Au bonheur des génériques

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Publié le 10 juin 2006
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La pharmacie de première classe de Visuit Suriyabhivadh, à Bangkok, compte quelque 10 000 références. Mais c’est principalement sur les génériques qu’il compte pour alimenter la caisse. « Je fais bien plus de profits avec les génériques qu’avec les originaux. Le turnover des originaux est plus rapide, mais comme ils sont plus chers, et que mes clients sont issus de milieux peu aisés, ils préfèrent acheter à moindre coût. »

Médiocre en termes de recherche de nouvelles molécules, la Thaïlande mise tout sur sa production de génériques pour compenser les importations massives de médicaments brevetés. Aux côtés de l’Organisation pharmaceutique gouvernementale (GPO), le principal producteur de génériques (voir encadré ci-contre), 150 entreprises privées se sont spécialisées dans la copie des formules. Une politique relativement récente qui permet à la Thaïlande de limiter la facture des laboratoires étrangers. En 1983, seulement 37 nouvelles références non marquées étaient mises sur le marché, contre 1 132 en 2000. « On importe 60 % des médicaments, les 40 % restants sont des génériques fabriqués ici », note Achara Eksaengsri, directrice de la branche recherche et développement du GPO.

Un produit sur cinq est mal dosé.

Grâce à la mise à disposition des médicaments bon marché, la Thaïlande échappe en partie au fléau des contrefaçons. Sur le marché intérieur, la principale préoccupation porte sur la qualité des produits mis en vente. A trop vouloir baisser le coût de fabrication, les entreprises de génériques finissent par instituer une médecine au rabais. « On constate des problèmes de dosage sur 20 % des médicaments. Parfois il vaut mieux y mettre le prix pour s’assurer un remède de qualité. Même les entreprises agréées par la Food and Drug Administration ne sont pas toujours fiables. », s’inquiète Niyada Angsulee. Une fois validés, les médicaments font rarement l’objet de contrôles. « Chaque fois que l’entreprise nous fournit des médicaments, elle doit également nous faire parvenir des certificats d’analyse de chaque lot et nous préciser les quantités contenues dans chaque pilule. Nous sommes obligés de lui faire confiance. De temps en temps, elle envoie aussi un échantillon au centre scientifique du gouvernement », explique Duangrat Chutima, qui exerce à l’hôpital public Narorn Pin de Chiangmai, où 80 % des 750 références dont l’hôpital dispose sont des génériques.

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La trithérapie accessible à tous

Depuis le 1er octobre 2005, afin de freiner l’épidémie de sida, la trithérapie générique « GPO Vir » est incluse dans le système de couverture universelle. Cette mesure, allouée d’un budget de 2,8 milliards de bahts (74 millions de dollars), est l’étape ultime d’une politique volontariste entamée dès 1992. « Nous avons commencé à fabriquer trois sortes de molécules en 1995. Mais le traitement était trop contraignant parce que les molécules étaient administrées séparément, et si les patients oubliaient une pilule, ils risquaient de développer des résistances au virus. Alors nous avons mis au point un cocktail qui synthétise stavudine, lamivudine et névirapine : le GPO Vir S 30 », raconte Achara Eksaengsri, directrice du département de recherche et développement du GPO, institut de recherche gouvernemental rattaché au ministère de la Santé. Il s’agit d’un comprimé unique avec une prise deux fois par jour pour faciliter l’adhésion des patients au traitement.

En 2002, le GPO commence à fabriquer la combinaison qui fait considérablement baisser le coût du traitement : seulement 27 dollars par mois au lieu des 500 dollars pour son homologue de marque. Sur les 500 000 séropositifs en Thaïlande, 200 000 nécessitent un traitement à vie et le GPO est en mesure de produire les doses pour 100 000 patients par jour. Le ministère de la Santé recense environ 19 000 nouveaux cas de personnes infectées chaque année. « Aujourd’hui, ce sont les jeunes universitaires qui sont les plus touchés », s’inquiète Achara.