre Noël et Pâques par des Asiatiques, et les Britanniques ferment la marche en mai-juin. » Selon leur cursus, ils restent entre six semaines et six mois, certains sont indépendants, d’autres partagent des repas avec la famille. L’enrichissement est réciproque, au-delà de l’apport culturel et linguistique. D’ailleurs, un des fils de la famille Coquet s’est installé en Arizona avec une Américaine, rencontrée à la maison, un autre a épousé une Chinoise. Plus récemment, ils ont noué des contacts avec des salariés des branches étrangères de l’entreprise nordiste Bonduelle, qui viennent se former aux us et coutumes de la maison mère. C’est un autre type d’échanges, avec des gens installés dans la vie professionnelle, une autre façon d’avoir le cœur aux dimensions du monde, de ne pas rester dans des frontières étriquées. Une aptitude au bonheur pour Étienne, aussi simplement qu’il étire le soufflet de son accordéon.
Étienne Coquet
Âge : 56 ans.
Formation : brevet de préparateur.
Lieu d’exercice : CFA de Douai (Nord).
Ce qui le motive : sentir les gens heureux autour de lui.
portrait chinois
• Si vous étiez un végétal ? Une plante des montagnes qui pousse en altitude ou qui a des conditions de vie difficiles. J’aime superviser et me lancer des défis. Les difficultés ne m’effraient pas. Ou la belladone qu’utilisaient les Italiennes pour avoir de beaux yeux noirs, profonds. J’aime les femmes.
• Une forme galénique ? Les pilules. J’aimais beaucoup les faire, les rouler sous mes doigts. Je suis très tactile, c’est important le toucher.
• Un médicament ? Qui mettrait les gens de bonne humeur ou d’humeur égale et les ouvrirait aux autres. Les conflits me pèsent.
• Un dispositif médical ? Un coussin anti-escarres, mais plutôt à mettre sous des fesses rondes et jeunes !
• Un vaccin ? Contre la bêtise humaine et qui rendrait les gens responsables de leurs décisions et de leurs actes. La vie est si simple à vivre, pourquoi être bête ?
• Une partie du corps ? Les yeux. On peut tout faire avec : émouvoir, rire, pleurer, gronder…
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