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Clarithromycine et rivaroxaban : une interaction dans un contexte à clarifier
[Intervention pharmaceutique] Une prescription inadaptée d’antibiotique pour une infection cutanée et un anticoagulant dont le délai de prise n’est pas très clair. Voici la combinaison idéale pour une interaction médicamenteuse potentielle. Heureusement, la pharmacienne veille. Mise en pratique avec Véronique D., 59 ans.
Mme D., patiente occasionnelle de la pharmacie, paraît inquiète et paniquée lorsqu’elle vous tend les deux ordonnances émanant de son médecin traitant. Elle vient de le consulter à la suite d’une blessure à la jambe qu’elle s’est faite en randonnant il y a quelques jours et qui ne guérit pas. La zone est douloureuse, rouge et légèrement œdématiée. Le médecin a évoqué une infection cutanée et prescrit un antibiotique, mais n’exclut pas une thrombose veineuse profonde. Mme D. est affolée face à ce diagnostic auquel elle ne s’attendait pas.
Ordonnance 1
Dr David K., médecin généraliste
Véronique D., née le 30 mai 1965, 1,65 m, 70 kg
Le 06/02/2026
Clarithromycine 500 mg (Zeclar) : 1 cp matin et soir durant 7 jours
Ultra Levure 200 mg : 1 gélule par jour
Biseptine spray : 1 application matin et soir durant 7 jours
Mupiderm crème : 1 application matin et soir après antisepsie de la peau
Rivaroxaban 15 mg (Xarelto) : 1 cp matin et soir pendant 3 semaines
Ordonnance 2
Dr David K., médecin généraliste
Véronique D., née le 30 mai 1965, 1,65 m, 70 kg
Le 06/02/2026
Une paire de bas de contention classe II
La problématique repérée par le pharmacien
La clarithromycine étant un inhibiteur puissant du cytochrome P450 (CYP) 3A4 à l’origine de nombreuses interactions médicamenteuses, vous relisez avec attention les médicaments prescrits sur les deux ordonnances. La coprescription d’un anticoagulant dont l’action est susceptible d’être majorée par l’inhibiteur enzymatique vous interpelle.
Vous : « Mme D., pouvez-vous me réexpliquer ce que vous a dit le médecin exactement concernant le traitement antibiotique et celui contre la phlébite ? Devez-vous les commencer tous les deux en même temps ? »
Mme D. : « Heu… montrez-moi sur quelles ordonnances sont ces médicaments ? À vrai dire, je ne sais plus… Mais oui, il me semble qu’il a dit que c’était important. D’ailleurs, le médecin a même appelé pour que je passe un écho-Doppler demain en urgence ! »
Vous : « Ah, très bien. »
Tout en discutant avec la patiente, vous consultez le résumé des caractéristiques du produit (RCP) du rivaroxaban qui indique un risque d’interaction médicamenteuse avec la clarithromycine. Quelques recherches complémentaires vous semblent nécessaires pour en clarifier le niveau.
Vous : « Je suis en train de vérifier le risque d’interaction entre l’antibiotique et l’anticoagulant que vous a prescrit le médecin. Il n’est peut-être pas judicieux de les associer. »
La prise en charge de la patiente
Recherches sur l’interaction
Selon le RCP du rivaroxaban, l’interaction pourrait être potentiellement significative, essentiellement chez des patients insuffisants rénaux. Vous poursuivez vos recherches en consultant le RCP de la clarithromycine et le thésaurus des interactions médicamenteuses de l’Agence nationale de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé (ANSM). Tous deux mentionnent une interaction déconseillée entre les deux molécules avec un risque d’augmentation des concentrations plasmatiques de l’anticoagulant et de majoration du risque de saignement. Par ailleurs, ce risque existe aussi avec l’apixaban et le dabigatran. Vous expliquez ces éléments à la patiente.
Vous : « L’association de l’anticoagulant avec cet antibiotique peut augmenter son effet et entraîner un risque d’hémorragie. Ce dernier a bien été prescrit pour votre blessure à la jambe, pas pour une infection ORL ou pulmonaire, n’est-ce pas ? »
Mme D. : « Tout à fait, je ne suis pas malade ! »
Vous : « Entendu. Je vous laisse patienter un instant. Je vais appeler le médecin pour discuter avec lui de l’interaction entre ces deux traitements et de la possibilité d’utiliser un autre antibiotique. »
Mme D. : « Parfait, merci ! »
Les alternatives à la clarithromycine
Avant de contacter le prescripteur, vous vous rendez sur le site de la Haute Autorité de santé (HAS) afin de consulter les fiches synthétiques sur les « Choix et durées d’antibiothérapies préconisées dans les infections bactériennes courantes ». La fiche portant sur la dermohypodermite bactérienne non nécrosante (DHBNN, anciennement nommé « érysipèle ») mentionne l’amoxicilline en première intention chez l’adulte ou, en cas d’allergie documentée à la pénicilline, la clindamycine ou la pristinamycine. Cette dernière est également recommandée dans d’autres infections cutanées comme l’impétigo.
Mail au prescripteur
Muni de ces éléments, vous faites un e-mail au prescripteur après avoir tenté, sans succès, de le joindre au téléphone : vous mentionnez l’interaction médicamenteuse et la possibilité de recourir à un autre antibiotique, telle la pristinamycine à la dose de 1 g, 3 fois par jour, durant 7 jours. Vous prenez également la décision d’attendre son retour avant de délivrer ces traitements. Vous expliquez la situation à la patiente.
Vous : « Je viens d’envoyer un message au médecin. Je préfère attendre son retour, je l’espère d’ici la fin de la journée, avant de vous délivrer ces deux traitements. Il n’y a pas d’urgence immédiate à les commencer et nous saurons d’ailleurs demain, après votre écho-Doppler, si la prise de l’anticoagulant est justifiée du fait d’une thrombose veineuse profonde. En attendant, vous pouvez commencer dès maintenant l’application de l’antiseptique et de la crème antibiotique. »
Dénouement
Ce n’est finalement que le lendemain matin que vous recevez la réponse du médecin. Il vous remercie de votre vigilance et recommande de patienter pour la prise de l’anticoagulant jusqu’à l’obtention du résultat de l’examen médical. Il valide également le changement d’antibiotique et la délivrance de la pristinamycine. Prévenue, Mme D. revient à la pharmacie en fin de matinée avec les résultats de l’écho-Doppler qui ne rapporte pas d’ischémie du réseau veineux. Seule la pristinamycine est donc délivrée.
Vous codifiez les 2 interventions médicamenteuses sur la plateforme Act-IP officine* :
- pour l’interaction : type de problème coté 3.3 « Interaction médicamenteuse » : prescription de clarithromycine et de rivaroxaban, interaction classée comme déconseillée par l’ANSM ; type d’intervention coté 7 « Refus de délivrance contact du médecin par messagerie sécurisée » : proposition d’attendre le résultat écho-Doppler ; devenir de l’intervention coté 4.1 « Acceptée par le prescripteur » ;
- changement d’antibiotique : type de problème coté 1 « Non-conformité au référentiel » ; type d’intervention coté 6 « Changement de médicament » : proposition de remplacer la clarithromycine par la pristinamycine recommandée dans les infections cutanées ; devenir de l’intervention coté 4.1 « Acceptée par le prescripteur ».
Ce cas s’appuie sur une situation réelle rapportée par la SFPC.
* Les fiches de cotation des interventions pharmaceutiques ainsi qu’une note explicative sont accessibles, après inscription, sur la plateforme Act-IP.
Intervention pharmaceutique
La Société française de pharmacie clinique (SFPC) a développé un outil de codification et de documentation des IP, accessible gratuitement sur actip.officine.eu.
Pour plus d’informations, consultez le site de la SFPC, sfpc.eu, ainsi que le cahier Formation « L’intervention pharmaceutique » paru dans Le Moniteur des pharmacies n° 3544 du 11 janvier 2025, rédigé en collaboration avec la SFPC.
QRcode : https://www.lemoniteurdespharmacies.fr/formation/cahiers-formation/cahiers-conseil/intervention-pharmaceutique/
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