Un fondamental qui tient bon

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Publié le 4 décembre 2021
Par Francois Pouzaud
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La progression du chiffre d’affaires et l’augmentation de la proportion des honoraires de dispensation dans celui-ci ont permis de dégager une marge brute en valeur suffisante pour gommer la hausse des frais généraux et des frais de personnel. Même si cette marge croît moins vite que l’activité.

C’est bien là l’essentiel. Dans les statistiques CGP, la marge brute globale (intégrant les prestations de services et l’ensemble des honoraires) s’élève en 2020 à 597 k€, soit 30,84 % du chiffre d’affaires hors taxes (CA HT), contre 585,7 k€ en 2019, soit 31,15 % du CA HT. Elle progresse en valeur absolue de 11,4 k€ (+ 1,95 %), tandis que l’excédent brut d’exploitation (EBE) en valeur croît en moyenne de 5 830 € par officine contre 1 300 € dans les statistiques de CGP (l’écart peut s’expliquer par les différences de panels, Fiducial ayant par exemple une part plus importante d’officines rurales qui détiennent le leadership avec le plus fort taux d’EBE).

Sinon, les évolutions moyennes sur la marge de CGP se recoupent avec celles de Fiducial : + 1,62 % en valeur absolue contre + 1,22 % en 2019, soit une valeur moyenne par officine en hausse de 9 000 €. « Cette année encore, la croissance de l’activité permet de contrebalancer la baisse de la marge brute en pourcentage du CA HT (30,76 % en 2020 contre 31,07 % en 2019) », signale Philippe Becker, directeur du département pharmacie de Fiducial.

Comme les années précédentes, ce sont les officines rurales qui dégagent la plus forte marge brute rapportée au CA HT avec une moyenne à 31,10 % pour Fiducial et CGP et à 31,4 % pour KPMG. Cela s’explique par la plus faible concurrence comparée aux officines situées dans des zones urbaines plus denses en compétiteurs.

Autre tendance retrouvée dans les statistiques de ces trois entités : la différenciation des taux de marge entre tous les types d’officines tend à se réduire. « Les officines situées en centre commercial ont vu leur taux de marge diminuer plus rapidement que les autres, l’augmentation de leur CA s’est faite au détriment du taux de marge », avance, comme autre explication, Emmanuel Leroy, leader national santé chez KPMG. Là encore, les moyennes doivent être analysées avec le plus grand recul, car elles masquent toujours des disparités importantes entre officines. « Plus de 40 % des officines de notre échantillon affichent une évolution négative de leur marge en valeur, c’est bien le signe d’une situation générale toujours fragile », glisse l’expert-comptable de KPMG.

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Les honoraires de dispensation représentent désormais près de 60 % de la marge sur le médicament remboursable et contribuent à hauteur d’un tiers de la marge brute globale des officines, toutes activités confondues. Les compléments de marge proviennent des remises, des ristournes et des coopérations commerciales.

Les marges sur les entretiens pharmaceutiques et les bilans partagés de médication ont du mal à décoller (1,54 M€ en 2020) du fait d’une rémunération pas toujours perçue comme suffisante par le pharmacien en regard des ressources à mobiliser.

CONTRIBUTEURS

PHILIPPE BECKER

(Fiducial)

EMMANUEL LEROY

(KPMG)

L’analyse

Avec l’extension de la mesure « tiers payant contre génériques » en janvier 2007, la montée en puissance des génériques a un impact positif sur le taux de marge les années suivantes (moins de chiffre d’affaires mais plus de marge). L’année 2015 marque l’arrivée de l’honoraire à la boîte, aux effets amortisseurs sur les baisses de prix, surtout pour les petites officines dont l’activité est centrée sur le médicament remboursable : on observe, jusqu’à la mise en place de l’avenant n° 11, un effet en plateau sur l’évolution de ce taux. Depuis 2018, il est noté une légère diminution du taux de marge en raison de la part des ventes de médicaments chers, à faible marge, qui ne cessent de progresser ces dernières années.

L’analyse

La perte de marge de dispensation, de janvier à juillet 2021, est de 136 M€ versus la même période de 2020. En revanche, le montant des honoraires de dispensation est relativement stable. La deuxième année de crise sanitaire ne s’est donc pas traduite par une nette reprise des prescriptions médicales.

HDR : honoraire de dispensation pour l’exécution d’une ordonnance de médicaments remboursables

HDE : honoraire de dispensation pour l’exécution d’une ordonnance de médicaments remboursables dits « spécifiques »

HC : honoraire de dispensation complexe pour l’exécution d’une ordonnance qui compte cinq médicaments et plus

HDA : honoraire de dispensation pour l’exécution d’une ordonnance de médicaments remboursables pour des enfants jusqu’à 3 ans et des personnes de plus de 70 ans