Les expérimentateurs de la vaccination témoignent

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Publié le 14 octobre 2017 | modifié le 25 janvier 2025
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La vaccination contre la grippe saisonnière par les pharmaciens d’officine a démarré le 6 octobre. Premiers retours d’expérience parmi les quelque 3 000 vaccinateurs des régions autorisées, Nouvelle-Aquitaine et Auvergne-Rhône-Alpes.

A la pharmacie de La Poste à Pons, en Charente-Maritime, l’expérimentation démarre doucement. Une seule vaccination pour l’instant. Mais beaucoup de questions de patients, qui reviendront lorsque ce sera « le bon moment pour faire le vaccin ». Pour Emmanuel Mesnard, titulaire de cette pharmacie de taille moyenne, le projet est intéressant mais un peu trop précipité : « Je n’ai pas rencontré de difficulté pour me former, mais je me sens un peu démuni sur le terrain. L’accompagnement par l’ARS, qui a d’ailleurs publié un arrêté d’autorisation erroné me concernant, est inexistant. »Pour lui, cette procédure, bien qu’expérimentale, est très paperassière et chronophage. Il juge fastidieuse l’utilisation de la plate-forme d’accompagnement mise en place par l’Ordre des pharmaciens. Un outil dont Bertrand Baudin, titulaire à Neuilly-le-Réal dans l’Allier, a du mal à s’accommoder aussi. Pour lui, les choses se sont également déroulées dans la précipitation. Une seule vaccination pour l’instant dans son officine, mais de nombreuses demandes de patients : « Je suis à la campagne et je ne souhaite pas faire de prosélytisme. Je ne propose pas la vaccination à mes patients. Ce sont eux qui me demandent de les vacciner car ils en ont entendu parler à la télévision. Leur médecin, qui s’en occupe d’habitude, est débordé. »

Un cadre bien compris par les patients

Démarrage plus franc à la pharmacie du Léman, à Douvaine, en Haute-Savoie. Une douzaine de vaccinations en deux jours. Dans cette grosse pharmacie, Isabelle Richard et quatre de ses adjoints sont vaccinateurs. Chez elle, ce sont aussi les patients informés par les médias qui sont demandeurs. Les collaborateurs proposent aussi, parfois. Ils ont dû plusieurs fois refuser la vaccination, comme l’explique la titulaire : « Nous avons beaucoup de demandes de patients munis d’un bon de prise en charge mais qui se font vacciner pour la première fois. Ils sont déçus par notre impossibilité à les satisfaire, car ils ont vraiment vu de la praticité dans notre démarche expérimentale. Nous avons eu également quelques demandes de patients sous anticoagulants, que nous avons redirigés vers leur médecin. » Deux patients ont abandonné l’idée de se faire vacciner par le pharmacien, refusant de signer le formulaire de consentement et trouvant le questionnaire prévaccination trop long. Un phénomène anecdotique selon la titulaire : « Nous expliquons à nos patients le cadre expérimental, et ils comprennent que les choses soient un peu plus longues que chez le médecin. Ce n’est pas un frein. » Les vaccinateurs se sont bien appropriés la plate-forme, mais ont nourri une légère inquiétude jusqu’au départ de l’expérimentation : « Nous avons obtenu l’agrément par l’ARS le mercredi, pour démarrer le vendredi. C’est un peu court ! Et il manque l’agrément pour une cinquième adjointe, pourtant formée en même temps que nous. » Interrogé sur d’éventuels délais, Jérôme Parésys-Barbier, président de la section D de l’Ordre des pharmaciens, précise qu’« actuellement, sur les deux régions, il y a des avis retardés pour des pharmaciens adjoints qui n’étaient pas inscrits dans la bonne officine ou qui ont changé d’état civil sans nous en informer. Leur situation doit d’abord être régularisée ». Toute expérimentation nécessite quelques cadrages initiaux.

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