L’AUTOMÉDICATION PLÉBISCITÉE PAR LES FRANÇAIS
Avec une hausse de 2 %, le marché de l’automédication porte l’économie de l’officine. S’il se développe, le marché n’explose pas pour autant. Et la structure des ventes montre que la consommation des Français concerne toujours les pathologies bénignes. Contrairement aux craintes exprimées par Marisol Touraine sur la banalisation de l’automédication.
L’automédication n’est pas un geste neutre. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a jamais d’automédication. Nous avons tous acheté des médicaments sans passer par un médecin pour la toux, un rhume, un mal de tête », déclarait récemment au Moniteur Marisol Touraine (voir le n° 2981 du 27/4/2013). Mais la ministre de la Santé ajoutait qu’elle n’était pas favorable à « une banalisation de l’automédication, ni d’ailleurs au déremboursement de médicaments “grand public” au prétexte qu’ils sont régulièrement achetés sans ordonnance ».
Qu’en est-il exactement ? Les résultats de la dernière étude annuelle d’IMS Health France* apportent un éclairage intéressant : les ventes de produits OTC, qui représentent 15 % des ventes sous AMM, sont en progression de 2 %. Le marché de l’OTC strict, qui comprend les produits OTC non remboursables, qu’ils soient prescrits ou non, progresse de 5,2 % (1,7 milliard d’euros) en valeur et de 3,9 % en volume (298 millions d’unités vendues). Mais c’est surtout, au sein de ce marché, les produits sans ordonnance qui tirent la croissance. En effet, alors que les produits prescrits (au sein de l’OTC strict) affichent une progression de 3 %, le « sans-ordonnance » enregistre une hausse de 5,8 % des ventes en valeur, à 2,1 milliards d’euros. En volume, ce marché enregistre 442 millions d’unités vendues (+ 2,9 %).
Les pathologies hivernales ont boosté le marché
« A l’hiver 2013, la pathologie hivernale a été assez forte, ce qui s’est traduit par une forte progression des deux premiers segments de l’automédication, à savoir les voies respiratoires (+ 7,5 %) et les antalgiques (+ 8,6 %). L’épidémie importante de gastroentérite a permis également aux ventes des produits des voies digestives de progresser de 3,7 % », décrypte Pascal Voisin, directeur OTC d’IMS Health France. Concrètement, les Français ont eu recours à l’automédication pour soigner leur toux, leur rhume ou leur mal de tête, voire leur gastroentérite. Quant au segment de la dermatologie (crèmes notamment), il correspond également à des maux bénins et à un premier recours auprès du pharmacien.
Les déremboursements de médicaments peuvent aussi avoir un impact direct sur le marché de l’OTC. Cela a été le cas avec les veinotoniques : le segment de la circulation enregistre ainsi une forte hausse avec + 11,3 %. D’où la prudence de Marisol Touraine sur une banalisation des déremboursements. Mais si un certain nombre de médicaments déremboursés vont alimenter le marché de l’OTC, le switch n’est pas automatique. « La part d’automédication varie selon l’image du fabricant, son positionnement et sa stratégie », observe Claude Le Pen, professeur d’économie à l’université de Paris-Dauphine et consultant auprès d’IMS Health France.
Des prix en augmentation
Marisol Touraine estime aussi que l’automédication peut faire grimper les prix : « Voulons-nous que le paracétamol, par exemple, voie son prix multiplié par quatre ? » Une crainte qui peut paraître justifiée. Alors que la concurrence est censée jouer sur ce segment, les prix évoluent de + 2,8 %, avec un prix moyen de 4,80 euros. Il est vrai que la notoriété et la publicité influencent les Français au-delà du prix. En effet, seules 10 marques captent 20,8 % du marché, au premier rang desquelles figure Doliprane avec 4,6 %. Et Oscillococcinum (+ 29,4 %) connaît la plus forte progression des ventes (+ 17,5 %).
A l’exception des prix en augmentation, l’étude d’IMS Health France peut rassurer la ministre de la Santé, même si, pour Pascal Voisin, « il y a là un vrai phénomène de fond : l’automédication s’installe enfin en France ».
Vente sur Internet
Prime aux antalgiques
1001Pharmacies dévoile son premier baromètre sur les tops et les flops des médicaments les plus recherchés par les Français sur Internet durant le mois d’avril dernier. Doliprane est, de loin, le plus recherché avec 90 500 requêtes et 19 % des recherches, devant Drill Sans Sucre (15 %) et Efferalgan Vitamine C (5 %). En revanche, les produits de sevrage tabagique n’intéressent pas les internautes, puisque Nicotinell Fruit (2 mg, 96) n’a fait l’objet que de 12 requêtes et Nicotinell patch (21 mg, 28) à peine 320.
REPÈRES
– 1,7 % C’est la baisse du marché officinal de mars 2012 à mars 2013.
– 2,6 % C’est la chute du CA des produits avec AMM, qui représentent 84 % du marché.
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