Sept pharmacies insolites
Chapelle, ancien café-dancing, monument historique, parc avec vue sur mer… Certaines pharmacies sont à nulles autres pareilles. Et les confrères qui y exercent sont bien conscients d’être des privilégiés. Leurs clients aussi d’ailleurs ! Au point d’oublier parfois qu’ils sont dans une officine.
La pharmacie du Magnolia à Roquemaure
Magnolia for ever
A Roquemaure, dans le Gard, la Pharmacie du Magnolia n’a pas usurpé son nom. Construite en pentagone autour d’un Magnolia grandiflora, elle possède un patio permettant d’admirer à travers de hautes baies vitrées l’arbre de douze mètres de haut. De l’extérieur, les larges branches se déploient au-dessus du toit.
« Ce magnolia doit avoir entre cent trente et cent cinquante ans », estime Monique Blanc, ex-laborantine chez Mérieux, fille et petite-fille de pharmaciens installés à Roquemaure depuis 1905, dont le mari a repris la Pharmacie du Magnolia en 1954. Petite, peu fonctionnelle, l’officine familiale était alors située en face de l’emplacement actuel. « Je n’étais pas opposée au transfert, à la place d’un jardin, mais à une seule condition : qu’il ne soit pas question d’abattre le magnolia. Cela m’a empêchée de dormir une nuit entière au cours de laquelle j’ai fait les plans dans ma tête, que j’ai dessinés le lendemain matin. Et c’était assez proche du résultat final, non ? » Il faut dire que ce jardin était le terrain de jeux favori de Monique quand elle était petite fille.
« Souvent, des gens voient le magnolia de l’extérieur et, surpris, entrent dans la pharmacie pour savoir où il est planté, raconte Jean-Pierre Lamorthe, qui a repris l’officine en 1998 avec Brigitte Mazet. Des enfants s’amusent aussi à en faire le tour en passant derrière le comptoir. Pour nous, c’est vraiment très agréable de travailler dans un tel cadre. Le magnolia embaume toute l’officine quand il est en fleurs et que nous ouvrons les baies vitrées du patio. »
Construite sur des piles pour permettre aux racines de l’arbre de trouver leur chemin, la Pharmacie du Magnolia devrait encore porter ce nom durant quelques décennies. Le majestueux magnolia figure d’ailleurs dans l’acte de vente du fonds de commerce…
La pharmacie du Faubourg à Quaëdypre
Une clientèle de fidèles
Nul besoin de multiplier les croix lumineuses à Quaëdypre, petit village du Nord, pour optimiser la signalétique de la Pharmacie du Faubourg, créée il y a deux ans par un jeune diplômé de la faculté de Lille, Nicolas Levecq. Largement reconnaissable par son… clocheton visible de loin, elle est en effet installée dans une ancienne chapelle.
Construite entre 1945 et 1946, la chapelle a été déconsacrée il y a une dizaine d’années, faute d’ouailles, pour être transformée en local de scoutisme. Laissée à l’abandon pendant six ans, elle avait été rachetée par un particulier qui souhaitait en faire un atelier d’ébénisterie. Ce projet n’ayant pas abouti, Nicolas a acquis les murs et aménagé l’intérieur en officine. « L’idée de supprimer ce clocheton ne m’a jamais effleuré, explique-t-il. Le maire de la commune souhaitait lui aussi conserver ce cadre et garder le cachet de ce bâtiment. Sans son clocheton, l’édifice perd son caractère spécifique. Avec la pharmacie, c’est un bâtiment qui revit. »
La Grande Pharmacie de la Loge à Montpellier
Envoûtante !
Une chapelle romane ? Non, une pharmacie. Ses murs épais et ses superbes voûtes hautes de 4,50 mètres sont chargés de près de mille ans d’histoire. Aujourd’hui l’une des deux plus anciennes officines de Montpellier en activité, la Grande Pharmacie de la Loge, est installée en plein coeur historique de la cité dans des murs du XIe siècle, époque de la fondation de la ville. Ils n’abritent une pharmacie que depuis 1859, plusieurs générations de marchands de grains ayant précédemment occupé les lieux.
La façade de la pharmacie est ornée par deux arcades couronnées de balustres avec, en son milieu, une colonne surmontée d’une croix de marbre blanc. Elle rappelle que se dressait face à elle, jusqu’à la Révolution, l’église Notre-Dame-des-Tables dont il ne subsiste aujourd’hui que la crypte, aménagée depuis trois ans en musée de l’Histoire de Montpellier.
« Tous les jours on me dit que j’ai de la chance de travailler dans un cadre aussi fabuleux !, rapporte Anne Beisbart, titulaire de la pharmacie depuis 1994. C’est vrai que c’est le plus joli et le plus agréable cadre dans lequel j’ai travaillé. » Anne Beisbart le doit à Marie-Thérèse Pascal, la titulaire précédente qui avait fait procéder à d’importants travaux, peu après avoir repris l’officine, en 1970. Car jusque-là, les voûtes étaient dissimulées sous un faux plafond. Seules celles du préparatoire, en arrière-boutique, et de cinq autres pièces (un véritable labyrinthe !) étaient visibles.
Outre les murs et les voûtes, on peut également admirer un imposant comptoir en marbre du XIXe siècle. Bien évidemment, l’officine et tout l’ensemble du corps de bâtiments attenants sont classés monument historique.
La pharmacie de Patrick Fabry à Plouhinec
Vue sur la mer
« C’est un mauvais renouvellement de bail qui nous a obligés à transférer, raconte Patrick Fabry, titulaire à Plouhinec (Finistère), mais aujourd’hui on ne le regrette absolument pas car notre cadre de travail est unique ! » Au départ, un grand terrain battu par les vents et des pins qui défient le petit port tranquille de Pors-Poulhan. Aujourd’hui, une pharmacie moderne au milieu d’un magnifique parc qui domine la mer, avec des baies qui s’ouvrent sur l’horizon changeant de l’Atlantique.
La commune compte 4 200 habitants dont plus de 300 marins pêcheurs (dont les fameux ligneurs du raz de Sein et leur très recherché bar de ligne). « De mon bureau, j’ai une vue imprenable sur la criée et le petit phare », décrit Patrick. La beauté du paysage n’empêche pas l’équipe officinale de vaquer aux occupations habituelles, mais la clientèle est, disons, plus distraite. « Lors du premier agencement, nous avions installé les comptoirs devant la grande baie et nous nous sommes aperçus qu’au lieu de nous écouter, les gens restaient plantés devant le paysage. »
Patrick avoue cependant que « la beauté du paysage ne suffit pas pour trouver du personnel ». Les jeunes diplômés préfèrent rester dans les villes. « En fait, la notion du cadre de travail intervient plus entre trente-cinq et quarante ans. » Quimper n’est pourtant qu’à une vingtaine de kilomètres…
La pharmacie Roye-Caenevet à Wamb rechies
Un monument !
La Pharmacie Roye-Caenevet, à Wambrechies, au nord de Lille, a été inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. « Mes clients y sont attachés et veulent qu’elle soit conservée en l’état. Elle le sera grâce à mon père, Jean Caenevet, qui a obtenu l’inscription à l’Inventaire en 1986 », explique Monique, la titulaire. La maison a été construite entre 1906 et 1908. La façade et les meubles sont tous d’époque : boiseries en chêne clair de Hongrie, cheminées en marbre, horloge, baromètre, meubles avec moult tiroirs aujourd’hui sur roulettes pour ne pas détériorer le bois, vitraux, moule à suppositoires, pots en verre gravé blanc ou marron…, rien n’a été perdu.
Monique Roye-Caenevet a d’ailleurs prévu de ressortir tous les trésors descendus à la cave lors des prochaines Journées du patrimoine pour faire revivre la pratique officinale du siècle dernier.
La pharmacie de L’Edelweiss à Font-Romeu
Que leur montagne est belle !
« Le matin, quand j’arrive, si je n’ai pas le moral, j’ai vite fait de le retrouver en contemplant la montagne. Des clients et des confrères me disent souvent que j’ai la plus belle pharmacie de France : j’en suis persuadé, car je suis amoureux de ma Cerdagne et de ma pharmacie. » Christophe Bosselut, titulaire à Font-Romeu-Odeillo-Via (Pyrénées-Orientales), a repris à son père, Pierre, la Pharmacie de L’Edelweiss en 1998, transférée en 1982 dans les murs d’un ancien… café-dancing, L’Edelweiss.
Pierre Bosselut a exercé durant toute sa vie professionnelle à Font-Romeu (de 1956 à 1998), dont il est le maire depuis 1989. Il garde de sa première officine un souvenir nostalgique. Un certain Jean Tenenbaum, beaucoup plus connu sous le nom de Jean Ferrat, s’y réfugia au dernier étage pendant la guerre. Selon Pierre Bosselut, Jean Ferrat composa La Montagne après avoir été charmé par la vue qu’il avait depuis la fenêtre de sa chambre, devenue par la suite celle de Christophe.
Tout cela, les clients de la Pharmacie L’Edelweiss l’ignorent. En revanche, la vue imprenable n’échappe à personne. Certains touristes demandent même de s’approcher de l’une des six immenses baies vitrées (2,30 mètres de haut sur 3 mètres de large) pour profiter d’une vue panoramique de rêve sur le plateau cerdan et sur les sommets pyrénéens flirtant avec les 3 000 mètres d’altitude : pic de Gallinas, pic de l’Orry, Cambre d’Aze, Puigmal, sierra del Cadí…
« On ouvre un tiroir et l’on a face à nous la montagne ensoleillée, c’est vraiment extraordinaire !, témoigne Stéphanie, l’une des trois préparatrices. Pour moi qui travaillait auparavant en galerie marchande d’hypermarché, ça change du tout au tout. » L’an dernier, en quelques semaines, elle et son compagnon ont abandonné famille, emploi et leur Savoie natale pour s’installer ici. En vacances pendant quelques jours, ils ont vécu « un vrai coup de foudre pour ce coin le plus ensoleillé de France ». Stéphanie a poussé la porte de la Pharmacie de L’Edelweiss en rêvant d’y trouver un poste de préparatrice. Bingo ! Non seulement Christophe Bosselut en cherchait une, mais il a aussi recruté son compagnon, monteur-vendeur optique. Comment peut-on imaginer désormais vivre et travailler ailleurs ?
La pharmacie Silvie à Saint-Omer
Cuisine et dépendances
Exit le Comptoir du luminaire, vive la Pharmacie Silvie qui, le 22 mars dernier, a quitté la rue de Dunkerque pour rejoindre la place du Maréchal-Foch à Saint-Omer (Pas-de-Calais). La cité, très connue des cruciverbistes, l’est aussi pour sa cathédrale (avec ses grandes orgues, son mobilier funéraire et son horloge astronomique) et les fortifications de Vauban.
A l’extérieur, l’immeuble de 1739 en impose par le cachet de sa façade aux briques jaunes traditionnelles, à la toiture ardoisée et aux hautes fenêtres cintrées. A l’intérieur, un haut plafond est soutenu par des piliers habillés de meubles. Au fond, le regard est attiré par ce qui fut très certainement la cuisine de la famille Saint Aldegonde, transformée aujourd’hui en herboristerie. La salle, lumineuse, est superbe avec sa voûte en pierre calcaire, son sol en ardoise et ses murs en briques jaunes.
« Nous l’avons laissée en l’état. Nous n’y avons ajouté qu’un léger éclairage en suspension pour faire ressortir les mobiliers de présentation. La cheminée porte la date de 1583 », indique Jean-Philippe Silvie, adjoint. L’ancien accès aux cuisines par une trappe percée dans le mur de la rue de Calais, permettant de livrer les produits d’alimentation au sous-sol, a retrouvé vie pour la livraison des médicaments. Au sous-sol, d’autres salles voûtées accueillent la réserve du préparatoire et un automate de dispensation des médicaments par tapis roulant.
Certains clients de la Pharmacie Silvie se sont appropriés les lieux et n’hésitent pas à revenir le samedi en famille ou avec des amis pour visiter un témoin historique de la ville.
Poursuivre la visite au musée de la Pharmacie
Une maquette de la façade de la Grande Pharmacie de la Loge telle qu’elle était au début du XXe siècle, réalisée par un pharmacien perpignanais retraité, est présentée par le musée de la Pharmacie de Montpellier situé dans la faculté de pharmacie. On peut aussi y trouver plusieurs objets en provenance de cette officine : des boîtes à pilules mais aussi un impressionnant concasseur d’écorces de quinquina pour la fabrication de Quina Curaçao Belugou, un « apéritif reconstituant » que concoctait Jean-David Belugou, premier titulaire de l’officine de 1859 à 1877.
Organisé en plusieurs salles, le musée permet une passionnante immersion dans l’histoire de la pharmacie grâce aux milliers d’objets offerts par des donateurs, avec, notamment, plusieurs officines reconstituées avec leurs boiseries et ustensiles d’origine. Musée ouvert les mardis et vendredis de 10 h à 12 h. Entrée : 3 euros.
La pharmacie-musée de Llívia
Ordonnancier de 1725, pots en bois doré ou en céramique du XVIIe siècle, bocaux en faïence et en bois, très belles boiseries… Le musée municipal de Llívia, à deux pas de Font-Romeu, vaut le détour. Aménagé en 1981 dans les murs d’une officine datée du XVe siècle, en activité jusqu’en 1926, il est essentiellement consacré à la « farmácia antigua ». Au coeur d’une minuscule enclave espagnole de 12 km2 en territoire français, le vieux village de Llívia et son église romane méritent également la visite. A ne pas manquer non plus : dans les sous-sols d’une tour qui fut prison royale, on peut découvrir une superbe collection de dioramas sur la flore médicinale pyrénéenne.
La pharmacie-musée est ouverte de 10 h à 19 h (sauf le lundi). Entrée : 1 euro.
Réforme des études : précision
Contrairement à ce que pourrait laisser penser le schéma présenté dans l’enquête sur la réforme des études de pharmacie (Moniteur n° 2543, page 19), la première année commune aux études de pharmacie, de médecine, odontologie, sages-femmes… (14 professions au total) n’est toujours pas d’actualité. A ce jour, ni le ministère de la Santé ni le ministère de l’Education nationale n’ont donné suite au rapport qui leur avait été remis à l’été 2003 par la commission nationale pédagogique.
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