Le taux de mortalité par cancer baisse

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Publié le 1 mars 2008
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Le nombre de nouveaux cas de cancer a augmenté de façon considérable ces 25 dernières années en France, mais la mortalité due à la maladie diminue, selon les dernières données d’une étude collégiale présentée le 21 février dernier. Extraits.

Si le taux d’incidence du cancer augmente depuis 25 ans (de + 1,2 % par an pour les hommes et de + 1,4 % pour les femmes), le taux de mortalité par cancer, lui, régresse de 1 % par an (- 2,5 % sur la période 2000-2005). C’est la bonne nouvelle des données présentées conjointement par l’Institut national de veille sanitaire (INVS), l’Institut national du cancer (INCa), le Réseau français des registres de cancer (Francim) et les Hospices civils de Lyon.

320 000 nouveaux cas de cancer ont tout de même été diagnostiqués en 2005, dont 180 000 chez les hommes (62 000 de la prostate, 24 000 du poumon, 20 000 du côlon-rectum) et 140 000 chez les femmes (50 000 du sein, 17 500 du côlon-rectum, 7 000 du poumon). C’est beaucoup plus qu’en 1980 (170 000).

Plus de cancers du poumon chez la femme

Première explication : l’évolution démographique. 25 % des cas sont mécaniquement liés à l’augmentation de la population et 20 % à son vieillissement. Seule un peu plus de la moitié de ces nouveaux cas est donc due à l’augmentation du risque.

Deuxième explication, avancée par le Pr Guy Launoy, président du réseau Francim : l’amélioration du diagnostic, plus souvent précoce, et des thérapeutiques. Troisième explication : la prévention, comme en témoigne la chute chez l’homme des cancers de l’oesophage, de l’estomac et des voies aérodigestives supérieures (- 4 % par an). Grâce, bien entendu, à une moindre consommation de tabac et d’alcool. Quatrième explication : 70 % de l’augmentation chez l’homme correspond au cancer de la prostate, directement liée à la pratique généralisée du dosage du PSA.

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Chez les femmes, la tendance est plus inquiétante avec une hausse de 5,8 % par an des cas de cancer du poumon (+ 4,2 % pour la mortalité) contre – 0,5 % et – 1,7 % chez l’homme. En revanche, la mortalité par cancer du sein amorce une baisse depuis 1999-2000 (- 1,3 %) malgré une augmentation de l’incidence, ce qui pourrait être expliqué par la multiplication des dépistages.

THM : à consommer avec modération

Interrogés sur la corrélation entre la baisse de l’incidence des cancers du sein entre 2004-2005 et entre 2005-2006 (respectivement – 4,3 % et – 3,3 %) et le déclin des traitements hormonaux de substitution (THM), annoncée dans le Bulletin du cancer de janvier, les intervenants sont restés prudents, soulignant que seules les prochaines données pourraient confirmer cette baisse (les données des registres sont pour l’instant arrêtées à 2003, extrapolées à 2005). Le Pr Dominique Maraninchi, président du conseil d’administration de l’INCa, se félicite toutefois que les THM soient aujourd’hui « moins systématiques et moins longs ».

Autre inquiétude croissante à laquelle ces spécialistes ont été amenés à répondre : la hausse des cancers est-elle aussi due à l’accroissement des facteurs environnementaux comme la pollution ? « Ces facteurs environnementaux expliquent à coup sûr une partie de l’augmentation du nombre de cas, mais il est difficile d’estimer ce risque », a commenté le Pr Guy Launoy, tant nous sommes exposés à de multiples facteurs cancérogènes.

Ne pas traiter tous les cancers de la prostate

« Alors que l’on a du mal à faire généraliser le dépistage du cancer colorectal par détection de sang occulte dans les selles, dont on sait qu’il influe directement sur la baisse de la mortalité, nous n’arrivons pas à faire baisser le dépistage du cancer de la prostate, or il n’y a aucune preuve que le recours systématique au dosage du PSA diminue la mortalité, a lancé le Pr Launoy. Malgré les recommandations officielles, les médecins n’agissent pas là en fonction de l’« evidence based medicine ». » « Certains vont devoir convaincre des patients qu’il vaut mieux ne pas traiter un « petit » cancer de faible évolution », a avancé Françoise Weber, directrice de l’INVS. Plutôt que de « les exposer inutilement à des traitements aux effets délétères », a ajouté le Pr Launoy. Pas évident ! « Après tout, il y a pas mal de pathologies cardiovasculaires qui sont observées mais que l’on ne traite pas », a illustré le Pr Maraninchi, président du conseil d’administration de l’INCa.