“Je voudrais un anti-pou”

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Publié le 30 septembre 2013
Par Nathalie Belin
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1 Je questionne

Confirmez le diagnostic

« L’enfant se gratte-t-il la tête ? », « Avez-vous vu des poux ? des lentes ? »

Précisez la demande

« Pour qui est le produit ? », et selon « Quel âge a l’enfant ? », « Êtes-vous enceinte ? » ciblent les contre-indications.

« Avez-vous déjà employé un anti-poux ? » Si oui, évaluer les raisons d’un échec potentiel : « Lequel et comment l’avez-vous utilisé ? », « Avez-vous réitéré l’application une semaine plus tard ? » et « Avez-vous traité toute la famille en même temps ? »

2 J’évalue

Une infestation par les poux relève du conseil officinal. Toutefois, en présence de démangeaisons et en cas de doute (pas de lentes ou de poux vivants), un avis médical est nécessaire. Idem en cas de surinfection des lésions (rare, impétigo) ou d’eczématisation.

3 Je passe en revue

Les neurotoxiques

– Les pyréthrines et pyréthrinoïdes de synthèse (phénothrine, perméthrine, dépalléthrine) sont pédiculicides (tuent les poux) et partiellement lenticides (tuent les lentes). Potentiellement irritants (érythèmes, prurit, éruptions cutanées…), ils sont en général déconseillés par prudence avant 2 ans ou 30 mois. Les durées d’application vont de 5 à 10 minutes.

– Le malathion, insecticide organophosphoré, pédiculicide et lenticide, n’est pas recommandé chez les moins de 2 ans et chez la femme enceinte. Sa durée d’application est de 8 heures. Il est inflammable (pas de sèche-cheveux).

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– Le butoxyde de pipéronyle, antiparasitaire parfois associé aux pyréthrinoïdes ou au malathion pour potentialiser leur action.

Les « sans insecticides »

Globalement bien tolérés et non absorbés par la peau, ces anti-poux sont utilisables chez les nourrissons et les femmes enceintes, sauf indication contraire du fabricant (notamment en cas de présence d’huiles essentielles ou d’alcool).

– Asphyxiants. Diméticone, dérivé du silicone, huile de coco, huile minérale de paraffine sont des composés huileux. Leur viscosité permet leur pénétration aisée dans les voies respiratoires des poux, les tuant par asphyxie. Leur action sur les lentes est moindre. Les durées d’application varient de 15 minutes à 8 heures. La diméticone se rince difficilement et est inflammable.

– Déshydratants. Des molécules plus récentes (Activdiol, molécule brevetée des tensio-actifs…) agissent en décollant la couche lipidique à la surface des poux et lentes, qui meurent par déshydratation.

Autres solutions

– Mécanique. Il reste possible de se débarrasser des poux avec le peigne à poux, mais il faut deux à trois passages méticuleux par jour durant trois semaines.

– Peigne à poux électrique (Robi Comb…). Moins contraignant, mais plus bruyant, il se passe 10 minutes par jour pendant au moins dix à quinze jours d’affilée, car il n’est actif que sur les poux.

– Naturelles. L’efficacité des huiles essentielles (tea tree, clou de girofle, lavande, géranium…) ou du vinaigre blanc est mal évaluée, surtout sur les lentes. Quant aux huiles végétales classiques (olive, tournesol…), leur viscosité et leur capacité à pénétrer les voies respiratoires des poux et des lentes sont insuffisantes.

4 Je choisis

Avec ou sans neurotoxiques

Avec : en cas d’échec d’un ou plusieurs « asphyxiants » ou « déshydratants » ou si on craint un échec (temps de pose mal respecté…). Débuter par un pyréthrinoïde ; malathion en deuxième intention.

Sans : souhait d’un « sans insecticide ».

Selon la galénique

– Neurotoxiques. Préférer les lotions, plus constamment efficaces que les shampoings. Ces derniers s’appliquent sur cheveux mouillés, d’où un risque de dilution du produit. Les aérosols, voire les sprays qui diffusent de petites particules, sont à éviter chez les asthmatiques.

– Sans insecticides. Les formes mousse et gel ne coulent pas à l’application. Certaines galéniques nécessitent un simple rinçage après ; d’autres sont sans rinçage.

Selon la durée d’application

De 10 minutes à 8 heures (une nuit).

5 J’explique

– La nécessité de retraiter sept à dix jours plus tard, quel que soit le produit (neurotoxique ou « asphyxiant ») et même si le fabricant ne préconise qu’une application car si les poux sont assez facilement détruits par une première application, ce n’est pas toujours le cas des lentes. Le fait de répéter le traitement permet de tuer les poux, issus des lentes non éradiquées par le précédent.

– L’importance d’examiner les têtes de toute la famille et de traiter en même temps ceux qui sont infestés car si une madame pou en réchappe, c’est une nouvelle infestation trois semaines plus tard !

6 Je conseille

Modalités d’application (tableau)

– Sans insecticides : en quantité suffisante pour enrober complètement poux et lentes, en insistant au niveau du cuir chevelu. Compter un demi à un flacon sur des cheveux mi-longs à longs. Selon le produit, rinçage ou non, et/ou shampoing. Passer ensuite le peigne à poux sur les cheveux mouillés et essorés pour éliminer les poux et lentes morts.

– Les neurotoxiques : un décolleur de lentes facilite le passage du peigne à poux (inutile avec les produits huileux). Peigner le lendemain et sept à dix jours après le premier traitement. Si des poux sont toujours vivants, une résistance est à craindre ; recommencer en changeant d’insecticide ou en recourant à un « asphyxiant ».

Traiter l’environnement

Les poux sont détruits par un lavage en machine à 60 °C. Les produits non lavables se mettent dans un sac plastique hermétique durant 48 heures(1) ; on peut aussi proposer un produit spécifique (Altopou environnement, Parasidose spray environnement…).

En prévention

Un anti-poux est inutile en l’absence de poux ou lentes vivants car les produits n’ont aucune rémanence. Proposer un répulsif à base d’IR3535 (Ecrinal Poux Répulsif, Paranix, Parasidose sprays répulsifs…) ou de citriodiol (Apaisyl poux prévention, Pouxit répulsif…).

(1) 15 jours selon Prescrire, qui prend en compte le risque de présence de lentes sur un cheveu arraché, très rare en pratique…

Le contexte

Le poux de la tête (Pediculus humanus capitis) n’est vecteur d’aucune maladie. Les symptômes se limitent à des démangeaisons du cuir chevelu, plus ou moins importantes, notamment au niveau de la nuque et près des oreilles. Chez les adultes en situation de précarité, on observe parfois une impétiginisation (infection cutanée due généralement à un streptocoque ou à un staphylocoque) ou une eczématisation.

Cycle de vie : les poux vivent environ un mois. Une femelle adulte pond au cours de sa vie plusieurs dizaines de lentes (œufs), solidement fixées à la base du cheveu, qui, après 17 ? jours environ, donnent des poux adultes qui se reproduisent à leur tour.

Transmission : les poux résistent à une immersion prolongée (lavage de cheveux, piscine). Leur présence n’est pas due à un manque d’hygiène. Ils se transmettent d’une personne à l’autre par un contact direct. La transmission indirecte (piscine, bonnets…) semble rare car les poux ne survivent pas plus de 24 à 48 heures loin du cuir chevelu. Ils doivent en effet se nourrir fréquemment de sang en perçant la peau, ce qui occasionne les démangeaisons.

Repérer une infestation. Les poux de 1 à 4 mm de long sont gris-beige, mobiles et difficiles à repérer. Pour les mettre en évidence, passer le peigne à poux dont les dents sont très fines. Les lentes vivantes, de couleur claire, sont collées aux cheveux à quelques millimètres du cuir chevelu (pour que la larve puisse rapidement se nourrir après éclosion). Les lentes vides (après éclosion) s’éloignent du cuir chevelu au fil de la pousse du cheveu. Elles peuvent se confondre avec des pellicules.