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Anticancéreux : gare au protocole de prise
[Intervention pharmaceutique] Les traitements anticancéreux suivent parfois des modalités de prise spécifiques. Avant toute délivrance, il est nécessaire de vérifier la posologie des médicaments prescrits et la bonne compréhension du schéma thérapeutique par les patients. C’est précisément ce que requiert la situation d’aujourd’hui lorsqu’Annie G., atteinte d’un cancer du sein, se présente avec son ordonnance.
Le contexte
Mme G. que vous connaissez bien, vous tend une ordonnance du service de cancérologie où elle est suivie depuis plusieurs années pour un cancer du sein. Vous n’êtes pas surpris de son passage car l’établissement vous a téléphoné la veille pour vous informer de la mise en route d’une thérapie ciblée, Ibrance, en plus de l’hormonothérapie par létrozole qu’elle prend depuis 2 ans. N’ayant pas en stock ce médicament, vous l’avez commandé. L’air sombre, la patiente vous explique qu’elle a réalisé une série d’examens qui ont mis en évidence des métastases osseuses.
L’ordonnance
Dr Lionel H., service de cancérologie du centre hospitalier
Le 18/10/2025
Annie G., née le 10 juin 1962
1,60 m, 55 kg
Ibrance (palbociclib) 125 mg : 1 gélule par jour
Femara (létrozole) 2,5 mg : 1 comprimé par jour
QSP 28 jours
Ordonnance à renouveler 2 fois
La problématique
Tout en écoutant Mme G., vous suivez le protocole de dispensation instauré par la pharmacie visant à sécuriser la délivrance des traitements anticancéreux. Vous scannez les médicaments prescrits et prévoyez de consulter un site consacré à ce sujet afin de vérifier rapidement les recommandations et conseils à donner à la patiente concernant ce nouveau médicament.
En passant la commande d’Ibrance, vous vous êtes aperçu que le médicament est présenté en boîte de 21 gélules. Une fois réceptionnée, vous scannez la boîte, et votre attention se porte immédiatement sur la posologie affichée par votre logiciel qui indique une prise de l’anticancéreux 21 jours sur 28.
La prise en charge
Vérification de la posologie
Lorsque la patiente revient chercher ses produits dans l’après-midi, vous l’interrogez.
Vous : « Que vous a dit le médecin exactement concernant Ibrance ? De le prendre en continu ou par cycle de 21 jours seulement ? »
Mme G. : « Il ne me semble pas qu’il ait précisé quelque chose. Mais j’ai une autre ordonnance au cas où des effets indésirables apparaissent… La voici ! »
Vous : « Très bien. Mais pour l’instant, c’est la posologie prescrite pour Ibrance qui me pose problème. Vous avez quelques minutes, il faut que je vérifie. »
Mme G. : « Bien sûr, faites, je m’assois un peu… »
Vous consultez plusieurs sites consacrés aux traitements anticancéreux afin de croiser les sources comme prévu dans la procédure de validation mise en place : par exemple le site de la Société française de pharmacie oncologique Oncolien (oncolien.sfpo.com) et l’un des sites du réseau Omedit et l’onglet « Professionnel de santé » du site de l’Institut national du cancer (INca, cancer.fr). Les différentes fiches d’aide au bon usage des médicaments indiquent toutes une prise de 21 jour suivie d’un arrêt de 7 jours.
Une modification étant toujours possible, vous consultez le résumé des caractéristiques du produit (RCP) : le palbociclib est bien recommandé « pendant 21 jours consécutifs, suivis par 7 jours sans traitement, constituant un cycle complet de 28 jours ». Le dosage de 125 mg est celui préconisé de façon usuelle. Des adaptations de doses à 100 ou 75 mg par jour, toujours en cycle de 21 jours sur 28, sont réalisées selon la tolérance.
Recherches complémentaires
Avant de contacter le médecin, vous poursuivez vos recherches sur les indications du palbociclib et sur cette classe d’anticancéreux. Ce dernier fait partie des inhibiteurs de kinases 4 et 6 cyclines dépendantes (anti-CDK 4/6), tout comme le ribociclib (Kisqali) et l’abémaciclib (Verzenios). Tous sont indiqués dans le cancer du sein en association avec une hormonothérapie. Kisqali se prend également en cycle de 21 jours, mais l’abémaciclib doit être administré de manière continue.
Ces traitements exposent notamment à une toxicité hématologique avec un risque de neutropénie, effet indésirable le plus fréquemment rapporté, comme le souligne la fiche de l’INca sur le palbociclib.
Appel au prescripteur
Muni de ces éléments vous contactez le service d’oncologie et demandez l’infirmier coordinateur de soins.
Vous : « Bonjour, c’est la pharmacie du Moniteur. Je vous appelle concernant Mme G à qui il a été prescrit Ibrance, en plus de Femara. L’ordonnance mentionne 125 mg par jour sans mention d’un cycle de 21 jours sur 28 comme recommandé pour cette molécule. Avez-vous voulu prescrire Verzenios qui se prend en continu ? »
L’infirmier coordinateur : « Ah, ce n’est pas normal. Un instant, je reprends son dossier et vérifie les prescriptions. » Après quelques minutes : « C’est une erreur effectivement. C’est bien Ibrance qui est prescrit et doit être pris 21 jours avec un arrêt de 7 jours. Pouvez-vous modifier l’ordonnance ? »
Vous : « Oui, tout à fait. »
L’infirmier coordinateur : « Parfait, merci pour votre vigilance ! »
Dénouement
Vous modifiez l’ordonnance et relatez l’appel et les modifications de posologie apportées à Mme G.
Vous l’informez des effets indésirables du médicament et lui remettez une fiche patient, téléchargée sur l’un des sites consultés (Oncolien ou Omedit), dans laquelle figurent des conseils pour prévenir leur apparition. Vous insistez sur la conduite à tenir en cas de fièvre ou de frissons qui nécessitent de contacter en urgence le service d’oncologie et de contrôler la numération formule sanguine.
Il vous restera à renseigner l’intervention sur la plateforme Act-IP officine* : type de problème côté 2 « Problème de posologie » (prescription abémaciclib 125 mg/jour sur 28 jours), type d’intervention côté 1 « Adaptation de posologie » (adaptation du schéma de prise : 21 jours sur 28 conformément au RCP).
Intervention pharmaceutique
La Société française de pharmacie clinique (SFPC) a développé un outil de codification et de documentation des interventions pharmaceutiques, accessible gratuitement sur actip.sfpc.eu.
Pour plus d’informations, consultez le site de la SFPC, sfpc.eu, ainsi que le cahier Formation « L’intervention pharmaceutique », rédigé en collaboration avec l’association et paru dans Le Moniteur des pharmacies n° 3544 du 11 janvier 2025.
Ce cas s’appuie sur une situation réelle rapportée par la Société française de pharmacie clinique.
* Les fiches de cotation des interventions pharmaceutiques ainsi qu’une note explicative sont consultables, après inscription, sur la plateforme Act-IP.
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