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La profession se rebiffe
L’ordre des pharmaciens, deux syndicats et le groupe PHR ont lancé une campagne d’information à destination des officinaux. Préserver le monopole, riposter aux attaques de la grande distribution et contrer la vente de médicaments sur Internet, les motivationsdiffèrent, mais tous veulent protéger la pharmacie.
Une femme fait ses courses dans une grande surface. Une voix s’élève : « Dans le cadre de notre semaine de la pharmacie, profitez d’une offre exceptionnelle sur notre sirop contre la toux, le Super Médoc. Oui, vous avez bien entendu, le Super Médoc est un remède infaillible contre la toux et la mauvaise humeur et, aujourd’hui, pour deux sirops achetés, le troisième est gratuit ». Puis un homme surgit et cherche désespérément la promo de 750 comprimés de paracétamol avant de s’emparer d’une énorme boîte et de croiser la même femme quasi endormie sur son chariot après avoir « goûté » ledit Super Médoc. Le message de ce film de deux minutes est clair : « Non, les médicaments ne sont pas des produits de consommation courante mais des produits de santé ». Cette action de la Fédération pharma-ceutique méditerranéenne, un syndicat de titulaires des régions Paca et Languedoc-Roussillon affilié à la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), fait partie d’un ensemble de communications prévues en mars et en avril dans les pharmacies. Il s’agit de contrer quiconque viendrait entraver le monopole pharma-ceutique ou nuire à la santé de nos concitoyens. Les annonceurs sont les syndicats, mais également les groupements, à l’instar de PHR, et l’ordre national des pharmaciens. Que du beau monde…
L’offensive de Michel-Édouard Leclerc, via sa publicité « On marche sur la tête », a mis le feu aux poudres. Un grand classique de la part du géant de la grande distribution, qui tente depuis plusieurs années de vendre des médicaments. Le feu couvait depuis l’ordonnance de décembre 2012 qui autorise la vente de la médication officinale en ligne.
L’Ordre parle aux Français
Ces agressions épidermiques ont déclenché une réaction en chaîne de la profession. En commençant par l’ordre national des pharmaciens et sa campagne « Gardons les pieds sur terre ! Être docteur en pharmacie ne suffit pas pour délivrer des médicaments ! » Le message, disons la riposte de l’Ordre, est clair. « Nous préparons cette action depuis plusieurs semaines. Le slogan est un clin d’œil à celui de la grande distribution, explique Jérôme Parésys-Barbier, adjoint et président de la section D des adjoints de l’Ordre. L’État nous a confié des missions, nous devons le dire à tous les Français. » Cette opération d’envergure dans les 23 000 officines, avec le concours gracieux des grossistes-répartiteurs, comporte affiche et dépliant conçus pour ouvrir le dialogue avec les clients. La délivrance de médicaments ne peut se faire qu’en conformité avec le code de santé publique, il faut un diplôme, mais aussi exercer dans un établissement autorisé et contrôlé par les autorités et être inscrit à l’ordre national des pharmaciens. Les slogans « La pharmacie n’est pas un commerce comme les autres » et « Un médicament n’est pas un produit comme les autres » visent à promouvoir l’usage raisonné d’une substance active qui peut mettre en danger la santé, dixit le texte du dépliant de l’Ordre. « Nous garantissons aux clients une déontologie, une qualité, une surveillance », poursuit Jérôme Parésys-Barbier. À y regarder de plus près, sur l’affiche et le dépliant, pas un mot sur les préparateurs, les autres diplômés autorisés à délivrer – sous le contrôle effectif du pharmacien bien sûr. « Le mot pharmacien dans cette campagne est employé en tant que symbole de l’autorité autorisé à ouvrir cet espace. Dans notre esprit, c’est l’équipe qui est citée, le pharmacien et le préparateur », laisse entendre le président de la section D. Dans son esprit, la vente sur Internet n’est pas visée : « Cette vente est une réalité, nous n’allons pas revenir là-dessus. Il s’agit d’un autre espace de vente autorisé dans lequel nous devons traduire le même travail de compétences ».
Internet ou le mal économique incarné
Du côté des syndicats et du groupe PHR, le message de communication est double, voire triple. La vente sur Internet est clairement ciblée. Le groupe PHR frappe fort. Son kit de communication comprend des tracts et une affiche, « Mensonges ! », à placarder à l’officine. L’affiche répond « Faux » à plusieurs assertions telles que « Acheter des médicaments sur Internet, c’est sans risque », « Toujours moins cher et sans risque, c’est possible » ou « Vendre les médicaments en grande surface fera baisser leur prix ». PHR propose également à ses 2 200 adhérents un courrier qu’ils pourront envoyer à leur député. Le groupement enjoint les pharmacies non adhérentes à se joindre à cette campagne. Interrogé à la radio, son président Lucien Benattan, convaincu, assène : « On voudrait considérer que le médicament est une simple marchandise, mais où veut-on aller ! » Quant à l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), autre syndicat de titulaires, elle envoie la pétition « Je soutiens mon pharmacien » à faire signer aux clients et une affiche « Votre pharmacien, c’est beaucoup + qu’un diplôme en blouse blanche ». Pour Gilles Bonnefond, président de l’USPO, « la pharmacie de proximité est en danger » écrit-il dans un communiqué à ses adhérents, auxquels il demande de l’expliquer aux patients et de « disposer les pétitions devant chaque poste de l’officine et de les faire signer ». Il met en avant l’attaque du monopole et « la position ambiguë des pouvoirs publics » vis-à-vis de la grande distribution et d’Internet, mais aussi l’absence d’enveloppe ou de garanties pour réformer la profession à l’heure où les négociations sur les honoraires débutent. Une communication plus économique, un thème plus proche des interrogations de certains préparateurs.
« La vente sur Internet, c’est la mort des pharmacies », clame Alex, préparateur, sur la page Facebook de Porphyre. Nous avons déjà perdu le matériel médical, les laits infantiles et maintenant le médicament sans ordo, mais où va-t-on, que fait l’Ordre ? »
À l’origine était la peur
Et Samuel, autre préparateur, de surenchérir : « On n’entend pas l’État s’inquiéter de la fermeture des officines ». L’économie et le risque pour la santé de nos concitoyens sont prégnants, mais les lasagnes à la viande de cheval ont plombé la communication de la grande surface. Leclerc, même pas peur ! Luce, préparatrice, écrit : « Non merci, nous disent nos clients [qui présentent] une vive inquiétude sur ce que leur vend la grande distribution. Que serait le contrôle des médocs ? » Cette défiance se conjugue avec un désamour, voire une peur des Français à acheter leurs médicaments conseil sur Internet (voir ci-contre). Un signe prometteur au moment où les préparateurs placarderont sur leur vitrine ou dans le lieu de vente l’affiche de leur choix (voir encadré p. 8). Cette profusion de campagnes non concertées, même si, paraît-il, chaque « camp » a averti les autres, aurait peut-être eu plus d’impact si les communications s’étaient affichées sur les ondes ou à la télévision, mais cela a un prix… Les officinaux continuent à compter sur leur relation étroite avec leurs clients, qui savent l’apprécier. Benoît écrit sur Facebook : « Hier, Leclerc était fermé à cause des chutes de neige, pas nous… »
(1) Ordonnance n° 2012-1427 du 19 décembre 2012 et décret n° 2012-1562 du 31 décembre 2012, relatifs au renforcement de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement des médicaments et à l’encadrement de la vente de médicaments sur Internet. J.O. des 21 décembre 2012 et 1er janvier 2013.
(1) Ordonnance n° 2012-1427 du 19 décembre 2012 et décret n° 2012-1562 du 31 décembre 2012, relatifs au renforcement de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement des médicaments et à l’encadrement de la vente de médicaments sur Internet. J.O. des 21 décembre 2012 et 1er janvier 2013.
Où trouver les outils de com’ ?
→ Les cinq films de la Fédération pharmaceutique méditerranéenne (Fedmed) et le communiqué sur www.jenaibesoin.fr
→ Affiche et dépliant de l’ordre des pharmaciens dans les bacs des grossistes et sur www.ordre.pharmacien.fr
→ La campagne « Mobilisez-vous! » de l’USPO sur www.uspo.fr
→ La communication de PHR « Français, votre santé est en danger » sur www.groupephr.fr
Internet pour le médicament, c’est out !
Les Français sont en demande d’écoute, de proximité et de conseils. Et ne sont pas dupes…
Un sondage (1) révèle les premières perceptions et les interrogations du grand public face à la vente en ligne de médicaments non soumis à prescription médicale. « Dans quelques jours, les pharmacies seront autorisées à vendre sur leur site Internet jusqu’à 3 500 médicaments délivrables sans ordonnance. Pensez-vous que cette mesure :
→ comporte des risques liés à la vente de contrefaçons ?
Oui, plutôt : 80 % ;
→ est une menace pour les consommateurs, qui seront moins bien informés et conseillés ?
Oui, plutôt : 75,3 % ;
→ est une menace pour l’emploi dans les pharmacies ?
Oui, plutôt : 69,4 % ;
→ facilitera l’accès aux médicaments des personnes ayant des difficultés (maladie, handicap, isolement, manque de temps…) à se rendre dans une pharmacie ?
Oui, plutôt : 72,9 % chez les 18-24 ans, 45,7 % chez les 65 ans et plus ;
→ permettra de faire baisser les prix des médicaments ?
Non, plutôt pas : 57,1 % »
(1) Sondage du Groupe Pasteur Mutualité- Viavoice, Les Français et la vente de médicaments en ligne, réalisé les 28 février et le 1er mars 2013.
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