Opération séduction

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Publié le 13 juin 2003
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Plutôt que d’une crise de vocation, les enseignants et étudiants que nous avons interrogés parlent plus de crise de communication. Comment les facs tentent de séduire leurs futurs étudiants ? Marseille, Clermont-Ferrand, Caen et Montpellier nous expliquent leurs méthodes.

En l’absence d’action nationale de communication, c’est à chaque fac de faire sa propre pub. A Marseille, le nombre de 1re année a beaucoup baissé avant de se stabiliser. En 1980-1981, on comptait 814 étudiants ; en 1990-1991, 542 ; en 2000-2001, 459 ; en 2001-2002, 454 et 2002-2003, 504 étudiants. « La crise de vocations que vous invoquez ne se pose pas dans notre région malgré un numerus clausus qui joue en notre défaveur. Ce résultat est la conséquence de la politique pédagogique menée par la faculté de pharmacie de Marseille », indique le doyen Patrice Vanelle. Elle s’appuie sur une information de proximité réalisée par les enseignants et les étudiants lors des rencontres avec les lycéens de terminale de PACA, mais aussi lors de grandes manifestations telles que Métiérama, forum sur les professions organisé dans le cadre des académies d’Aix-Marseille et de Nice.

Concours blancs à Marseille.

Cette politique repose aussi sur la mise en place de dispositifs d’aide à la réussite. « Pour préparer ce concours difficile, les étudiants de 2e et 3e années organisent un tutorat avec mise en place de concours blancs pour toute la promotion, ceci afin d’entraîner les étudiants à travailler et préparer leurs réponses. » Au passage, cette aide à la préparation du concours a permis d’obtenir globalement davantage d’étudiants mieux formés dont la note globale est supérieure ou égale à la moyenne.

Communiquer tous azimuts.

A Clermont-Ferrand, la sensibilisation des bacheliers à la profession de pharmacien passe par une présence tous les ans au forum Infosup dans le cadre de l’ONISEP. « En parallèle, des enseignants interviennent sur les études de santé dans les différents lycées de la région Auvergne », indique Michel Madesclaire, le doyen. Malgré une information large auprès des lycéens, les effectifs de 1re année ont chuté durant ces dernières années mais, néanmoins, restent stables actuellement comme le montrent les chiffres : 329 inscriptions en 1re année en 1980-1981, 283 en 1990-1991, 183 en 2000-2001, 174 en 2001-2002 et 179 en 2002-2003.

Alors que d’autres facultés ont vu une reprise, certes légère, du nombre d’inscrits, Montpellier enregistre un recul d’environ 5 % par an depuis 2001. « Plus que d’une véritable crise de vocation, je crois que nous souffrons surtout d’un problème de communication, estime Alain Terol. Par manque d’information, les jeunes ne connaissent pas un diplôme qui offre plus de débouchés que n’importe quel diplôme de pharmacien d’un autre pays d’Europe. On devrait aller beaucoup plus dans les lycées », plaide le doyen de la faculté montpelliéraine.

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Récemment invité à participer à un forum lycéen, Alain Terol s’y est rendu en compagnie du président de la corpo. « Nous avons participé à deux conférences et projeté un diaporama sur les métiers de la pharmacie qui ont connu un grand succès », se félicite le doyen. D’où le projet, déjà presque concrétisé, d’enregistrer ce diaporama sur CD-ROM pour une large diffusion dans les lycées du Languedoc-Roussillon. En vue de son bicentenaire, qui sera célébré à l’automne prochain, la fac de Montpellier est également en train de réaliser une vidéo sur les différents diplômes à finalité professionnelle qu’elle délivre. « Ce film nous servira aussi à aller dans les lycées », indique Alain Terol. Chaque année, la fac participe par ailleurs au Salon de l’étudiant et du lycéen organisé à Montpellier par le magazine L’Étudiant : quelque 3 000 dépliants présentant les cinq diplômes nationaux auxquels prépare la fac y ont été distribués cette année.

Informer, c’est bien, former autrement serait aussi à envisager, estime plus globalement Alain Terol : « En général, les programmes de filière officine ne sont pas très attractifs. Pour y remédier, mon idée serait de faire appel à des pharmaciens associés qui assisteraient nos enseignants en travaux pratiques pour les rendre très professionnels. »

La boîte à outils caennaise.

« Notre idée est de faire une boîte à outils que tout le monde puisse prendre à la faculté, à la corpo et au Conseil de l’Ordre chaque fois qu’un lycée nous sollicite », explique Pierrick Lengronne, élu au conseil d’UFR de la faculté de pharmacie de Caen. Une boîte à outils qui devrait contenir des affiches, un petit film sur les métiers de la pharmacie, un diaporama sur l’organisation des études et une plaquette promotionnelle, à distribuer dans les collèges et lycées de la Basse-Normandie.

« Nous voulons aller plus loin en mettant en place des affiches dans les 500 officines de la région pour toucher également les parents », explique Pierrick Lengronne, également membre du bureau de l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF). C’est une commission réunissant étudiants, professeurs, officinaux qui travaille au projet. Elle est née à la suite d’une conférence organisée le 9 janvier dernier par l’association des étudiants, où était présent le conseil régional de l’Ordre. « La question que nous nous étions posée était de savoir comment augmenter le nombre d’inscrits en première année. Depuis mon arrivée il y a quatre ans, le nombre est en chute : nous étions 273, aujourd’hui on compte 163 inscrits pour un numerus clausus fixé à 72. » Quinze jours après la réunion, le doyen mettait en place la commission chapeautée par Valérie Collot, maître de conférences, chargée de réfléchir à des solutions.

Ce type de collaboration entre la faculté et les étudiants ne date pas d’hier. Depuis des années, les étudiants travaillent avec le doyen pour faire de l’information sur le Salon des étudiants, dans les établissements et depuis un an dans les forums de métiers organisés par lycées et collèges. Tout le monde met aujourd’hui les bouchées doubles pour que tout soit prêt pour septembre. « Nous terminerons d’abord les affiches, puis nous tournerons le film, d’une douzaine de minutes, pendant les vacances », détaille Pierrick. Dès la rentrée, la démarche sera offensive. « Jusqu’ici, nous attendions que les établissements nous contactent. Cette fois-ci, nous leur enverrons un mailing pour leur expliquer que nous sommes prêts à organiser des conférences sur le métier de pharmacien. »

Une telle initiative pourrait, pourquoi pas, servir de pilote à un projet de plus grande envergure car aujourd’hui il n’existe aucune action concertée au niveau national. Il faut se retourner vers l’ANEPF qui utilise son Guide des facs, initialement destiné aux étudiants en pharmacie, pour sensibiliser lycéens et collégiens. Est-ce bien suffisant ?

A retenir

– 33,4 % : c’est la chute des inscriptions observée entre 1995-1996 et 2002-2003 en première année de pharmacie.

Source : ANEPF.

Stabilisation en 2002 : après une baisse effective ces dernières années, le nombre d’inscriptions s’est stabilisé en 2002, voire a augmenté.

Tendance générale : toutes les filières scientifiques connaissent le même manque d’attrait de la part des lycéens.

Ennuyeux : cet adjectif revient souvent dans la bouche des jeunes interrogés lorsqu’ils parlent du métier de pharmacien. Tout comme « difficile », « long », « moins intéressant que médecine », « il faut beaucoup d’argent », « manque d’informations »…

Contact : c’est notamment ce que recherchent les jeunes qui sont attirés par la pharmacie. Mais aussi « on apprend plein de choses », « aider les gens », « des études variées »…