Comirnaty : ce qui se passe 6 mois après la primovaccination Covid-19

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Comirnaty : ce qui se passe 6 mois après la primovaccination Covid-19

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Publié le 8 octobre 2021
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Si l’efficacité du vaccin anti-Covid-19 Comirnaty (Pfizer/BioNTech) contre les formes graves et les hospitalisations est maintenue jusqu’à 6 mois après la primo-vaccination complète, variant Delta ou pas (92 % pour les personnes âgées de 16 à 44 ans et 86 % pour celles âgées de 65 ans et plus, selon une étude américaine publiée le 4 octobre dans The Lancet1), son efficacité en prévention de l’infection par le Sars-CoV-2, elle, diminue avec le temps, passant sous le seuil des 50 % (88 % au cours du premier mois après la vaccination complète à 47 % après 5 mois), rapporte l’équipe américaine.

Pour expliquer cette perte d’efficacité, les auteurs misent plutôt sur l’hypothèse d’une « diminution de l’immunité avec le temps plutôt qu’à un échappement du variant Delta ».

Dans son avis du 5 octobre présenté en Conseil de défense, le Conseil scientifique ajoute de son côté « « l’agressivité » du variant Delta dont l’infection s’accompagne d’une incubation plus courte, de charges virales plus élevées et d’une capacité modeste d’échappement immunitaire ».

Baisse des anticorps neutralisants avec le temps

Une étude israélienne2 publiée dans le New England journal of medecine (NEJM) va dans le même sens et montre une diminution continue des anticorps IgG anti-Spike (diminution d’un facteur de 18,3) dans les 6 mois qui suivent la deuxième dose de vaccin Cormirnaty. Elle montre également une baisse des taux d’anticorps neutralisants au cours du temps, plus rapide dans les 70 à 80 jours qui suivent la seconde injection (diminution d’un facteur 3,9), puis ralentie jusqu’au 6e mois (diminution globale d’un facteur de 1,2). La diminution des taux d’anticorps était plus marquée chez les 65 ans ou plus que chez les 18-45 ans, chez les hommes et chez les immunodéprimés.

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De l’intérêt d’une dose de rappel

« Il n’y a encore que peu de recul sur l’efficacité de la dose de rappel à six mois, mais elle induit une production d’anticorps neutralisants un mois plus tard 5 à 10 fois supérieure à celle observée un mois après la deuxième dose vaccinale (Falsey, NEJM, 2021), et une baisse du risque d’infection sur le court terme de 90 %, et du risque d’hospitalisation de 95 %, comparé à un groupe n’ayant pas reçu de rappel en Israël (Bar-On, NEJM, 2021) », rapporte encore le Conseil scientifique. Qui poursuit : « Tant que la protection contre les formes graves est assurée, la dose de rappel n’est pas une priorité. Elle doit cependant être proposée par sécurité aux personnes vulnérables (âge, facteurs de vulnérabilité). » 

En France, la dose de rappel est recommandée aux personnes de 65 ans et plus, aux personnes à très haut risque de formes graves de Covid-19, aux immunodéprimés, aux personnes vaccinées avec Janssen et, depuis le 7 octobre, à tous les soignants.

Reste que « la dose de rappel pourrait avoir une pertinence pour le contrôle de l’épidémie, surtout si l’efficacité contre l’infection continue de diminuer avec le temps suite à la deuxième dose. Cette dose de rappel permettrait de la réaugmenter (ce qui reste à démontrer) », prévient le Conseil scientifique.

1 : étude de cohorte rétrospective menée entre le 14 décembre 2020 et le 8 août 2021, sur 3 436 957 personnes de 12 ans et plus (âge médian de 45 ans), d’après les dossiers de santé électroniques du système de santé Kaiser Permanente Southern California (KPSC), en Californie. Au 8 août 2021, 1 146 768 (33,4 %) des 3 436 957 membres de la cohorte avaient reçu une ou plusieurs doses de Comirnaty (Pfizer/BioNTech). Parmi ceux-ci, 1 043 289 (91,0 %) étaient complètement vaccinés, et 76 205 (6,6 %) étaient partiellement vaccinés avec Comirnaty. Au 8 août également, 1 010 516 avaient reçu ≥ 1 dose de Spikevax (Moderna), 109 911 de vaccin de Janssen, 2 972 ​​d’autres vaccins anti-Covid-19 ou des schémas thérapeutiques mixtes, et 1 166 790 n’avaient pas été vaccinés.

2 : étude de cohorte longitudinale prospective menée du 19 décembre 2020 au 9 juillet 2021, impliquant 4 868 agents de santé (médecins, infirmiers, aides-soignants, paramédicaux…) d’un grand centre médical israélien, avec dosage sérologique des anticorps (IgG anti-Spike et anticorps neutralisants) chaque mois, pendant 6 mois après administration de la deuxième dose de vaccin Comirnaty.

Anne-Hélène Collin