Sexe, tabous et officine

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Publié le 18 juin 2005
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Des préparateurs et des pharmaciens ont été interrogés sur quatre sujets difficiles à aborder au comptoir avec les clients : la dysfonction érectile, l’incontinence urinaire, la contraception d’urgence et les préservatifs. Où l’on s’aperçoit que, malgré la révolution sexuelle et une communication omniprésente, tout ce qui touche à la sexualité reste encore tabou. Commentaires.

L’impuissance est le sujet le plus difficile à aborder dans une pharmacie pour 75 % des personnes interrogées. Le résultat, peut-être, d’un nombre encore insuffisant d’espaces de confidentialité dans les officines (66 % en disposeraient).

Aborder de manière naturelle les sujets tabous au comptoir ne relève pas d’une technique de communication particulière et encore moins d’une recette universelle préétablie.

« Il faut avant tout être capable de s’adapter et faire preuve d’authenticité. Plus la situation est compliquée, plus il faut rester soi-même. Un patient qui sent son interlocuteur gêné ne se confiera pas », explique Emmanuelle Marchal-Heussler, enseignante en communication à la faculté de Nancy. Parler de sexualité, d’hémorroïdes, de MST, de contraception ou de sécheresse vaginale ne représente rien d’autre que le prolongement d’une relation que l’on a forgée au fil du temps avec un client.

« Pour se livrer et casser les barrières du tabou, le patient doit se sentir écouté et non jugé », précise la spécialiste, qui insiste sur la nécessité de la confidentialité. Illustration à travers les témoignages de confrères qui ont accepté de nous livrer leur expérience au comptoir.

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Trois questions au professeur Antoine Lemaire

Sexologue et président de l’Association pour le développement de l’information et de la recherche sur la sexualité

Quel est selon vous le rôle du pharmacien dans la prise en charge de la dysfonction érectile ?

Il est vaste ! Il doit à la fois informer, rassurer, dédramatiser et diriger. Lorsqu’on lui demande conseil, son premier devoir est d’évoquer la fréquence du trouble – près d’un homme sur trois – et l’existence de solutions. Reste ensuite à inciter à consulter ou à joindre notre association. Dans le cadre de l’ordonnance, il faudrait expliquer succinctement le mécanisme d’action (facilite le relâchement musculaire) en insistant sur les facteurs comportementaux. Pour éliminer la gêne, on peut rester très technique et s’aider d’un schéma explicatif et de brochures à glisser dans le sac.

Quelle est la principale erreur à éviter ?

Attention à ne pas trop banaliser le problème en disant « Ce n’est rien, ça va passer », car le patient vit son trouble comme une réelle souffrance, perturbant sa vie et son couple.

Que pensez-vous des stimulants sexuels à base de plantes ?

Ce sont des produits d’appoint qui peuvent être conseillés à condition d’indiquer une période d’essai d’un mois, au bout de laquelle l’homme devra consulter en cas d’inefficacité.